lundi 15 août 2016

Les rêves sont faits pour ça - Cynthia Swanson.

The bookseller, Harper publishing, 2015 - Editions Mosaïc (trad. de M.Beury), 2016. 

  Une nuit, Kitty rêve qu’elle se réveille dans une chambre inconnue. Auprès d’elle, un homme qu’elle ne connaît absolument pas mais qui l’appelle Katharyn, et deux petits enfants qui l’appellent maman mais dont elle ne peut être la mère. Puis la scène s’estompe, Kitty ouvre les yeux et reprend sa vie de célibataire amoureuse des livres et libraire à Denver. Mais le rêve revient. De plus en plus souvent. De plus en plus puissant…

  Face au miroir de cette autre vie imaginaire, Cynthia Swanson fait douter le lecteur.  Qui est vraiment son personnage ? Kitty, la jeune femme qui a fait le choix de se consacrer à sa passion des livres et n’a pas eu d’enfant, ou bien Katharyn, l’épouse comblée, son double onirique ? Au fil des pages, les frontières se brouillent. La résolution, en réorganisant les morceaux du miroir, laisse troublé, stupéfait et ému.

  Cynthia Swanson explore avec créativité les méandres de nos rêves, les raisons de nos choix et la profondeur de nos dénis. Un portrait de femme, et une évocation saturée d’élégance et de nostalgie de l’Amérique des années 1960. 

***

Denver, où se passe l'histoire, dans les années 60.

  Je dois l'avouer, c'est d'un œil suspicieux que j'ai regardé cet ouvrage lorsque les annonces de sa sortie ont commencé à circuler : un synopsis très alléchant et une couverture rétro à souhait, certes, mais ma dernière lecture chez Mosaïc (aussi la première, d'ailleurs), ne m'avait laissé qu'un goût mitigé (rappelez vous, c'était ICI.) Cela avait clairement confirmé que je n'étais pas le public visé. Ceci dit, lorsque Les rêves sont faits pour ça m'a été proposé en partenariat, toujours aussi titillé par l'étrange synopsis, j'ai décidé de tenter malgré tout la lecture...

 Couvertures de l'édition originale .

  Et que vous en dire, me demanderez-vous? Eh bien je vous dirai qu'il aurait été dommage de passer à côté, car la qualité de l'ouvrage dépasse de loin la sympathique mais simple fabulette que l'on s'imagine. C.Swanson, connue outre-Atlantique pour ses nouvelles, nous conte cette singulière histoire d'un style d'une grande élégance et qui sert tout particulièrement la psychologie intrinsèque de son roman. Car au-delà de l'univers des rêves, l'auteure nous offre un conte à la fois complexe et fascinant qui explore avec onirisme les méandres de l'inconscient humain. Avec subtilité, C.Swanson invite le lecteur à une véritable réflexion sur les conséquences de nos choix, mais aussi notre façon de vivre le déni et les actes manqués.


  "Cela semble idiot de le dire à haute voix,mais je veux être sûre que mon inconscient comprenne.je peux être sûre qu'il sache que je comprends. La vie parfaite n'existe pas.Elle n'est pas parfaite ici ,et elle n'est pas parfaite là-bas."

  De l'alternance des deux vies que l'héroïne vit et/ou rêve au fil de la lecture, s'instaure presque une angoisse croissante. On se perd nous aussi dans l’entrelacs de ces deux quotidiens dont la succession se fait de plus en plus régulière, au point de voir avec une pointe d'appréhension la vie du rêve prendre le pas sur la vie réelle... A moins que ce ne soit l'inverse? La tension dramatique monte en gradation tandis que l'on s'interroge et que l'on mène l'enquête avec l'héroïne, cherchant l'origine consciente ou inconsciente de sa deuxième vie onirique. Si on réalise rapidement qu'aucune des deux n'est parfaite, et que chacune a son lot d'événements heureux et de malheurs, on parvient à reconstituer les pièces du puzzle vers un dénouement tragique, logique, mais aussi très émouvant.



  Parallèlement à son intrigue, C.Swanson ajoute un décor qui fait toute la différence en situant son histoire dans les années soixante, dont elle est une grande spécialiste. Elle parvient ainsi à restituer les sixties en évitant les clichés trop faciles, mais en distillant au contraire avec subtilité les éléments qui nous plongent dans la réalité historique, culturelle et sociétale de cette décennie iconique, questionnant en même temps de la statut de la femme à cette époque. A la fois intelligent et esthétique, ce choix nous plonge dans un univers nostalgique dont on sort l’œil marqué de couleurs saturées et l'oreille résonnant de musiques pop grésillantes.

 "Au fil des ans,j'ai découvert peu à peu que le fait de ne pas être mariée me donne ,tout comme à Frieda,une liberté et une singularité que les femmes de notre âge ne possèdent pas. Un peu comme un collier original qui attirerait l'œil dans la vitrine d'un bijoutier,avec ses perles multicolores ."


En bref : Un récit d'une grande élégance, onirique et profondément psychologique. L'atmosphère rétro des années soixante apporte une réelle aura à cette histoire, d'une grande originalité et à la mélancolie douce-amère. Une réussite à découvrir, un roman qui nous déstabilise avec grâce. 

Un grand Merci à L&Pconseils et Mosaïc pour cette découverte.

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