lundi 2 avril 2018

Miasmes - Elisabeth Sanxay Holding, illustrations de Leonid Koslov

Miasma, 1929 - Editions Baker Street (trad. de J.Stabile), 2018.

  Lorsqu’il accepte un poste d’assistant du Dr Leatherby, le jeune médecin Alexander Dennison trouve l’ambiance étrange. Logé dans la grande maison du Dr Leatherby, il n’arrive pas à mettre le doigt sur les sources de son malaise.
  Des allées et venues secrètes, des personnes au comportement et aux paroles contradictoires, un patient qui meurt mystérieusement peu après une consultation… Plus il cherche à comprendre et plus il se trouve confronté à l’hostilité des uns et des autres. Mais Dennison va s’accrocher à la recherche de la vérité, et se trouvera pris dans une spirale de plus en plus vertigineuse…

  Paru en 1929 et inédit en France, Miasmes est le neuvième roman d’Elisabeth Sanxay Holding, mais sa première incursion dans le domaine du suspense. Holding fait déjà preuve d’une ingéniosité diabolique dans la construction d’une intrigue dont il est impossible de décrocher.
  Des illustrations distinctives et percutantes accentuent l’ambiance délétère et suprêmement ambiguë.

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  Attention redécouverte! Avec Miasmes, les éditions Baker Street proposent aux lecteurs un roman jusqu'ici inédit en France, mais originellement publié pour la première fois en 1929 en Amérique. On le doit à Elisabeth Sanxay Holding, perçue comme la "marraine" du thriller psychologique. Pourtant, rien ne la prédisposait à faire succès dans le suspense, n'y même à s'y essayer : après une première carrière reconnue dans la littérature romantique dans les années 1920, la crise financière de 1929 l'amène à changer radicalement de ligne de tir. C'est à l'aube de cette période trouble qu'elle écrit et publie Miasmes, récit policier à la psychologie omniprésente. Elle est dès lors acclamée par les plus grands du genre, Raymond Chandler (auteur du Grand Sommeil) en tête.
  E.S.Holding fait donc d'un coup d'essai un coup de maître. On peine à croire qu'il s'agit en effet d'une "première fois" tant elle semble maîtriser les codes du roman noir avec ce récit, que n'aurait d'ailleurs probablement pas renié Hitchcock lui-même tant l'atmosphère toxique qu'elle distille colle à sa filmographie. 


  Comme le célèbre réalisateur, elle parvient à faire s'insinuer le doute dans un décor et une situation initiale élégante et chaleureuse qui ne devraient pourtant pas être sujets à suspicion. Dès lors, le lecteur se trouve pris dans la même spirale que le personnage principal, essayant tantôt de se convaincre que rien d'étrange ne se trame, avant de penser tantôt le contraire. Cette alternance incessante revient tel un ressac, tandis que la tension grimpe et que les motivations qu'on ne prêtait même pas à certains protagonistes s'avèrent de plus en plus obscures. A qui faire confiance? La solitude évidente de Dennison face à cette situation renforce l'ambiance anxiogène parfaitement instaurée par l'auteure, qui nous mène par le bout du nez jusqu'à la révélation finale. Fausses pistes et faux semblants sont de la partie.

 Les illustrations de L.Koslov viennent souligner avec style et pertinence les accents mystérieux du récit...


  La psychologie des personnages est particulièrement travaillée et à ce titre, Dennison est déjà tout un programme a lui seul. Bien qu'étant le protagoniste majeur du récit, il a ceci de particulier qu'il ne suscite pas davantage la sympathie. D'un naturel défiant et méfiant, parfois taciturne, E.S.Holding ne l'a pas créé pour plaire au lecteur, et cela ajoute encore un peu plus à l’ambiguïté qui émane de son histoire. Les personnages féminins sont également très intéressants, et encore plus pour l'époque (on observe alors une nouvelle image de la femme, celle des débuts de l'émancipation portés par les années 20) : Hilda, derrière son apparence de sage secrétaire, se révèlera plus complexe qu'elle ne l'est de prime abord, et surtout, Evi, future Mrs Dennison, apportera la surprise. Son incursion soudaine dans le dernier tiers du livre (elle n'était jusqu'ici présente qu'à travers la correspondance postale avec Dennison) malmène quelque peu le rythme du scénario, mais on découvre une personnalité furieusement moderne avec cette fille de juriste prête à ruer dans les brancards pour éclaircir le mystère. Les accents les plus romantiques du personnage évoqueront par ailleurs quelques relents de la littérature sentimentale que venait tout juste de quitter l'auteure, mais auxquels elle mêle les talents d'une potentielle héroïne détective. On regrette presque qu'elle ne soit que de passage...


  Bien que rédigé il y a près de 90 ans, il est ainsi surprenant de constater à quel point le récit est furieusement moderne. Parce qu'elle ne s'encombre pas de fioritures qui pourraient scléroser son histoire - et son style - dans une époque donnée, E.S.Holding confère à son roman une universalité et longévité assurées.

En bref: Un des premiers romans noirs de la littérature! Avec Miasmes, Elisabeth Sanxay Holding signait sa première incursion dans le genre du suspense et une œuvre qui marquerait l'Histoire du thriller psychologique. Dans ce récit que n'aurait pas renié Hitchcock, elle use d'une écriture moderne et d'éléments particulièrement avant-gardistes qui en font une curiosité à redécouvrir. 

 Un grand merci à Baker Street pour cette découverte!

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