vendredi 26 juin 2026

The Book of Magic - Alice Hoffman.

Simon & Schuster, 2021.
 
    Depuis des siècles, la famille Owens est maudite en amour. Quand la douce Jet Owens entend le tic-tac du scarabée horloge de la mort, elle sait qu'elle n'a plus beaucoup de temps devant elle. Il se trouve qu'elle vient tout juste de découvrir comment mettre fin à la malédiction, mais il ne lui reste que sept jours à vivre.
    Ignorante de l'héritage occulte de sa famille et de ce qu'il implique, l'une des jeunes filles Owens tombe amoureuse. La malédiction frappe à nouveau et son petit-ami se retrouve brutalement entre la vie et la mort, catastrophe qui vient faire violence à trois générations de femmes Owens. Celles-ci sont alors contraintes de s'aventurer là où tout à commencé et de recourir à leurs dons pour briser le sort qui pèse sur leur destinée. Mais ce faisant, ne risquent-elles pas de détruire tout ce que leur famille avait si ardemment défendu jusque-là ? 
    Jusqu'où faut-il être prêt à aller pour changer son destin ?
 
Une superbe et inoubliable conclusion à la saga des Ensorceleuses 
 
***
 
    Plus que jamais il était temps de terminer ce livre et de lui consacrer un article : The Book of Magic, encore inédit en France (mais plus pour très longtemps), vient clore le cycle d'Alice Hoffman initié en 1995 avec Practical Magic, plus connu dans l'Hexagone sous le nom des Ensorceleuses. A l'époque one shot pour lequel elle ne prévoyait pas de suites, Practical Magic est rapidement devenu best-seller aux États-Unis, où son adaptation au cinéma quelques années plus tard a aujourd'hui acquis le statut de film culte. Lorsque l'autrice avait annoncé revenir à l'univers des Ensorceleuses en 2016, tout le monde s'était imaginé retrouver Sally et Gillian Owens, les protagonistes du roman. Alice Hoffman avait provoqué la surprise en offrant à ses lecteurs non pas une suite, mais un préquel centré sur la jeunesse des tantes Owens, Jet et Frances, que le film avait rendu ô combien sympathiques. Puis la romancière avait continué de remonter le temps, consacrant trois ans plus tard un roman à Maria, l'ancêtre des Owens, dans le contexte des chasses aux Sorcières du XVIIe siècle. C'est finalement en 2021 qu'elle revenait à Sally et Gillian, ses deux héroïnes originales, avec The Book of Magic, selon un cheminement narrativement cohérent où les différents fils du temps se rejoignaient avec une implacable justesse. Commencée il y a trois ans, notre lecture avait été interrompue par les aléas du quotidien ; la sortie au cinéma des Ensorceleuses 2, directement adapté de ce titre, en septembre prochain nous a poussés à reprendre le livre depuis le début pour dire adieu aux sœurs Owens comme il se doit.
 
"Sally faisait les cent pas. Elle savait reconnaître un signe de mauvais augure quand elle en voyait un. Un chat sur la route. Un nuage en forme de nœud coulant. Une enfant qui se sentait trahie par sa propre mère. La pleine lune s'élevant dans le ciel."
 
    Nous retrouvons donc ici les Owens quelque temps après les événements survenus dans Les Ensorceleuses. Les filles de Sally ont grandi : Antonia, célibataire, attend un enfant, et Kylie a pris conscience des sentiments qu'elle éprouve pour son meilleur ami Gideon. Mais l'amour, chez les Owens, n'est source que de malheurs. Alors quand la malédiction frappe à nouveau et que le jeune homme se retrouve dans un profond coma, Kylie décide de fuir les États-Unis à la recherche de réponses. Elle découvre par hasard un vieux grimoire, trouvé dans une cache secrète de la bibliothèque de la ville par tante Jet peu de temps avant sa mort. Le livre, recueil de magie noire, invite la jeune fille à s'envoler pour l'Angleterre, où son ancêtre Maria Owens est née plus de 300 ans plus tôt. Craignant qu'elle ne s'aventure sur le chemin des Arts Profanes, Sally, Gillian et Tante Frances s'envolent pour l'Europe afin de la retrouver. De son côté, Kylie rencontre Tom Lockland, un mystérieux jeune homme fasciné par l'occulte, qui lui promet de l'aider à vaincre la malédiction qui pèse sur les Owens. A moins que ses intentions réelles soient moins honorables...
 

"L'idée qu'il puisse y avoir à la bibliothèque un livre qu'elle ne connaissait pas rendait Sally nerveuse, car elle était persuadée d'être au fait de tout ce que contenait leur fonds. C'était ridicule : quel mal pouvait bien causer un simple livre ? Quel pouvoir pouvait-il avoir ? C'est alors que Sally se mit à courir, parce qu'elle avait la réponse à ces questions. Les mots étaient tout, les histoires étaient bien plus puissantes que n'importe quelle arme, et les livres changeaient des vies." 
 
    Dernier ouvrage consacré aux Owens, The Book of Magic est donc une suite directe de Practical Magic, mais fait surtout écho aux événements racontés dans Magic Lessons et aux origines de la malédiction familiale. Le grimoire au centre de l'intrigue, The book of raven, avait en effet été caché par Maria Owens elle-même dans ce précédent opus, avant qu'on ne le redécouvre ici dans l'un des murs de la bibliothèque de la ville. A la façon des préquels écrits par l'autrice, cet ultime titre se situe davantage dans l'univers du film adapté du roman d'Alice Hoffman que dans celui de son propre livre. Aussi y retrouve-t-on des éléments caractéristiques du scénario écrit pour le long-métrage de Griffin Dunne, à l'image de la malédiction jetée par Maria sur sa descendance et de quelques phrases ou expressions iconiques tirées du film.
 

"Vous pouvez passer votre vie entière sans voir ce que vous avez sous votre nez. Car voir et ouvrir les yeux sont deux choses très différentes ; c'est ce que vous ressentez au plus profond de vous qui compte, ce que vous savez sans qu'on ait eu à vous le dire."
 
    Mais ici, la malédiction n'est toujours pas vaincue et le second mari de Sally est décédé quelques années plus tôt, la laissant dans une tristesse infinie qui nous fait retrouver le personnage tel qu'Alice Hoffman l'avait dessiné dans Les Ensorceleuses version papier – c'est à dire beaucoup plus mélancolique et réservé que dans l'adaptation à l'écran. Gillian, forte de ses expériences, est quant à elle devenue plus sage et plus mûre que l'indomptable jeune femme qu'elle était. Les tantes, enfin, sont très proches de leurs modèles cinématographiques (tout comme elles l'étaient dans The Rules of Magic, le préquel qui leur était consacré), avec des personnalités très contrastées et un charisme qui les rend particulièrement attachantes.
 

"Faites un vœu et payez-en le prix. Commettez la moindre erreur et elle vous hantera. Aimez qui vous
voudrez. Rappelez-vous que les mots sont essentiels. Ne trahissez jamais votre parole." 
 
   Opus de la maturité qui vient montrer les conséquences de la perte et du deuil sur la famille Owens, ce dernier tome est aussi davantage du côté du magique que du côté réalisme, faisant basculer un peu plus ce cycle dans le fantastique. Les superstitions et croyances supposées d'autrefois ont très distinctement cédé la place aux sortilèges et aux incantations, ce qui positionne à notre sens ce dernier tome un cran en dessous des autres, bien qu'on ait pris un grand plaisir à le lire. Le style de l'autrice, en effet, est toujours d'une égale qualité, ensorcelant et incantatoire à souhait, parsemé d'évocations aussi poétiques que symboliques (Sally qui a perdu la faculté de percevoir la couleur rouge depuis qu'elle ne croit plus en l'amour, les tenues blanches qu'on se doit de porter les jours de deuil, la tarte aux pommes qu'il est recommandé de cuisiner pour en appeler au retour d'une fille disparue...).
 

"Qu'elles soient seules ou séparées, qu'elles soient dans le besoin ou face à de gros problèmes, qu'elles recherchent la connaissance, un visage ami, ou simplement un téléphone pour appeler la maison, elles pouvaient trouver tout cela dans une bibliothèque."
 
    En confrontant les Owens à leurs origines et à des secrets de familles ancestraux après trois tomes traversant les générations, Alice Hoffman montre ici la nécessité de la transmission et l'éclairage que les événements du passé apportent sur les événements du présent. L'univers des Ensorceleuses dépasse donc ici le cadre de la simple fiction en se faisant récit familial et transgénérationnel. L'autrice double cette parabole d'un véritable hommage aux pouvoirs de la littérature et à l'importance des bibliothèques, citant au fil des pages de nombreux classiques des lettres américaines, de Ray Bradbury à Emily Dickinson, et rappelant ainsi que les mots, quels qu'ils soient et d'où qu'ils viennent, sont toujours une forme de magie.
 

"Quelle chance elles avaient eue d'être élevées par des femmes qui leur avaient transmis ce qu'il y avait de plus important au monde. Lisez autant de livres que vous le pouvez. Préférez toujours le courage à la prudence. Prenez le temps d'aller à la bibliothèque. Cherchez la lumière dans les ténèbres. Ayez confiance en vous. Retenez que l'amour est ce qui compte le plus." 
 
En bref : Dernier chapitre de la saga des Ensorceleuses, The Book of Magic nous fait retrouver les personnages de Sally et Gillian Owens quelques années après les événements du premier livre, dans un univers enrichi de ce que le lecteur a appris des préquels et des nombreux secrets de famille des Owens. Plus fantastique que les précédents titres du cycle d'Alice Hoffman, cet ultime roman se veut un hommage au pouvoir des livres et des histoires, mais surtout une métaphore joliment élaborée de l'importance de la transmission familiale. S'il n'est à notre sens pas le meilleur des quatre tomes consacrés aux Owens, il nous permet de leur faire nos adieux dans l'émotion... en attendant de les retrouver à l'écran en septembre prochain !
 
 
Et pour aller plus loin...

- Découvrez Practical Magic / Les Ensorceleuses, l'incontournable best-seller ICI.
 
 
- Découvrez The Rules of Magic, l'ensorcelant premier préquel ICI.
 
 
 
- Découvrez Magic Lessons, le second préquel ICI.
 
 

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