The wonderful wizard of Oz, George M.Hill Company, 1900 - Le Magicien d'Oz, éditions Flammarion, collection Bibliothèque du Chat Perché, 1979 - Multiple rééditions depuis, dont Le Cycle d'Oz #1 (trad. de B. Longre), éditions Le Cherche-Midi, 2013.
Le Magicien d'Oz raconte l'histoire de Dorothy, petite orpheline qui vit au Kansas dans la ferme de son oncle Henry et de sa tante Em. Emportée par un cyclone avec son chien Toto, elle se retrouve alors propulsée dans un étrange pays où, avec l'aide de compagnons un peu étranges - un épouvantail, un bucheron de fer blanc et un lion froussard - elle va affronter non seulement une sorcière particulièrement terrible, mais aussi des chimères, des singes ailés, des loups affamés ou encore une araignée géante! L'aide des bonnes sorcières du royaume mais aussi une paire de souliers magique ne seront pas de trop pour arpenter ce pays aussi magnifique et féérique que dangereux...
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Le Magicien d'Oz revenant ces derniers temps sur le devant de la scène (comme on l'a évoqué dans un article sur les adaptations en cours), il était plus que temps d'évoquer l'œuvre originale. Car s'il y a un événement éditorial que l'on espérait de longue date, c'est bien celui-ci : la publication de l'intégralité du cycle littéraire d'Oz écrit par L. Frank Baum et dont seul le premier opus était resté dans la mémoire hexagonale. Initialement composée de 14 titres sortis en librairie entre 1900 et 1920, cette saga ne vit que ses trois premiers opus traduits en français avant que les tomes 2 et 3 ne tombent finalement dans l'oubli. Heureusement, l'intérêt sur le retour pour l'oeuvre de L. Frank Baum a incité les éditions du Cherche-Midi à se lancer dans une toute nouvelle traduction du cycle complet afin de le faire enfin découvrir dans son intégralité aux lecteurs français.
Couverture de l'édition originale américaine de 190, illustrée par W.W.Denslow (à gauche)
Couverture de la toute nouvelle édition, illustrée par Stéphane Levallois.
Si l'histoire de ce roman est connue de tous, c'est que le film de 1939 et les réécritures simplifiées publiées dans la foulée ont propagé dans l'imaginaire collectif une trame courte et facilement mémorisable. Mais le récit original est bien plus riche en intrigues secondaires et péripéties que la version tronquée que tout le monde croit connaître ; En cela, un petit retour sur le texte intégral offre une réelle redécouverte. On entre dans un monde que l'auteur a pensé dans ses moindres détails, décrivant le pays d'Oz avec toutes les caractéristiques qui constituent un État : son architecture, sa géographie, son climat, ses mixités culturelles et régionales, et parfois même sa diversité religieuse ou son passé historique. Pour les besoins de son histoire, Lyman Frank Baum est donc allé mille fois plus loin que ses prédécesseurs dans le genre, s'attachant méticuleusement à créer et reconstituer un microcosme plus vrai que nature malgré son caractère imaginaire. Cette minutie est un point fort de l’œuvre : elle inscrit Baum comme réel précurseur de ce que nous appelons aujourd'hui l'Heroic Fantasy.
Illustrations originales de W.W.Denslow.
Dans ce décor finement pensé, l'auteur met en scène une petite orpheline des plus communes qui, à l'image de nombreux enfants protagonistes de littérature jeunesse après elle, se retrouve alors que rien ne l'y préparait héroïne de sa propre histoire. Les personnages secondaires, au-delà du souvenir visuel et esthétique qu'on peut en avoir conservé grâce au film (car comment oublier les silhouettes de l'épouvantail, du bucheron, et du lion en pleine danse ?), sont autrement plus complexes et touchants qu'on pouvait l'imaginer : des créatures dégingandées, pataudes ou imparfaites, amputées d'une partie d'elles-mêmes qu'elles recherchent avidement. Le voyage de ces personnages en quête de leur plus cher désir est donc un voyage initiatique où les épreuves qu'ils traverseront leur feront prendre conscience de ce qu'ils sont vraiment, et qu'ils ont toujours possédé ce dont ils croyaient être dépourvu.
Diaporama de S.Levallois pour la couverture de l'édition du Cherche-Midi.
De nombreux auteurs et théoriciens ont interprété et réinterprété de mille façons ce texte : simple fable merveilleuse pour endormir les enfants, métaphore politique, conte philosophique ou allégorie religieuse... tout a pu être imaginé concernant la réelle nature de cette œuvre iconique. Mais l'interprétation qu'on préfère est celle du cheminement identitaire : l'idée que l'être-humain, en perpétuelle construction, a toujours en lui le potentiel nécessaire et ce même s'il se croit dépourvu de toute qualité. Mais avant même d'entrer dans une lecture analytique du roman, Le Magicien d'Oz est avant toute chose une aventure fantastique, un récit merveilleux qui porte en lui les codes et symboles propre au genre : le bien, le mal, et l'aventure. Même après une centaine d'éditions différentes et mille relectures, on ne se lasse pas de retrouver les illustrations originales de William Wallace Denslow, ami de l'auteur, qui a immortalisé les scènes iconiques de cette histoire : une ferme qui s'envole, des pieds chaussés de souliers d'argent dépassants de sous une maison, une route de briques jaunes... Un univers visuel qui marque durablement ses lecteurs et fait du Magicien d'Oz une véritable madeleine de Proust pour quiconque l'a découvert dans l'enfance.
Illustrations de S.Levallois.
Mais quid de la réédition du Cherche Midi, me direz-vous ? Elle n'en demeure pas moins intéressante, et ce à de nombreux égards. Tout d'abord au niveau du texte puisque la nouvelle traduction se veut plus fidèle au récit original (qui aurait été, parait-il, honteusement saccagé à l'occasion des précédentes traductions). Ce nouveau texte français permet de redécouvrir l'histoire sous une langue moderne, vive et enlevée sans jamais être anachronique. Il en est de même pour les illustrations de Stéphane Levallois. Issu de l'industrie cinématographique, cet artiste qui a notamment réalisé les concept art de Blanche-Neige et le Chasseur ou encore les derniers Harry Potter nous propose un style surprenant. De prime abord très intrigué, on s'est finalement laissé convaincre par son coup de crayon envoûtant au croisement des inspirations graphiques. Silhouettes longilignes tracées à grands coups d'une mine vive et aiguisée, chevelures arabesques s'éparpillant en volutes stylisées, visages anguleux et expressifs, ombres dégingandées et interminables... son style hypnotique et ses prises de vue audacieuses se veulent un melting-pot fascinant des inspirations et des époques. Une bible graphique qui se réclame autant du manga que de l'Art-Nouveau et du symbolisme à la Mucha ! Déroutant, surprenant et vertigineux.
Illustrations de S.Levallois.
En bref : Une œuvre à découvrir, re-découvrir ou re-re-re-découvrir avec un plaisir qu'on vous garantit inaltérable. Qu'il s'agisse d'une ancienne édition pour son aspect nostalgie ou de la nouvelle traduction du Cherche Midi pour son audace visuelle et la force de son texte, Le Magicien d'Oz est un coup de cœur. Un roman à la force d'un cyclone et au "goût puissant d’élixir", comme le dit si bien Fabrice Colin en postface de cette réédition. Claquez des talons trois fois, la route de briques jaunes vous attend.









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