mercredi 15 juillet 2026

A Practical Magic Spring...


"Jetez toujours du sel par-dessus votre épaule gauche. Gardez du romarin à la porte de votre jardin, ajoutez du poivre à la purée. Plantez de la lavande et des roses, ça vous portera chance. Tombez amoureux chaque fois que vous le pourrez."

    On en a assez parlé au cours de la saison pour que ce soit une évidence : c'est très clairement une année Practical Magic qui s'annonce avec, comme nous l'avons évoqué dans cet article, la sortie du second film au cinéma, la réédition en France du roman original et la traduction pour la première fois de l'une de ses suites. Autant vous dire qu'au Terrier, on s'est plongé dans l'ambiance depuis quelques mois, bien avant que l'instagramosphère inonde la toile de hashtag season of the witch et practical magic summer – le fan de la première heure d'Alice Hoffman que nous sommes, un rien pédant, aurait envie d'ajouter "La mode ? Nous ne la suivons pas, nous la faisons", mais ce serait sans doute un peu excessif, même de notre part ^^. Donc contentons-nous de notre traditionnel récapitulatif de printemps, pendant qu'on relit les livres d'Alice Hoffman ainsi que tout ce que notre bibliothèque compte de romans de magic realism, et qu'on s'abreuve jusqu'à plus soif de Margarita de Minuit.
 
 
Escapades :
 
 
    L'escapade la plus importante de ce printemps a bien sûr été notre participation aux toutes premières journées Jane Austen de France, organisées par la récente société hexagonale Jane Austen, dont notre amie Claire Saim est la coprésidente. Les festivités se tenaient dans le cadre idyllique du collège franco-britannique, en plein cœur de la cité universitaire de Paris : un ensemble de résidences pensées pour les étudiants de l'international dans l'esprit de leurs pays d'appartenance, réunissant au cœur d'un même parc bâtisse Tudor et pagode chinoise. 
 
 
    Mais revenons-en aux journées Jane Austen : au croisement de la recherche universitaire et de la pop culture, cet événement a réuni de nombreux lecteurs et aficionados divers, venus assister aux conférences, s'essayer aux danses historiques, acheter goodies et souvenirs, ou encore siroter un thé créé en l'honneur de la femme de lettres. Votre humble serviteur a même eu le grand honneur d'être convié à animer la table ronde avec Fabrice Colin et Nathalie Novi, respectivement auteur et illustratrice du Musée imaginaire de Jane Austen, aux côtés de Claire Saim herself.
 
 
 
 
    Outre le plaisir que nous avons eu à écouter les autrices, auteurs et artistes présents, à nous goinfrer de scones et à dévaliser les stands de présents à offrir à nos ami(e)s, nous avons pleinement profité du cadre et avons arpenté en long, en large et en travers la cité universitaire afin de mitrailler de photos ses fantaisies architecturales et visiter tout ce qui était visitable (soit le bâtiment principal, le seul véritablement ouvert au public, mais disposant de tout un espace patrimonial dédié à l'histoire du lieu, fascinant). Un décor particulièrement romanesque dont on s'étonne qu'il n'ait pas été davantage le théâtre de livres, de séries ou de films !



 
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Cadeaux & acquisitions :
 
 
 
     Coup du sort, malédiction ou heureux hasard : notre PAL continue de se remplir comme par magie, et ce alors que notre bibliothèque est encore loin (très loin) d'être terminée. Mai étant le mois de notre (non) anniversaire, nous ne sommes pas responsable de ces (nombreuses) acquisitions, pour la plupart des cadeaux offerts par des amis. Nous commençons avec ce florilège de présents de Claire/Jane Austen lost in France, servi dans ce très joli sac à motifs Art Déco : un carnet à l'effigie d'une ancienne réclame des frères Lumière, le Frankenstein édité par Toussaint Louverture, Un printemps avec Arsène Lupin, des marque-pages autocollants à l’effigie de grands auteurs anglo-saxons, et une bougie parfumée (pour changer du thé, a-t-elle dit ;) ).
 

    Pouchky/Ficelle ne nous a pas oublié non plus, avec son petit colis printanier : du chocolat chic (très chic, du genre de ceux dont même l'emballage est élégant), une carte automnale pour rafraîchir l'air caniculaire, du thé et cet adorable carnet de saison à la couverture toilée – parce que les carnets, c'est comme les livres : on n'en a jamais assez.


    En parlant de livres, justement, un ami nous a offert ce génialissime bouquin de recettes – oui, on en a déjà des tas, mais c'est un peu comme les carnets chez nous ou comme le poivre dans la purée chez les Owens : on n'en a jamais trop. La plus-value de celui-ci tient dans son thème : les épices. Il s'ouvre sur les fiches détaillées de chacune d'entre elles ainsi que sur les mélanges les plus couramment utilisés en gastronomie, avant de proposer de nombreuses recettes, particulièrement originales pour leur grande majorité. On a commencé à le tester et on n'est absolument pas déçu
 
     Toujours au rayon livres, nos partenaires éditeurs nous ont fait parvenir la réédition chez Verso des Ensorceleuses (dont on vous a parlé ici), le dernier tome des Journaux pas si intimes de Marion (par notre amie et co-autrice Faustina), ainsi qu'Hécate la sorcière, tout récemment paru au Rayon Imaginaire. Pour faire bonne mesure, nous avons tout de même mis la main au porte-monnaie pour quelques achats (oui, tous de la plus haute importance, évidemment) : deux albums de photos anciennes sur La Ciotat et Évian à la Belle Époque pour les besoins de futurs projets d'écriture (la mention de "Belle Époque" devrait suffire à vous indiquer de quoi il retourne). Pour les mêmes raisons, nous avons acquis Lyon, capitale du crime, nouveauté à la fois très technique, scientifique, et romanesque (un indice de plus ; si vous ne comprenez toujours pas de quoi il s'agit, même la médecine légale ne peut plus rien pour vous). Enfin, nous nous sommes fait plaisir avec Les secrets du Chocolat, de Joanne Harris, préquel qu'on a hâte de découvrir du best-seller Chocolat, un de nos romans favoris.

 
    Et pour finir, hors livres et littérature, nos collègues nous ont offert cette jolie sélection de thés sur le thème de Versailles et cette très élégante pochette en similicuir pour – comble du chic – transporter ses petits sachets de thé de la plus distinguée manière qui soit !
 
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Popotes et casseroles :
 
 
 
    Le retour du soleil et le jardin qui se pare de belles couleurs nous ont poussé vers la cuisine (bon, ça et aussi la nécessité de nourrir les invités venus séjourner au Terrier). Les fraises sont revenues en nombre malgré la canicule, un peu plus petites que l'an dernier en raison du manque d'eau, mais en nombre tout de même. Impossible de ne pas en perdre, parce qu'impossible de suivre le rythme, mais on a malgré tout fait honneur aux récoltes avec quelques kilos de confiture, de la glace et le traditionnel crumble ! Toujours au rayon du sucré, un goûter post-travaux dans la bibliothèque a été l'occasion de refaire la fournée de notre irrésistible (si, si) recette de muffins aux myrtilles    
 
 

    Côté salé, le printemps s'est accompagné des immanquables de la saison : la salade de lentilles Van Loo et le pain au thon, qui ont toujours un succès fou auprès des invités. Parmi les nouveautés, on s'est inspiré d'une salade mangée dans une boulangerie végétarienne à Paris pour recréer leur recette de carottes râpées au fenouil (désormais adoptée) et nous avons testé un premier plat du livre de cuisine aux épices : les patates douces à la cardamome (adoptées elles aussi).


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Bricoles et fariboles :


    L'an dernier à la même époque, on vous avait parlé du projet artistique et culturel mené au travail, récit familial et fantasmagorique réunissant petite et grande Histoire, créations visuelles et questionnement sur la nature de la monstruosité. Heurs et Malheurs de l'étrange famille Dyscornu, au croisement du transgénérationnel et de la bibliothérapie, avait été une médiation incroyable en même temps qu'un support d'élaboration particulièrement fort pour mettre en mots le vécu familial, dans ses transmissions comme dans ses non-dits. Cette année, c'est d'autres enjeux qu'il a été question : le besoin identifié se situait davantage autour des difficultés liées à la lecture, notamment l'accès à l'implicite et la compréhension des inférences. Pour mettre au travail une approche sensorielle, voire synesthésique, du livre, nous avons proposé de passer par un média bien spécifique : la fiction audio, également connue sous le nom de théâtre radiophonique ou, plus récemment, de podcast fiction.


    A la différence du livre audio, la fiction audio est comparable à un film sans les images : pas ou peu de narration, mais des dialogues et tout un ensemble de bruitages qui permettent de comprendre la scène grâce à une ambiance acoustique la plus évocatrice possible, le tout accompagné de codes empruntés au cinéma ou aux séries (musique d'ambiance, générique de début et de fin, etc.) Ce média particulièrement immersif a été présenté à nos loustics grâce aux fictions audio disponibles en podcast sur Radio France, et tout un travail de création a été mené cette année pour les faire adapter en feuilleton sonore le tome 1 de la saga jeunesse Nécropolis de Fabrice Colin. Et pour nous guider dans cette aventure, c'est le romancier himself qui nous a rejoints : non content d'être l'auteur du roman original, Fabrice Colin est aussi scénariste de pièces radiophoniques et connaissait donc tous les codes à maîtriser pour ce travail de réalisation.


    Après un an de lecture, adaptation, écriture, interprétation, enregistrement et montage, nos petits monstres, qui ont été tour à tour scénaristes, metteurs en scène et comédiens (et même graphistes, car ils sont aussi à l'origine du visuel, inspiré des designs de pièces radiophoniques de Radio France, ici conçu intégralement avec du canson découpé !), ont présenté le premier épisode à l'occasion de plusieurs restitutions face à un public composé tantôt de familles, de partenaires et de scolaires. Ces derniers ont pu remporter un CD dédicacé pour écouter chez eux les trois épisodes complets adaptés du premier opus. On est très très très fier d'avoir accompagné nos grands dadais dans ce projet d'un genre nouveau, une fois encore particulièrement porteur !
 
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Great news !
 

    Nous n'avons pas encore eu le temps d'y consacrer un article spécifique (cela viendra), mais le deuxième tome des Enquêtes des sœurs Lumière est paru le 27 mai dernier ! Il y est question de spiritisme, de pompes funèbres et de prestidigitation. On vous en reparle plus longuement très bientôt, mais on sait que vous êtes déjà nombreuses et nombreux à avoir accueilli ce nouvel opus sur vos étagères et on vous en remercie très chaleureusement !
 
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    Voilà pour le bilan de ce printemps caniculaire. Au programme de cet été, maintenant : de l'écriture, un séjour de recherches, des travaux et tout un livre de recettes aux épices à tester. On se retrouve en septembre pour faire le point ?
 

jeudi 2 juillet 2026

Les Ensorceleuses - Alice Hoffman.

Practical Magic
, Putnam Adult, 1995 - Drôles de meurtres en Famille, Éditions Flammarion (trad. de M.O. Fortier-Masek), 1996 - Les Ensorceleuses, Éditions Flammarion, 1999 - Editions J'ai lu, 1999 - Les Ensorceleuses, Éditions du Seuil, label Verso (trad. de F. Le Roy), 2026.

    Depuis plus de deux siècles, les femmes Owens portent le poids d’une rumeur tenace : dans leur petite ville du Massachusetts, on les tient responsables de tout ce qui tourne mal. Gillian et Sally ont grandi avec cette réputation. Trop libres, trop différentes, entourées d’un parfum de magie que les autres redoutent, elles ont toujours été mises à l’écart.
    Leur seule envie : fuir. Alors Sally se marie, et Gillian disparaît. Mais on n’échappe ni à ses racines ni aux liens du sang.
    Les années passent, jusqu’au jour où un drame les ramène l’une à l’autre, comme guidées par une force invisible. Car malgré les silences, les blessures et les choix qui les ont éloignées, un lien indestructible, presque surnaturel, demeure entre les deux sœurs.
 
Le roman culte qui a inspiré le film tout aussi culte Les Ensorceleuses, avec Sandra Bullock et Nicole Kidman (1999).
 
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    Il y a des univers auxquels on revient toujours – ou qu'on ne quitte jamais, c'est selon. Practical Magic est de ceux-là. Ceux qui nous connaissent et qui nous suivent de longue date le savent : on a parlé de nombreuses fois du roman (dans sa première traduction ICI), du film (ICI), ou encore des suites et des préquels qui leur ont succédé (à vous de retrouver les articles correspondants). On a même reproduit une grande partie des recettes croisées au détour des pages, dans l'idée de goûter encore un peu plus à cet univers, en bon bovaryste que nous sommes.
 

    Pour tous, Les Ensorceleuses, c'est cette comédie fantastique inclassable et un peu bizarre des années 90 : à l'aube de leur succès, l'incandescente Nicole Kidman et la douce Sandra Bullock y campaient les sœurs Owens, maudites en amour depuis que celui-là entraîne immanquablement la mort des hommes qu'elles ont la faiblesse d'aimer. On se souvient de leurs tantes un peu fantasques, fagotées comme des Mary Poppins qui écouteraient du Stevie Nicks. On se souvient de leur maison – et quelle maison ! On se souvient de la margarita de minuit. On se souvient de cet homme qu'elles empoisonnent, transportent en Oldsmobile et enterrent sous le rosier du jardin, et dont les bottes sortent de terre comme pour les narguer. A la fois malicieux, drôle, macabre et parfois même émouvant, ce cocktail de saveurs qui avait fait un flop à sa sortie a eu l'excellente idée de devenir culte avec le temps.
 

    Mais qui savait que le film était tiré d'un livre, qui plus est best-seller aux États-Unis ? Qui savait, alors que toute la communauté instagram s'emballe déjà derrière le trope "cosy fantasy", que le roman se réclamait de ce registre bien particulier qu'est le magic realism (lequel n'est, désolé de vous décevoir, ni cosy, ni fantasy) ? Qui savait que cette histoire, loin d'être une comédie, était une puissante évocation des croyances, superstitions, et du pouvoir qu'on leur accorde, le tout entrecoupé de réflexions sur le deuil, la transmission et l'amour ? En vérité assez éloigné de son adaptation, le matériau littéraire d'origine n'en est pas moins fascinant.
 

    Alice Hoffman, conteuse au sens unique de la narration, parvient à nous faire croire à cette tension persistante entre l'âpreté de l'existence d'un côté et l'étincelle d'étrangeté qui s'y glisse parfois de l'autre. Elle nous confronte à toutes les formes de rupture que l'on peut connaitre dans une vie et à leur caractère inéluctable, tout en rendant réels, palpables – oserions-nous dire crédibles ? – les signes du destin qui se lisent dans le vol des moineaux et dans les différentes phases de la lune. Pour ce faire, elle n'hésite pas à malmener ses personnages et, même, à nous les rendre antipathiques par instant si cela les rend aussi plus vrais. Contrairement à ce que le film de 1998 pourrait laisser croire, Alice Hoffman ne cherche pas à nous servir un univers séduisant, convenu et rassurant – non, une fois encore, rien ici n'est cosy, rien n'y est simple. Elle s'amuse même à nous mettre mal à l'aise et à nous déstabiliser quand cela lui chante. A sa manière, l'ouvrage n'en est que plus réussi : il est de ceux, pour citer le poète, qui mordent et qui piquent. De ceux qui se laissent apprécier pour peu qu'on ne refuse pas d'être un peu remué.
 

    Ce conte noir et baroque est ici servi dans une toute nouvelle traduction de Fabien Le Roy, qui parvient à restituer la langue ensorcelante de la romancière américaine tout en dynamisant les dialogues et en leur insufflant l'énergie et la modernité dont ils avaient besoin. On regrette peut-être quelques confusions ici ou là (l'horloge de la mort, nom vernaculaire de la vrillette, dont la légende dit que le son caractéristique annonce la mort de l'être aimé, est ici devenue un "gros coléoptère"), mais c'est probablement pinailler.  Ne nous en voulez pas trop : on l'a tellement lu et relu, ce texte, qu'on en connait des passages entiers par cœur, en anglais comme en français. Eh oui, Practical Magic, c'est un peu notre livre totem, un texte jusque-là méconnu qu'on aimait chérir secrètement. A partir de ce jour, il nous appartiendra certainement un peu moins, mais réjouissons-nous qu'il puisse être enfin redécouvert.
 

En bref : Bien plus sombre que l'adaptation qui l'a fait connaître, le roman original des Ensorceleuses est un pur produit de réalisme magique : le cœur y balance entre superstition et conviction, hasard et destin, fantômes et mirages. Le style, impeccable, saisit le lecteur par son pouvoir d'évocation, preuve s'il en est que derrière un film de pop culture se cache parfois une très belle œuvre de littérature, à la fois complexe et surprenante.
 
 
Merci à Verso pour cette lecture !