dimanche 15 juin 2014

La Belle au bois Dormant - Charles Perrault.

La Belle au bois dormant in Histoires ou contes du temps passé, Editions Barbin, 1697 - Multiples éditions et rééditions depuis, dont les éditions numériques.

  À l'occasion du baptême de la princesse, le roi et la reine organisent une fête somptueuse, invitant famille, amis et sept fées marraines bienveillantes de l'enfant. Chacune d'elles offre un don à la princesse : beauté, grâce, etc. Brusquement une vieille fée, qui n'a pas été invitée, se présente et lance à la princesse un charme mortel : la princesse se piquera le doigt sur un fuseau et en mourra. Heureusement, une des jeunes fées marraines qui s'était cachée pour parler en dernier atténue la malédiction : « au lieu d'en mourir, elle tombera seulement dans un profond sommeil qui durera cent ans, au bout desquels le fils d'un roi viendra la réveiller ».

Pour protéger sa fille, le roi fait immédiatement interdire de filer au fuseau ou d'avoir un fuseau sous peine de mort. Pourtant, vers ses quinze ans, dans une partie reculée du château, la princesse découvre une vieille fileuse qui ne connait pas l'interdiction. La princesse se pique au fuseau et s'endort, en même temps que tous les habitants du château. Au cours des ans, celui-ci est recouvert de végétation. Il n'est redécouvert qu'après cent ans, lorsqu'un fils de roi y pénètre et réveille la princesse.

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  Dans le cadre de ma sélection de lectures sur le thème de La Belle au Bois Dormant, je propose de retourner aux sources francophones du conte avec l'une des plus anciennes versions connues dans l'hexagone, à savoir la version de Charles Perrault. Beaucoup seront certains de la connaître. Cependant, même en excluant (ou essayant d'exclure) toute pré-notion issue de la version Disney, on a trop souvent tendance à résumer ce conte à ce simple enchaînement de faits et rebondissements : Naissance de la princesse, baptême et invitation des fées, dons des fées, malédiction jetée par la fée Carabosse, contre-sort de la bonne fée, adolescence de la princesse et sommeil magique, arrivée du prince, réveil de la princesse et résolution de l'histoire.

 Portrait de C.Perrault, sûrement l'un des auteurs de contes traditionnels le plus connu...

  Nous sommes donc d'accord? Eh bien non, car si l'on a l'habitude de raconter ainsi La Belle au Bois Dormant, il ne s'agit là que de la première partie du conte. Sous la plume de Perrault (pour peu qu'on choisisse une édition qui respecte autant que possible le texte d'origine), cette phase baigne dans une atmosphère délicieusement surannée, chargée de parfums lourds et emprunte d'une atmosphère médiévale merveilleusement bien évoquée. En effet, la chronologie des cent ans écoulés ajoute, au milieu même du conte pourtant "intemporel" (et donc par définition non situable dans le temps), un aspect supplémentaire de légende : celle de cette princesse endormie qui attendrait l'arrivée de son prince pour se réveiller.

Le château sous les ronces (gravure de G.Doré pour le texte de Perrault).

  Renforçant ainsi la féérie de l'intrigue, Perrault n'oublie pas d'ajouter une seconde lecture à son histoire. Rappelons en effet que les contes merveilleux classiques, loin d'être à destination première des enfants, étaient avant-tout des réflexions déguisées sur les passions humaines et proposaient en réalité des remises en question d'ordre éducative. A travers la malédiction dont est victime la princesse, Perrault évoque en fait de façon détournée les différents âges de maturation de la femme. Ainsi, le sang provoqué par la piqure renvoie à la menstruation, le sommeil évoque le replis sur soi-même propre à l'adolescence avant l'éveil de la jeune fille à son statut de femme prête à vivre une vie de couple. Il est vrai qu'on a là plus d'un état de fait qu'un sujet propre à la réflexion, mais il s'agirait en fait, via le conte, de préparer inconsciemment les plus jeunes lectrices à ce parcours qui les attend.

La princesse et le fuseau (gravure de G.Doré pour le texte de Perrault).

  A la suite de cette première partie du conte, Perrault poursuit l'histoire. Ce second chapitre, oublié des version moderne (notamment l'adaptation par Grimm ou Disney), raconte la vie de couple de la princesse et la poursuite de son statut de femme en évolution. Car de princesse mariée, elle devient reine puis mère. De ses deux enfants, Perrault nous indique même les prénoms : Aurore (qui, dans les autres versions, deviendra celui de l'héroïne elle-même) et Jour. Cette tranche de l'histoire confronte la Belle à sa belle-mère ogresse de surcroît, et à la jalousie de cette dernière qui cherche à la dévorer. Une évocation des éternels et intemporels conflits épouse/Belle-mère, peut-être? Si l'interprétation est obscure et tortueuse, reste un texte à la prose très classique, certes un peu fanée mais qui charmera les adorateurs de vieux papiers et de langue française à l'ancienne. Je ne saurais que trop vous conseiller une édition illustrée par Gustave Doré, car si de nombreux artistes plus talentueux les uns que les autres ont mis ce dessin en images, c'est lui, à mes yeux, qui a su le mieux restituer le caractère lourd et tortueusement gothique du texte de Perrault.

 Le réveil de la princesse (gravure de G.Doré pour le texte de Perrault).

En bref: Une version ancienne et en réalité peu connue de l'histoire. Un texte certes lourd et au langage un peu daté, mais qui vaut le détour pour découvrir la seconde partie du conte, oubliée des adaptations et réécritures faites par la suite.

Pour aller plus loin...



-Lisez Carabosse, de M.Honaker, un roman sombre et gothique qui revisite le conte original de Perrault par le prisme de la Sorcière. A découvrir ICI.

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