dimanche 6 septembre 2015

De cape et de mots - Flore Vesco

Editions Didier Jeunesse, 2015.

   Serine, en dépit de la volonté de sa mère, refuse de se marier. Mais pour sortir ses frères de la pauvreté, elle doit agir. Sa décision est prise : elle sera demoiselle de compagnie ! La tâche s’annonce difficile : la reine est capricieuse, antipathique, et renvoie ses demoiselles aussi souvent qu’elle change de perruque. Mais Serine ne manque pas d’audace et, tour à tour, par maladresse ou génie, se fait une place. Elle découvre alors la face cachée de la cour : les manigances, l’hypocrisie et les intrigues… et tente de déjouer un complot.
  Un premier roman décapant qui marque tant par la singularité de son héroïne que par la plume inventive de son auteur. 
 
  HUMOUR, IRRÉVÉRENCE ET COMPLOTS À LA COUR DU ROI !
 
***
 
  Impossible, lorsque je suis tombé par hasard sur ce livre, de ne pas penser à Fantômette! En effet, on reconnait la même silhouette féline drapée d'une cape sombre, le visage masqué d'un loup noir... Or, Flore Vesco, l'auteure, l'admet et le revendique : c'est la Fantômette illustré par J.Stefani dans les années 70 qui lui a inspirée l'allure de son héroïne. Il n'en fallait pas moins pour me pousser à l'achat, curieux de voir de quoi il retournait exactement.
 
 Illustration de F.Gastaut, qui réalisé la couverture.
 
  L'histoire, présentée par la critique comme une rencontre décapante entre Les colombes du roi soleil et un roman de Jean Teulé, commence dans un royaume uchronique, qui rappelle fortement la monarchie française d'un Louis XIII ou XIV. Serine, dont le véritable nom à rallonge n'a d'égale que la ruine financière de sa famille, quitte les siens pour échapper à un mariage de convenance. Elle s'enfuit à la cour du Roi Léo III où, par un hasard qui relève presque d'une habile maladresse (si cela pouvait se dire mais, croyez-moi, avec Serine, c'est exactement l'expression qui convient), elle se retrouve à postuler pour devenir demoiselle de compagnie de l'impossible et détestable reine. Alors qu'elle ne sait ni lire ni écrire, la jeune fille complimente sa majesté, inventant des termes de vocabulaire et expressions farfelues tout droit sortis de son imagination et qui feignent une grande richesse de vocabulaire. D'une fantaisie de langage, voici la jeune fille adulée pour son esprit et choisie suivante en titre! Mais l'histoire de Serine ne fait là que débuter : car parmi les suivantes, Crisante l'ambitieuse est prête à tout pour l'humilier et la jeune fille devra redoubler d'ingéniosité pour survivre dans le monde vaniteux des courtisans. Et encore, il ne faudra pas oublier le Secrétaire du Roi, qui ourdit dans l'ombre un complot criminel que Serine devra déjouer sous les traits d'un personnage qu'elle se créé pour l'occasion... Masquée et déguisée, elle devient le cabriolant et impertinent Bouffon royal, qui fait tomber les masques et déjoue les manigances criminelles d'une pirouette ou d'un bon mot d'esprit.


  Attention, ce livre est une véritable bombe! Après un premier tiers assez convenu le temps d'arriver dans le vif du sujet, et De Cape et de Mots devient une véritable explosion! Bien que la monarchie du roi Léo III soit totalement inventée, on ne peut que songer à la Cour d'un Louis XIV avec ses intrigues, ses faux-semblants, ses nobles imbus deux-mêmes et capricieux au point d'en être ridicules. Jamais un roman empruntant à ce point le style de la fable et l'accent de la fantaisie n'aura pourtant si bien restitué la vie versaillaise : vanité, mensonge, complot, coups bas, ou encore précarité de la situation des nobles.
 
  Mais, plus encore, le véritable régal de ce livre réside dans la déclaration d'amour à la langue française et au vocabulaire farfelu de l'époque. A travers des termes du langage d'antan et d'autres expressions totalement inventées, les personnages se livrent des luttes sans merci au cours de joutes verbales où, comme lors des salons littéraires, gagnera celui qui fera preuve du plus beau mot d'esprit. Jeux de mots, calembours, allitérations et rimes fantaisistes, ou encore proverbes, maximes et contrepèteries, De cape et de mots explose dans un tourbillon de dialogues truculents qui font la part belle aux fantaisies de la langue et du verbe.

  Dans cet univers très théâtral, Flore Vesco met en scène une héroïne frontale et impertinente, au cœur aussi gros qu'à la personnalité irrévérencieuse. Serine, qui ne se laisse jamais abattre, est attachante de drôlerie et d'étourderie, rafraîchissante dans l'univers étouffant des perruques poudrées et des corsets trop serrés. Mais l'intérêt de ce personnage atteint son paroxysme lorsqu'à l'instar de Fantômette, elle endosse la double personnalité masquée du Fou du Roi. Vêtue de son costume chamarré à grelots et de son masque, elle se fait encore plus subtile, plus mystérieuse et presque intrigante. Elle rejoint alors la symbolique profonde du Bouffon, ce personnage qui dissimule une lucidité et une psychologie profondes derrière l'apparence du saltimbanque. Ainsi, entre deux turlupinades et autres cabrioles, Serine profite-t-elle de son nouveau statut pour révéler aux yeux de tous les vices cachés des nobles et un complot qui se fomente contre sa gracieuse Majesté...

 
En bref : On pense à une Fantômette revue par Edmond Rostand, des Colombes du Roi Soleil qui se mêlent au film Marquise ou Ridicule, de la littérature jeunesse faussement historique qu'auraient revue La Bruyère et La Rochefoucauld. Subtilités et fantaisies de langage, jeux de mots et contrepèteries dans un tourbillon de préciosités versaillaises, de Cape et de mots est une fable irrévérencieuse et érudite pleine de charme et de drôlerie. Un régal!

2 commentaires:

  1. Ah c'est malin! Comme si ma PAL n'était pas déjà si haute...Allez, je le garde pour plus tard.

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    1. je ne sais pas pourquoi, mais j'étais certain que tu serais tentée ^_^

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