vendredi 27 janvier 2017

The Paper Magician ( #1) - Charlie N.Holmberg

The Paper Magician (The paper Magician saga #1), 47 North, 2014 - Editions Amazon Crossing (trad. de Abiagaël Tal), 2016.

  C'est le cœur brisé que Ceony Twill, 19 ans, débarque chez le magicien Emery Thane. Sortie major de sa promotion à l'école Tagis Praff, elle se voit contrainte d'embrasser la magie du papier, elle qui rêvait de travailler le métal. Or une fois qu’elle sera liée au papier, matériau qu’elle dédaigne, elle sait que c'est pour le restant de sa vie.
  Dès le début de son apprentissage chez l'excentrique mais si charmant Emery, Ceony découvre un monde merveilleux qu'elle ne soupçonnait pas : animer des créatures de papier, donner vie à des récits grâce aux images qui les illustrent, prédire l'avenir… Mais son bonheur se ternit quand elle se trouve confrontée aux dangers de la magie interdite.
  Une Exciseuse - pratiquant la magie noire liée à l'élément de chair - attaque le magicien et lui arrache le cœur avant de s'enfuir avec son précieux butin. Pour le sauver, Ceony devra affronter l'horrible sorcière assoiffée de sang et se lancer dans un périlleux périple qui la mènera dans les méandres du cœur de son mentor dont elle va découvrir les lourds secrets.

  Issue de l'imagination débridée de Charlie N. Holmberg (dont c'est le premier roman), The Paper Magician est une histoire extraordinaire, sombre et loufoque, qui réjouira les lecteurs de tous âges.

***

  J'avais vaguement entendu parler de cette maison d'édition fondée par le groupe Amazon lorsque j'ai vu cet ouvrage proposé en partenariat. Si l'idée d'Amazon jouant les éditeurs me parait, je dois l'avouer, plutôt étrange, le couverture et le synopsis de ce roman ont assez éveillé ma curiosité pour que je tente l'expérience.



  Mon avis? Partagé, mais pas tant négatif qu'on pourrait le croire, surtout si l'on table sur une trilogie qui peut se bonifier avec le temps. Tout d'abord, alors que certains lecteurs apparentent cette saga à Harry Potter (Bon sang, que ces assimilations vaines et trompeuses peuvent m'agacer), j'ai au contraire apprécié que l'auteure se frotte à l'univers de l'apprentissage de la magie tout en s'éloignant justement de ce que la littérature avait donné à voir dans le genre. Charlie N.Holmberg nous plonge dans un Londres Victorien uchronique, voire légèrement steampunk, assez proche de celui que nous connaissons à ceci près que la magie peut y être un choix de carrière. Dans cette Angleterre où la sorcellerie côtoie le réel, on entre en apprentissage une fois sorti de l'école pour se spécialiser dans une seule et unique magie. Les différentes sorcelleries s'exercent sur les matériaux transformés par l'homme, de l'art suprême du fer à celui presque oublié du papier, passé de mode. En parallèle, existe encore une ultime magie noire clandestine : celle de la chair, dont les praticiens trouvent leurs pouvoirs dans l'utilisation du sang humain. Voilà pour les bases, passons maintenant au vif du sujet.

fanArt.

  Notre héroïne, jeune anglaise rousse de 19 ans, s'est donc vue attribuer la magie du papier, à sa grande déception. Arrivée au domicile de son futur mentor le Magicien Thane, elle s'ouvre cependant progressivement à un art qui dépasse de loin ce qu'elle pouvait imaginer... et le lecteur aussi! L'auteure déploie des trésors d'imagination et invente un univers original à plus d'un titre, dont on se plait à découvrir les arcanes : des simples figures d'origami auxquelles on peut donner la vie, C.N.Holmberg instaure des règles de rigueur qui donnent de l'épaisseur à ces pouvoirs d'apparence superflue. Ainsi, le sort ne peut fonctionner que si les plis du papier sont exacts et impeccables, mais on peut aussi créer des organes de substitution en pliage si l'on connait les bases de la biologie nécessaires en amont. Dès lors, le papier se fait matière d'expression de tous les possibles, du moment que l'on maîtrise les savoirs extérieurs qui lui serviront de support.



  L'exploration de ce monde aux codes fascinants se fait essentiellement dans la première partie -passionnante- qui prend pour cadre les premiers jours de Ceony dans la maison du magicien. Entre apprentissages et éléments fantaisistes (le squelette de papier plié qui fait office de majordome, ou encore le très attachant chien origami à taille réelle, Aneth, que le magicien offre à Ceony), toute cette première moitié du roman m'a évoqué le premier tome de la série Rose de H.Webb, où la jeune héroïne évolue entre magie et vie domestique dans le manoir d'un magicien de l'époque victorienne.
  Mais passée cette partie, on se trouve confronté à un problème de rythme : la seconde moitié du livre, beaucoup plus indigeste, a des allures de conte initiatique intéressantes mais s'avère répétitive et inégale. Ceony, prisonnière du coeur de Thane volé par une sorcière adepte de la magie de chair, évolue en passant d'un souvenir du magicien à l'autre parmi ceux gardés secrets dans la mémoire émotionnelle de son mentor. Ce périple enchaine des scènes épisodiques dans lesquelles même Ceony est davantage observatrice, et on finit par s'ennuyer ferme.



  Côté protagonistes, les deux personnages principaux ont un bon potentiel mais qui à mon sens reste encore à exploiter. Emery Thane, le magicien énigmatique et farfelu mais éternellement flegmatique, est drapé d'un mystère qui tire un peu trop sur la corde des clichés, même si l'évocation de ses souvenirs les plus secrets tend à lui donner plus d'épaisseur. Ceony, très attachante, n'en reste pas moins elle aussi trop nuancée et il lui manque quelques aspérités pour la rendre réellement captivante. Sa perpétuelle docilité et parfois même sa candeur rendent peu crédibles les passages où l'auteure tente de la faire passer pour une rebelle. Quant aux sentiments qu'elle se découvre pour Emery Thane (oups, désolé pour le spoiler), ils donnent l'impression que la jeune fille nous fait son Œdipe tardif, et c'est pourquoi j'espère lui  voir arriver un autre prétendant dans les futurs tomes.

FanArt.

  Reste encore une chose qui m'a vraiment hérissé les poils et fait grincer des dents : le style, outrageusement anachronique. Même en admettant qu'on évolue dans une société uchronique, voire steampunk, certaines tournures de phrases ou expressions m'ont paru totalement inappropriées. Cependant, n'ayant pas eu en main la version VO pour comparer, je ne sais si c'est un choix assumé par l'auteure ou s'il faut en imputer la faute à la traduction...

En Bref : Le premier tome d'une saga fantastique intéressante, avec un univers réellement original et attrayant. On regrette le manque d'épaisseur des personnages et le défaut de rythme de ce premier tome, mais on saura s'attacher au potentiel présent pour poursuivre l'aventure quand même avec les prochains volumes. Par ailleurs, il se murmure que la firme Disney aurait racheté les droits pour une adaptation au cinéma...

Merci à Net Galley et Amazon Crossing pour cette découverte.
 

3 commentaires:

  1. C'est donc un roman que tu as lu sur ta liseuse? Mais qui existe aussi au format , heu, papier, sans jeu de mot?

    Le style anachronique que tu évoques aurait tendance à me rebuter. Même dans un univers de magie. Si on choisit de placer une histoire young adult chez les victoriens, il faut en respecter l'atmosphère générale, et ça ne se résume pas à porter une crinoline.

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    1. Ton jeu de mots est furieusement bien pensé, au contraire : Le format numérique est sorti bien avant le format papier, sans cesse repoussé. Au regard du thème central de l' histoire, beaucoup de chroniqueurs et blogueurs se sont amusés (pour ne pas dire moqués) du comble d' un "livre" publié par une société de vente en ligne (hum), dont l' histoire fait l' apologie du papier mais qu' on ne peut lire que sur un écran.

      Dès qu'un livre se déroule à une époque donnée, je deviens vite hyper pointilleux également. Et en l' occurence, j' aurais presque crié victoire s' il était fait mention au moins une fois de crinoline, pour tout te dire. Là, sans quelques dates, on pourrait aussi bien être en pleine époque moderne. Un exemple: Le texte français utilise régulièrement le mot "voiture" pour parler des premieres voitures à moteur, or, à l' époque, il le semble qu' on aurait dit "automobile", "voiture" étant justement un terme couramment utilisé pour les fiacres, etc, non? Enfin, j' oublie toutes les expressions qu' un noble sujet de sa majesté Victoria n' aurait jamais ni prononcées ni comprises...

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    2. Oui, on disait voiture "automobile" pour différencier cette rare nouveauté des voitures habituelles, tractées par des chevaux.
      C'est comme pour les fictions télé ou ciné, je veux une belle reconstitution, que ce soit plausible.

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