samedi 9 septembre 2017

No matter how improbable (Portia Adams Adventures #3) - Angela Misri

Fierce Ink Press, 2016.

  Si vous êtes la descendante de Sherlock Holmes, la célébrité est inévitable. Encore plus si vous êtes vous même détective consultante. Aussi, la jeune Portia Adams, qui réunit à elle-seule ces deux caractéristiques, accepte dans le plus grand secret une affaire en Italie qu'elle fait passer pour des vacances, afin de s'éloigner du tumulte de Londres.
  Lorsqu'elle revient en terre anglaise, il semble que la frénésie des médias ait finalement suivi son cours... Mais voilà : Sherlock Holmes a mystérieusement disparu, et la dernière adresse qu'il avait indiquée à Portia est désormais un immeuble réduit en cendres. Heureusement, pas de trace du corps de son grand-père à l'intérieur, mais celui d'une inconnue. Etrange... Parallèlement, il semblerait que son petit-ami Gavin soit mêlé à une affaire criminelle, et tandis qu'une lourde tension s'installe entre eux, Brian se montre lui aussi beaucoup plus froid depuis son retour d'Italie.
  Serait-elle sur le point de perdre quelqu'un qu'elle aime?

***

  Après le premier et le second recueil d'enquêtes de Portia Adams, descendante de Holmes et Watson dans le Londres de 1930, je me suis plongé avec délectation dans le troisième opus. Un troisième opus très prometteur, ne serait-ce que par le clin d’œil contenu dans le titre, qui fait référence à la célèbre phrase de Sherlock lui-même : "Une fois l'impossible éliminé, c'est la dernière solution, aussi improbable soit-elle, qui est la bonne".


la princesse Maria Francesca en 1930
  On retrouve Portia quelques temps après le dénouement du second opus : la révélation de son identité auprès du grand public. Désormais connue de tout Londres comme étant le célèbre détective opérant sous le pseudonyme de P.C.Adams , elle profite d'une enquête à mener en Italie pour fuir l'Angleterre quelques temps : Helen (vue dans les deux premiers tomes) sollicite son aide pour secourir dans le plus grand secret une amie d'enfance -et pas des moindres- : la princesse Francesca de Savoie, héritière de la famille royale italienne, plus qu'embarrassée par une sombre histoire de lettres compromettantes. Notre jeune détective endosse le rôle de demoiselle de compagnie d'Helen et l'accompagne en voyage au palais royal de Racconigi, en Italie, pour enquêter dans la plus grande discrétion.
  Ce premier récit a l'intérêt d'offrir une parenthèse exotique très agréable, avec pour cadre le décor baroque du véridique palais de Racconigi, qui fut bien demeure d'été de la Maison Royale de Savoie. La princesse Francesca du roman est très certainement ni plus ni moins que la véritable princesse Maria Francesca de Savoie, dont l'âge et la description, en plus du contexte, correspondent parfaitement au personnage. On devine que l'auteure a probablement été inspirée par un séjour en Italie et une visite du château : elle restitue avec moult détails les pièces et corridors du palais, qui devient dès lors l'atout majeur de cette première histoire.

 Le château de Racconigi en 1930.

  Dès la seconde nouvelle de ce recueil, Portia retourne à Londres où elle explique désormais à ses amis les véritables raisons de son absence en Italie, gardées jusqu'ici secrètes en raison de l’implication d'un membre de la famille royale italienne. Sa discrétion est cependant perçue comme une forme de trahison par ses proches, ce qui jette un froid dans leur relation. Le petit monde de Portia continue de s'écrouler lorsque son grand-père Sherlock Holmes est porté disparu, et qu'elle trouve à sa dernière adresse donnée un immeuble réduit en cendres. Persuadée qu'il y a anguille sous roche et que l'incendie n'est pas accidentel, elle se lance à corps perdu dans de nouvelles investigations, qui ne tardent pas à se recouper avec la disparition mystérieuse de pièces à conviction aux archives de la police, et le décès d'un directeur de banque dont on retrouve le corps dans un coffre.
La Banque de Londres en 1930.
  Si on pouvait juger jusqu'ici l'intérêt des récit d'A.Misri comme se situant davantage dans les relations entre personnages que dans le fond de ces intrigues policières, ce dernier point gagne soudainement en valeur dès cette deuxième enquête, parce qu'elle a la bonne idée de relier plus étroitement ces deux éléments. En effet, Gavin Whitaker, le petit-ami de Portia, se trouve secrètement impliqué -voire même carrément suspecté- dans l'affaire en cours! Son attitude distante, et sa froideur vis à vis de Portia au fur et à mesure de ses investigations amènent une tension qui va crescendo jusqu'au final, où l'auteure offre à ses lecteur un clin d’œil au canon holmesien en renvoyant à la nouvelle de Conan Doyle L'illustre client (in Les archives de Sherlock Holmes), à laquelle ce récit fait suite.


  La tension et le ton plus sombre qui se sont alors instaurés montent encore d'un cran avec la dernière nouvelle de ce troisième opus, qui tourne autour de la mort suspecte de l'un des professeurs d'Université de Portia, accessoirement chef de la police et personnage secondaire que l'on suivait depuis le premier tome. Cet événement totalement inattendu (des personnages comme du lecteur!) nous entraîne avec Portia dans une foule de questionnements où l'on hésite sans cesse entre la thèse de l'accident et celle du meurtre déguisé. Et comme si toute cette situation n'était pas déjà assez déstabilisante, voilà que Gavin a disparu et que Brian, son grand ami et voisin depuis l'arrivée de Portia à Londres, lui ferait presque à nouveau les yeux doux...

 King's Collège, l'université où étudie Portia.

  Ce troisième volume est décidément mon préféré! Comme je le disais plus haut, l'auteure parvient à égaler la qualité de la psychologie des personnages et celle de ses intrigues en les entremêlant chaque fois un peu plus dans chaque nouvelle, tissant intelligemment des liens en toile d'une fond de l'une à l'autre. A.Misri anticipe en effet sur les futurs récits en glissant ça et là au fil d'une histoire des éléments qui s'avèreront avoir de l'importance plus tard : la continuité et la fluidité qu'elle parvient à instaurer apportent un vrai plus à la narration et ajoute un effet feuilletonnisant addictif.


  Mais damn it!, comme à chaque fin de recueil, Angela Misri nous offre de belles révélations avant de nous laisser une fois encore dans le flou concernant de nombreux éléments. Or, ce troisième tome est à ce jour le dernier paru depuis début 2016! Il se pourrait en effet que son éditeur ait choisi de ne pas poursuivre avec elle l'aventure des Portia Adams, ce qui est d'autant plus décevant qu'Angela Misri a confié sur son blog avoir déjà écrit le volume suivant. Aux dernières nouvelles, elle envisageait de continuer à publier la série en auto-édition... On attend et on surveille les news avec impatience (et on espère toujours une traduction en attendant)!

 Le manuscrit du tome 4...

En bref: Un troisième volume absolument captivant! La narration et les intrigues policières gagnent en qualité, et le suspense va croissant au fil des trois récits de ce recueil, tout particulièrement des deux dernières. Plus sombre et plus fouillé, ce tome vient enrichir la mythologie réinventée par Angela Misri sur la base de Conan Doyle. On espère vivement un quatrième opus!

Et pour aller plus loin...



- Découvrez toute la série : le tome1, le tome 2 et les suivants...

-Si vous avez aimé cette série, vous aimerez sans aucun doute les Enquêtes de Wells & Wong : même époque, même pays, et deux héroïnes qui se prennent pour Holmes et Watson dans des whodunit typiques d'A.Christie.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire