J'ai mis un certain temps avant de venir en parler ici, par superstition autant que par pudeur (le "nous" derrière lequel je me cache pour rédiger la grande majorité de mes chroniques étant un bon indicateur de mon tempérament réservé autant que de la distance avec laquelle je tente toujours de prendre la parole, y compris par écrit).
J'avais semé quelques indices ici ou là, notamment dans les articles récapitulatifs saisonniers : évoquant tantôt des voyages de recherches à Lyon, tantôt un rendez-vous dans les locaux des éditions Albin Michel, sans m'attarder davantage. Mais voilà, à maintenant trois mois passés, il est temps d'en parler de façon un peu plus officielle : Faustina Fiore (autrice déjà évoquée plusieurs fois en ces pages et amie de longue date) et moi-même avons écrit le premier opus d'une série policière historique publiée depuis peu chez Albin Michel jeunesse : Les enquêtes des sœurs Lumière !
Sorti en librairie le 2 janvier 2026, ce premier tome intitulé Le disparu du train de 15h12 (je ne suis pas peu fier d'avoir eu l'idée de ce titre, quelque part entre Hitchcock et Agatha Christie) a déjà trouvé sa place dans les bibliothèques de plus de 4000 lecteurs ! L'intrigue vous propose de remonter le temps jusqu'en 1890 et de rencontrer trois illustres inconnues, les jeunes sœurs de ceux qui entreront dans l'histoire comme les célèbres inventeurs... du cinéma ! Eh oui, les frères Lumière avaient des sœurs. Des sœurs dont les manuels scolaires et les biographies ont oublié les noms, et dont (et ça, c'est un comble) les archives et photos de famille ont même oublié les visages. Des véritables Jeanne, Mélina et Francine Lumière, il ne reste quasiment rien : de fugaces apparitions au détour d'une partie de pétanque filmée à La Ciotat, une rue Jeanne Koehler où l'ainée des sœurs apparait (ou disparaît ?) sous son nom d'épouse, et quelques signatures en bas d'actes de naissance et de mariage, consultables quelque part dans les tréfonds du net.
Et pourtant, Dieu sait qu'elles ont certainement mis la main à la pâte dans les usines Lumière, gratuitement et pour le seul honneur de leurs deux aînés. Et Dieu sait aussi qu'elles n'auront pas connu un centième des avantages dont ils auront bénéficié. Invisibilisées, il ne fait pourtant aucun doute qu'elles auraient mérité qu'on raconte leur histoire. Et à défaut de la connaître, qu'on l'imagine.
Cette idée, on la doit à une amie commune, que nous nommons en postface du livre : Anne-Elodie. Anne-Elodie, elle est apparue plus d'une fois sur ce blog sous les pseudonymes composés de "Pouchky/Ficelle" – fantophile émérite, compagne de lectures gothiques et esthète de pied en câpre (vous avez la ref', j'espère). Quant à la genèse de cette fiction, Faustina la raconte en fin de roman ; pour ma part, ça remonte au Quai du polar 2016 (autant dire au siècle dernier). Passant en tram non loin de la villa Lumière, Pouchky/Ficelle me confie une anecdote historique digne des meilleurs cold-cases...
Fin XIXe, plusieurs ingénieurs sont dans la course pour inventer ce qu'on baptisera plus tard le cinéma. Alors que les Lumière ne sont pas encore de la partie, un autre scientifique du nom d'Augustin Leprince est à deux doigts de déposer le brevet qui marquerait d'une pierre blanche l'histoire des images animées. Mais voilà, alors qu'il monte à bord d'un train à destination de Paris un beau jour de septembre 1890, il n'en descend jamais et s'évapore dans la nature. On ne retrouvera jamais sa trace, pas plus que son corps, et son invention se perdra dans les méandres de l'histoire, où il se fera damer le pion par les frères Lumière à peine cinq ans plus tard.
"Imagine, ajoute Pouchky-Ficelle, qu'on accuse les frères Lumière d'avoir voulu faire disparaître un concurrent gênant. Il faudrait que quelqu'un enquête pour les innocenter. Comme leurs petites sœurs, par exemple : personne ne se méfierait de trois jeunes filles qui furètent partout pour faire éclater la vérité !".
L'idée était bonne. Très bonne. Il faudra encore quelques années avant que Faustina et moi en parlions (dans un bus – à croire que les transports en commun ont vraiment une importance dans cette histoire) et ne relevions le défi proposé par Anne-Elodie : écrire le livre qu'elle voulait lire. Chiche ? Chiche !
Le "Sœurs Lumière project" était lancé. Il nous occupa de longues soirées, tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, parfois accrochés au téléphone (car, oui, nous sommes séparés par deux bonnes grosses heures... de train) pour échafauder cette intrigue tout en nous assurant de rester au plus près des faits et de la véracité historique. Le moindre détail a donc été vérifié, des horaires de train en 1890 à l'existence d'une école commerciale pour jeunes filles, en passant par les adresses de chaque personnalité mentionnée ou croisée dans le roman et du métier de chasseur de rats, sans même parler de la thèse entière que j'ai avalée pour comprendre l'architecture des trains à la Belle Époque. Vous ne comprenez pas tout ce que je vous raconte ? Pas de souci, il ne vous reste plus qu'à lire ce premier opus pour voir de quoi il retourne ! La réalité ayant beaucoup plus d'imagination que la fiction, ces recherches nous ont tendu sur un plateau tous les éléments pour mener les investigations de nos trois héroïnes à leur terme et, qui sait, peut-être résoudre réellement le mystère...
Nous sommes en tout cas très honorés que ce texte ait retenu l'attention des éditions Albin Michel. Nous continuons de découvrir chaque jour de nouvelles chroniques enthousiastes et autant d'articles élogieux, dont voici un petit florilège (cliquez sur les images pour afficher les articles en grand) :
Coup de cœur de la librairie Mollat
Coup de cœur Page des Libraires
Chronique de Claire sur Onirik
Avis de Clémentine Beauvais sur Instagram
Avis de Le Grenier d'Automne sur Instagram
Et les articles (et même un vlog !) des amies blogueuses : Hilde du Livroblog, My Lou Books, Mya's Books et Fondant Grignote.
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Nous vous remercions pour l'accueil que vous avez réservé aux sœurs Lumière et espérerons que vous vous réjouissez à l'idée de, déjà, bientôt les retrouver. Le tome 2, Ficelles et Fantôme, sortira en librairie le 27 mai prochain. Alors, prêts à faire tourner les tables ?









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