dimanche 22 décembre 2024

Maison, maison, maison ! - fin tardive de nos festivités hantées.

 

    La saison est désormais plus aux lutins espiègles qu'aux mauvais esprits, aussi est-il temps d'exorciser la maison et d'aller couper un sapin pour orner le salon. Cette année, comme cela ne vous a pas échappé, notre participation au Challenge Halloween et nos lectures horrifiques ont été revues à la baisse, notre temps étant fortement grignoté par notre changement de Terrier. Quatre romans seulement, c'est certainement notre plus petit effectif depuis l'ouverture du blog, mais bon, nécessité fait loi. On regrette seulement de ne pas avoir pu davantage mettre l'univers burtonien à l'honneur comme cela était initialement prévu ; on avait en effet une belle sélection qui allait du tome 2 de Dark Shadows à plusieurs variations livresques autour de Sleepy Hollow. On reste cependant persuadé que les prochains films du réalisateur nous donneront d'autres occasions de lui rendre hommage et de reprogrammer ces lectures thématiques.
 
  
 
 
    En attendant, on a quand même goûté au plaisir de retrouver l'émouvante magie de John Connolly avec son Pays des choses perdues, de faire sortir les morts de la tombe avec L'étrange réveillon, de prendre un tea time avec des sorcières dans Du thé pour les fantômes et de visiter La maison au 52 portes. Sans oublier bien entendu un florilège de lectures burtoniennes passées et, surtout, un 31 octobre célébré dans l'atmosphère de Beetlejuice !


    Nous avons donc crié "Maison, maison, maison !" (les puristes comprendront) afin de rentrer juste à temps pour les fêtes, où le (nouveau) Terrier se prépare en effet à accueillir un tout autre univers, loin des spectres et des bio-exorcistes. Quoique... notre nouvelle demeure, même si on en plaisantait avant de prendre possession des lieux, semble certains jours véritablement hantée... Peut-être que les esprits ne sont pas près de nous quitter, finalement...
    
La suite l'année prochaine !



samedi 21 décembre 2024

La maison aux 52 portes - Evelyne Brisou-Pellen.

Editions Pocket jeunesse / PKJ, 2000, 2017.
 
 
 
 
 
 
    Maïlys sent qu'elle devient folle. La vieille bâtisse où sa famille vient d'emménager cache un secret. Derrière les nombreuses portes de la maison, Maïlys entend des voix, croise des silhouettes surgies du passé. Quel message tente-t-on de lui transmettre ?
 
 
 
 
 
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    Sorti il y a plus de 20 ans, La maison aux 52 portes, devenu un classique discret mais reconnu de littérature jeunesse française, a bénéficié il y a peu d'une réédition sous le label "Trésor de lecture" des éditions PKJ. On se souvient l'avoir très souvent croisé sur les étagères des librairies et des bibliothèques, en cette époque lointaine où l'on était le cœur de cible. Les lecteurs successifs l'ont depuis beaucoup comparé au cultissime Coraline de Neil Gaiman, écrit deux ans plus tard – un argument suffisant pour exhumer notre vieil exemplaire de la PAL avant que la saison des esprits et des spectres ne prenne (vraiment) fin !


    Maïlys et ses parents s'installent dans une ancienne maison de famille, légué par un grand-oncle paternel avec l'obligation de venir y vivre. Cela arrange bien les parents de Maïlys, car ils viennent de perdre leur logement et leur situation professionnelle n'est pas des plus enviables non plus. Cette maison, c'est un cadeau tombé du ciel. Enfin presque. Car la gigantesque demeure de l'oncle Albert, surnommée dans le coin la "maison aux 52 portes", est plus proche de la ruine que de la maison de maître qu'elle était autrefois. La météo catastrophique les confinant à l'intérieur, la jeune fille et ses parents doivent faire sans eau courante ni électricité en même temps qu'ils se confrontent à la crasse et à la poussière. Et peut-être aussi à quelque revenant ? En effet, depuis leur emménagement, Maïlys est sujette à des hallucinations qui semblent la transporter dans une autre époque, comme des souvenirs qui ne lui appartiendraient pas, attachés à ces lieux. Ces visions semblent toutes converger vers Céleste, une grand-tante que l'histoire familiale aura voulu invisibiliser...
 

    Courte et fluide, cette lecture réjouira certainement les jeunes férus d'histoires de fantôme. Le sujet est assez rare en littérature jeunesse française pour qu'on le note, aussi La maison aux 52 portes fait-elle figure d'exception – ou du moins le faisait-elle certainement au moment de sa sortie. Époque oblige, on pense par moment à un Chair de poule, la qualité de la langue en plus. Les similitudes avec Coraline ne sautent pas tant que cela aux yeux, même si on peut reconnaître quelques éléments communs : l'emménagement dans une maison ancienne, des parents un peu trop terre à terre, et... une histoire de porte qui a son importance. Mais là où le roman de Gaiman s'amuse de clins d’œil à Lewis Carroll et d'une fantasmagorie délicieusement britannique, Evelyne Brisou-Pellen emprunte un chemin moins fantasque, mais pas forcément moins intéressant. Son propos, différent, est celui du secret de famille qui revient hanter les générations successives. La maison aux 52 portes est en cela une véritable intrigue transgénérationnelle où l'héroïne doit piocher dans les indices fournis par ses visions de quoi remonter l'histoire familiale pour lever le voile sur ce qui a été caché.
 

    Ce schéma narratif, plutôt courant aujourd'hui dans la fiction, s'avère pour les années 2000 (et encore une fois en littérature jeunesse) plutôt audacieux. A travers l'enquête de Maïlys, le roman fait remonter le temps au jeune lecteur pour l'inviter à  découvrir les traumatismes de la Première Guerre mondiale et ses impacts collatéraux sur la vie de ceux qui n'étaient pas sur le front. Il y a donc du potentiel dans cette Maison aux 52 portes, mais on ne cachera pas avoir grincé des dents à plusieurs reprises : si le fond est réussi, la forme fait malheureusement bien son âge. Tout va un peu trop vite, les raisonnements de l'héroïne sont souvent capillotractés (mais, ô surprise, toujours justes) et le dénouement est malheureusement un peu facile.
 

En bref : Souvent comparé à Coraline de Neil Gaiman, La maison aux 52 portes, roman jeunesse français paru en 2000, propose une intrigue de fond audacieuse sur les secrets de famille qui viennent hanter les vivants. L'histoire fonctionne et se lit sans déplaisir, mais l'écriture n'a malheureusement pas toujours bien vieilli et l'ensemble peut parfois sembler, plus de 20 ans après sa publication initiale, un peu facile et rapide. Un titre qui pourra cependant satisfaire les plus jeunes lecteurs.
 

samedi 14 décembre 2024

Du thé pour les fantômes - Chris Vuklisevic.

Éditions Denoël, collection "Lunes d'encre", 2023, 2024 - Folio fantasy, 2025.
 
    "Quand on est vivant, on occupe les places que les morts ont laissées. C'est la règle."
    Agonie est sorcière. Félicité, passeuse de fantômes. Le silence dure depuis trente ans entre ces deux filles de berger, jusqu'au jour où la mort brutale de leur mère les réunit malgré elles. Pour recueillir ses derniers mots, elles doivent retrouver son spectre, retracer ensemble le passé de cette femme qui a aimé l'une et rejeté l'autre. Mais le fantôme de leur mère reste introuvable, et les témoins de sa vie, morts ou vivants, en dessinent un portrait étrange, voire contradictoire. Que voulait-elle révéler avant de mourir ? Qui était vraiment cette femme fragmentée, multiple ? Leur quête de vérité emmènera les sœurs des ruelles de Nice au désert d'Almería, de la vallée des Merveilles aux villages abandonnés de Provence, et dans les profondeurs des silences familiaux.
    Entrez dans le salon de thé. Prenez une tasse chaude à l'abri de la pluie. Écoutez leur histoire.
 
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    Nous voilà de retour après plus d'un mois d'absence – déménagement oblige – et avec une belle pile de lectures d'Halloween en retard. Il faudra en programmer la majorité pour l'année prochaine, mais en attendant, impossible de ne pas parler du livre qui nous a accompagné au cours de ces dernière semaines, entre cartons et installation : Du thé pour les fantômes. Un titre énigmatique, tiré d'un poème de l'auteur brésilien Mario Quintana, et une couverture illustrée de crânes et de porcelaines qui avaient évidemment retenu notre attention lors de sa sortie l'année dernière. Pour découvrir ce deuxième titre de la romancière Chris Vuklisevic, nous avions attendu sa réédition (reliée et jaspée) en avant-première au dernier salon du Livre sur la Place, aussi l'occasion de papoter avec l'autrice de réalisme magique, un registre trop méconnu dont on est tombé amoureux depuis la lecture d'Alice Hoffman et de ses Ensorceleuses.


"Parfois, une histoire n'existe pas dès son premier moment. Elle trouve ses racines plus tard, plus haut dans l'arbre, et il faut descendre ensuite le long du tronc, grimper encore quelques branches, repartir vers les nœuds du bas, ramasser les feuilles mortes et cueillir les nouveaux fruits pour en saisir tous les contours et la mesure."

    Années 80, Nice et son arrière-pays. Deux sœurs, jumelles, bien que rien ne porte à le croire de prime abord. Agonie, qui porte sa nature de sorcière sur son visage, et Félicité, passeuse de fantômes, pâle comme les spectres qu'elle aide à rejoindre le monde des morts. La première a disparu depuis longtemps pour se cacher dans une cahute perdue en pleine cambrousse, puisqu'on ne voulait pas d'elle. La seconde traque les esprits errants restés parmi les vivants parce qu'ils sont décédés en laissant une phrase inachevée en suspens. Malgré leur lien de sang, tout les oppose : l'une était désirée, l'autre non ; l'une était choyée, l'autre était haïe. Leur mère, mystérieuse, secrète, et aujourd'hui complètement folle, est restée dans la bergerie où elles ont grandi, au beau milieu d'un village déserté depuis belle lurette par tous ses habitants. Lorsque cette dernière meurt soudainement et que Félicité ne retrouve son fantôme nulle part, les deux sœurs comprennent qu'il est temps pour elles de se réunir, bon gré, mal gré. Un long périple commence pour ces deux âmes jumelles, périple qui les conduira des tombes effacées du cimetière au désert espagnol, à la recherche de la vérité sur leur famille, traquant les secrets comme on traque les esprits.
 
Le palais Caïs de Pierlas, à Nice, où se déroule une partie de l'intrigue.
 
"On n'est pas qu'une personne dans sa vie (...). Certains te diront qu'on emprunte à l'envi des masques. Moi, je te dis qu'on change de peau, de chair, de squelette et de sang. On ne ment pas en le faisant : on se transforme. On oublie celles qui peuplaient notre corps pour leur préférer des femmes nouvelles. Plus sages. Ou plus épaisses, ou plus prudentes, selon le sort de celles qui ont précédé."
 
    Inclassable, beau et inattendu. Ainsi pourrait-on qualifier Du thé pour les fantômes. Couronné du Grand Prix de l'Imaginaire et du prix du meilleur roman francophone aux Imaginales (aux côtés du magnifique Sauvage, récompensé dans la catégorie roman étranger), le livre de Chris Vuklisevic vient réinventer une littérature dont on pensait qu'elle n'avait plus rien de réellement nouveau à offrir. Car il ne suffit pas d'imaginer un monde peupler de fééries et de chimères pour donner lieu à de bonnes intrigues fantastiques – celles-là pullulent sur les étagères des librairies, convenues et oubliables – le genre donnant souvent lieu à des modèles vus et revus. En choisissant la fenêtre du réalisme magique, courant initialement sud-américain (on considère souvent Gabriel Garcia Marquez comme son père fondateur), l'autrice s'éloigne des autoroutes trop fréquentées de la littérature de genre.
 
La Vallée des Merveilles, véritable paysage du Mercantour qui sert de décor au roman.
 
 "Mourir, après tout, pourquoi pas. Quand on a six ans, mourir, ça ne fait pas plus peur que de traverser un couloir la nuit."
 
    L'exercice y est plus complexe et le résultat, d'autant plus riche. L'univers y est le nôtre, dans ce qu'il semble avoir de plus réaliste et pragmatique : une époque précise (les années 80) et un contexte géographique qui confère d'emblée un sentiment de proximité (l'arrière-pays niçois et sa Vallée des Merveilles). Et puis au milieu de cela, des personnages qui paraissent aussi vrais que vous et moi, comme de chair et de sang, mais dont la nature profonde leur donne le pouvoir de tailler la bavette avec les revenants ou de cracher une nuée de papillons de nuit à chaque parole prononcée. Chez Chris Vuklisevic et comme dans toute bonne œuvre de réalisme magique qui se respecte, l'incursion du merveilleux ne provoque pas de bascule dans l'intrigue, il y est un élément constitutif de son arrière-plan, une couleur, ou plutôt un filtre qui fait office de bain révélateur afin de mettre toutes les autres en évidence. La magie, la bizarrerie et l'impossible s'invitent de la plus naturelle des façons pour mettre en exergue les véritables thématiques du roman.
 

"C'est là, dans ce point aveugle de la mémoire, que se cachent les fantômes. Dans leurs moments de honte, leurs culpabilités, leurs regrets en suspens. Dans leurs vérités sous les masques. Saisir les remords du vivant pour débusquer le spectre."

    Et quelles sont-elles ? La perte, le deuil, la transmission. Ou l'absence de transmission : les secrets de famille qui, trop longtemps cachés, s'expriment au corps défendant de ceux qui les ont tus. Qu'ils prennent la forme de papillons s'échappant d'une bouche édentée ou de spectres bavards de n'avoir pas fini leur phrase quand était venue leur dernière heure, ils endossent ici le costume du symbole et de la métaphore. Ce que nous sert l'autrice, ce n'est ni plus ni moins qu'un récit transgénérationnel qui aurait emprunté aux contes et aux fables leurs plus beaux atours pour mieux se raconter. Le résultat n'en est que plus vif et touchant.
 

"Il faut pour comprendre arracher l'écorce
S'enfoncer dans le tronc jusqu'aux racines
Remonter l'arbre de l'histoire pour en manger
Les fruits acides."

    Le style n'est pas étranger au plaisir de la lecture, tant l'écriture de la romancière se démarque de ce qu'on a l'habitude de voir aujourd'hui. Chris Vuklisevic, en véritable enchanteresse des mots, manie la plume comme les bonnes sorcière manient la magie. Un mélange de grâce, de virtuosité et de poésie, l'autrice n'hésitant pas à passer de la prose aux vers si l'âme d'une scène l'exige, ou ne reculant jamais devant l'audace d'une figure de style du moment qu'elle est nécessaire. Le tout, malicieux et onirique à la fois, fait mouche, et on se surprend à relire certains passages à voix haute pour se délecter de cette langue rare et surprenante.
 

"La mémoire, c'est une théière brisée. Pour la retrouver entière et s'y abreuver, il faut de la patience, des morceaux à rassembler, de l'or pour souligner les failles et, pour réunir les pièces, du temps. Du temps et une laque, toxique tant qu'elle n'est pas sèche. Alors il ne faut pas se presser. Il ne faut pas trop vite retrouver la mémoire, sinon la théière se casse et elle vous empoisonne."

En bref : Laissez vos certitudes sur la littérature de l'imaginaire à la porte : avec Chris Vuklisevic, le genre se dote d'un petit supplément d'âme. Audacieux et furieusement poétique, Du thé pour les fantômes raconte l'enquête à travers les générations d'une famille qui, comme tant d'autres, a dû se construire sur des secrets. Dès lors, on se reconnait dans le désir de vérité des personnages et l'on ne s'étonne même pas d'y croiser des théières sauvages dotées de personnalité ou des spectres qu'on pourrait emprisonner dans des miroirs, tout prenant soudain sens. Un petit bijou de profondeur et d'étrangeté à servir bien chaud dans un service en porcelaine.


jeudi 31 octobre 2024

Beetlejuice, Beetlejuice, Beetlejuice ! Halloween chez les Deetz.


    Bienvenue à Winter River, petite bourgade du Connecticut connue pour ses paysages verdoyants et sa somptueuse villa sur la colline. Comment ça, "quelle villa" ? Vous ne connaissez pas l'ancienne maison des Maitland ? Cette demeure d'inspiration victorienne perchée sur son petit promontoire serait hantée par ses anciens propriétaires depuis leur mort dans un tragique accident de voiture. C'est en tout cas ce que raconte la jeune Lydia Deetz, une ado "étrange et surnaturelle" avec un goût prononcé pour le noir. Depuis que sa famille s'est installée dans la maison des Maitland, il parait que les cocktails de crevettes qu'on sert au dîner dansent dans leurs assiettes en chantant du Harry Belafonte. Creepy, n'est-ce pas ?
 
 
"— Manuel pour personnes décidées...
— Décédées.
— Décédées.
— Je me demande d'où il vient ce bouquin. Regarde la maison d'édition.
— Éditions du manuel pour personnes décédées..."
 
    Mais les preuves les plus convaincantes d'une hantise se trouvent dans le grenier des Deetz. Au milieu des vieux meubles poussiéreux et d'une maquette de Winter River est apparu un beau jour le Manuel pour personnes récemment décédées, soit LE guide envoyé à chaque nouveau spectre dès lors qu'il entre dans le monde merveilleux de la mort. Aucune raison d'avoir peur : ça ressemble à s'y méprendre à la vie, si ce n'est qu'on ne vous voit pas et que vous êtes bloqué à demeure. Mais au-delà de ça (Au-delà, ahahah), la bureaucratie vous fera vous y sentir comme chez vous.
 

 
"Vous n'avez pas pris rendez-vous !" 

    Ah, oui, c'est qu'il y a quelques règles à respecter, quand on meurt. Et des notions à connaitre. Pas de paradis, pas d'enfer, mais l'obligation de hanter sa maison pendant 125 ans avant de pouvoir accéder à l'Au-delà. Pour toute réclamation, demandez rendez-vous avec le mort chargé de votre dossier, mais prenez d'abord un ticket. Attention, la file d'attente est parfois longue. Très longue.
    On vous aura prévenu."

 
"Beetlejuice le bio-exorciste. Des conflits avec les vivants ? La mort est un problème plutôt qu'une solution ? Déçu par l'éternité ? Des difficultés d'adaptation ? Appelez Beetlejuice !"

    Cependant, si les vivants vous encombrent trop à votre goût et vous pourrissent la mort, il est possible de faire appel à un bio-exorciste. On raconte qu'un démon au nom de jus de cafard propose ce service aux spectres en difficulté MAIS on dit aussi que l'individu est assez peu recommandable. La décision vous appartient ; sachez que l'intéressé ne lésine pas sur les supports de communication : vous n'aurez aucune peine à tomber par hasard sur l'un de ses flyers. Ou qu'il en laisse volontairement un à votre attention.


" Si vous m'appelez tout de suite, vous aurez droit à une possession démoniaque en prime. Vous pouvez même amener les mômes ! Alors appelez-moi une fois, appelez-moi deux fois, appelez-moi trois fois, vous ne serez pas déçu !"

    Il ne serait d'ailleurs pas impossible que vous tombiez également sur une de ses réclames à la télé. Les indications pour le contacter y sont minutieusement expliquées. Il vous suffira, si vous l'osez, de prononcer son nom trois fois d'affilée.


"— Ci-gît Beetlejuice.
— Bon, ben il est où ? Qu'est-ce qu'on fait ?
— Je crois qu'on va creuser, Barbara..."

    Mieux vaut savoir à quoi se préparer, car l'effet peut être surprenant (pour ne pas dire "d'enfer") : vous serez catapulté dans la maquette, où le modèle réduit du cimetière vous donnera accès à l'antre du démon – la pierre tombale qui marque l'entrée de son repère. Mais prenez garde, une fois libéré, le gaillard devient assez vite pot-de-colle et il est souvent très difficile de s'en débarrasser. Ce sera donc à vos risques et périls.
    Cela étant, ce sera certainement l'occasion de passer un...


Joyeux Halloween !

    A Winter River ou à domicile, chez les morts ou chez les vivants, on vous souhaite de belles et terribles fêtes ! Pour notre part, la chose la plus terrifiante de notre 31 octobre a pris la forme d'un entretien téléphonique avec la machine bureaucratique des distributeurs d'énergie – joies et peines de devenir propriétaire ! On préférerait certainement des fantômes (au moins, eux, il s'exorcisent).

    Aussi, comme évoqué en début de challenge (et comme vous l'avez probablement constaté), on est assez peu présent sur le blog ces derniers temps et nos lectures de saison sont considérablement ralenties (on a dû sacrifier du temps libre comme certains sacrifiaient des humains pour d'anciens rituels sataniques, un prix à payer tout ce qu'il y a de plus normal pour acquérir un bien immobilier, parait-il...). On tentera de compenser ce retard en prolongeant, comme de coutume, les festivités d'un petit mois supplémentaire.
 
    Alors à très (très) vite pour de nouvelles frayeurs littéraires... 
 
   

mercredi 30 octobre 2024

L'étrange réveillon - B. Santini (texte) & L. Richerand (illustrations).

Éditions Grasset Jeunesse, 2012.

    L’histoire poétique d’Arthur, orphelin, qui décide d’inviter des morts au réveillon de Noël, est racontée avec tendresse et humour par Bertrand Santini.
    Allié aux illustrations graphiques et parfois sombres de Lionel Richerand, l’ensemble forme un beau conte de Noël, plein d’amour, d’imagination et de retrouvailles, tout en permettant d’aborder la question de la mort et du souvenir.
    Après le succès du Yark, Bertrand Santini nous entraîne une nouvelle fois dans un univers étrange, dans ce conte de Noël moderne et décalé qui rappelle délicieusement les univers de Tim Burton ou Edward Gorey.
 
***
 
    Repéré de (très) longue date et longtemps en bonne place dans notre wish list, L'étrange réveillon a rejoint notre bibliothèque après qu'on ait eu la chance de tomber sur l'illustrateur Lionel Richerand au détour du dernier salon du Livre sur la Place de Nancy. Motivé par la thématique burtonienne du Challenge Halloween 2024, on s'est dit que c'était l'occasion où jamais de remporter le petit Arthur et ses fantômes avec nous.
 

    Orphelin depuis peu, Arthur, blondinet aux allures d'enfant sage, vit dans un gigantesque manoir gothique. Il y habite depuis la mort de ses parents avec une armée de majordomes, valets et autres domestiques qui se plient en quatre pour tenter de lui remonter le moral, en vain. Alors, quand vient le moment de fêter Noël et que le garçon demande à passer le réveillon en compagnie des morts du cimetière, la horde de serviteurs fait rapatrier à demeure corbillards et cercueils dans l'idée de satisfaire leur jeune maître. Les corps poussiéreux et inanimés sauront-ils combler le vide qui peine tant l'adorable mais inconsolable enfant ? Mais voilà qu'on toque à la porte et que des convives inattendus s'invitent à la fête...
 

    Associés dans le crime depuis déjà quelques ouvrages quand est sortie cette nouvelle collaboration, Bertrand Santini et Lionel Richerand signent ici un petit trésor à mi-chemin entre macabre et émotion. L'étrange réveillon est la preuve, après Charles Dickens et Tim Burton, que Noël convient autant aux spectres qu'Halloween. Une ancienne tradition anglo-saxonne issue de l'époque victorienne voulait par ailleurs qu'on raconte au pied du sapin des histoires de fantômes comme on y échange des cadeaux, et autant dire que ce petit bijou livresque a quelque chose de furieusement anglais et de terriblement victorien.
 

    Le texte, sous forme de vers et de rimes, a quelque chose d'une comptine ou d'une vieille nursery rhymes aux accents délicieusement funèbres, mais jamais glauque. Un véritable challenge quand on met en scène ni plus ni moins que des cadavres sortis de terre pour les rassembler autour d'une table de réveillon et que l'ouvrage s'adresse... à des enfants. Alors pourquoi et comment ça fonctionne, sans jamais tomber dans le sinistre ? La forme exprime une certaine candeur, voire même une douceur qui allège le propos, et le fond vient questionner ce que tout enfant de l'âge d'Arthur interroge à un moment donné : qu'est-ce que la mort ?
 

    A cette question, aucune réponse oppressante ou trop sérieuse : on parlera des Grands Mystères une autre fois, la place est ici laissée à la poésie et à la fantaisie. Un mélange des genres que Lionel Richerand traduit à merveille à travers ses dessins. Ses illustrations, larges panoramiques qui se déploient sur les longues et étroites doubles pages de cet album en 16/9, évoquent tout particulièrement l'univers décalé d'Edward Gorey, célèbre artiste à qui l'on doit Les enfants fichus et idole du non moins célèbre Tim Burton. Un petit côté gravures gothiques en noir et blanc rehaussées ici et là d'une pointe de couleur, des personnages longilignes aux yeux ronds... les amoureux du bizarre y trouveront un étrange et réconfortant (si, si) sentiment de familiarité.
 

En bref : Délicieusement macabre et poétique dans son fond comme dans sa forme, parfois mélancolique mais jamais glauque, L'étrange réveillon est un petit bijou dans la continuité victorienne des histoires de fantômes de Noël. Textes et dessins, à la fois funèbres et fantaisistes, séduisent par leur folie douce. Jamais une farandole de spectres et de squelettes n'aura été aussi émouvante.

vendredi 25 octobre 2024

Le pays des choses perdues - John Connolly.

The land of lost things
, Hodder & Stoughton, 2023 - Éditions de l'Archipel (tard. de P. Brévignon), 2024.

    Phoebe, 8 ans, est dans le coma. À son chevet, sa mère, Cérès, lui lit les contes qu’elle affectionne dans l’espoir qu’elle se réveille. Mais il est difficile de garder espoir, si difficile... Non loin de l’hôpital où Cérès passe ses soirées se dresse une vieille demeure. Poussée par une force étrange, la jeune femme pénètre dans la maison et se retrouve propulsée dans un monde fantastique.
    Le périple de Cérès dans ce « Pays des choses perdues » sera ponctué de rencontres avec des personnages effrayants ou bienveillants, qui tour à tour l’aideront ou tenteront de la détourner de sa quête : rejoindre l’esprit de sa fille pour la ramener dans le monde des vivants.
    On retrouve dans ce roman les ingrédients qui ont fait le succès du Livre des choses perdues : l’univers sombre et fantastique de Connolly, son imaginaire foisonnant, son style vif et incisif, sa malice… Un conte qui est aussi un hommage aux livres, aux histoires qu’ils contiennent et à la lecture.

    Dans la veine du Livre des choses perdues, traduit dans 24 pays et vendu à plus de 1 million d’exemplaires, Grand Prix de l’Imaginaire - Étonnants Voyageurs - Prix Imaginales

« Une immersion dans un monde fantastique de contes de fées, un beau voyage au cœur de la condition humaine. »
The Irish Times
 
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"Les livres ne sont pas des choses tout à fait mortes, mais contiennent une puissance de vie en eux qui est aussi active que celle de l'âme dont ils sont la progéniture."
(John Milton, Areopagitica).
 
    Il y a plus de dix ans, on découvrait le très sombre et en même temps très émouvant Livre des choses perdues, best-seller inattendu de John Connolly. Hommage aux contes traditionnels dans ce qu'ils ont de plus noir et de plus profond, ce roman, véritable exception dans la bibliographie de l'auteur, avait séduit les lecteurs du monde entier et récolté de nombreux prix. Dix-sept ans après sa publication originale, alors que le romancier irlandais n'avait jamais envisagé de donner naissance à une suite – car selon lui et malgré les nombreuses demandes en ce sens, il était jusque-là persuadé qu'elle n'avait pas lieu d'être –, il a réalisé avoir accumulé assez d'idées pour s'y essayer. Fait est qu'il n'avait jamais vraiment cessé d'écrire sur l'univers du Livre des choses perdues, même si c'était alors sous forme de notes éparses et de brouillons. Le résultat, Le pays des choses perdues, paru en 2023 outre-Manche, est sorti ce mois-ci aux éditions de l'Archipel.

"C'était une impression fugace, comme une silhouette à demi remémorée aperçue sur un quai de gare au passage d'un train : sitôt vue, bientôt oubliée."

 
"Pour qu'un roman fonctionne, il doit jeter un sort au lecteur ; non pas le convaincre de croire en l'impossible ou de renoncer à distinguer le vrai du faux, mais au moins de baisser sa garde, d'accepter de rester suspendu entre deux univers."

    On y rencontre Cérès, mère courage et célibataire portée par la magie des contes, des mythes et des langues anciennes transmise par son défunt père, éminent et passionné professeur. Un passé d'enchantements relégué aux oubliettes depuis que sa fille, Phoebe, victime d'un accident, est plongée dans un profond coma. La fillette transférée dans un hôpital spécialisé à la campagne, Cérès s'installe dans une vieille maison de famille située non loin du centre de soins afin de ne pas être séparée de Phoebe. Là, peu à peu, elle se surprend à imaginer pour elle des contes qu'elle lui narre, assise à son chevet, sans comprendre d'où lui vient l'inspiration. Il s'avère que l'hôpital a justement été construit à proximité de la maison d'un célèbre écrivain aujourd'hui disparu, auteur d'un roman intitulé Le livre des choses perdues. Alors que Cérès se procure l'ouvrage, des événements étranges surviennent chez elle : les plantes grimpantes envahissent l’extérieur et l'intérieur, au point de la rendre inhabitable. Quelque chose se passe qui dépasse l'entendement, Cérès le ressent dans l'air comme dans sa chair. Un soir, poussée par quelque chose qu'elle est incapable d'expliquer, elle pénètre dans la maison abandonnée de l'écrivain. Attaquée par une force invisible, elle tente de prendre la fuite et, à l'arrière de la bâtisse, change brusquement de réalité. Elle émerge dans une forêt qui ne ressemble en rien à l'univers qu'elle vient de quitter et réalise avoir retrouvé ses seize ans. Bloquée malgré elle dans cet espace-temps parallèle qui ressemble étrangement à celui du Livre des choses perdues, Cérès se met en quête d'une issue...

"Les livres gardent les traces de tous leur lecteurs sous forme de fragments de peau, de poils minuscules invisibles à l’œil nu, de graisses des doigts, et même de sang et de larmes, de sorte que, comme le livre finit par se confondre avec le lecteur, ce dernier finit aussi par se confondre avec le livre. En véritable archiviste des vivants et des morts, chaque volume garde le souvenir de ceux qui l'ont feuilleté." 


"— Les gens prétendaient que la maison était hantée, c'est pour ça qu'ils n'ont pas voulu rester. Trois contrats de location ont été annulés avant que le projet soit abandonné.
— Hantée ? Vous voulez dire, par des fantômes ?
— Ou par des souvenirs, ce qui est peut-être pareil."

    Le projet est plus ambitieux et risqué qu'il n'y parait : après le succès du Livre des choses perdues, comment envisager une suite qui ne donne pas l'impression d'une redite ? Toute la réussite de ce nouveau roman tient à la fois au sentiment de familiarité de croiser ici et là des éléments clef du précédent titre, mais, surtout, à la façon dont John Connolly parvient à les détourner, à les faire évoluer et à les éclairer d'une lumière nouvelle. On retrouve avec émotion le personnage du Garde forestier, qui sort d'un profond sommeil dès lors que Cérès fait irruption dans son monde. Et pour cause, tout laisse à penser que ce pays, ce royaume, ne prend vie que lorsqu'il est visité et, ce faisant, qu'il s'adapte et se modèle à l'image de son visiteur. C'est en tout cas ce que suggère plus d'une fois l'intrigue, se peuplant de nouveaux personnages et d'inspirations issues des mythes et légendes que Cérès tient de son enfance.
 
"Il faut être prudent avec nos pensées et se méfier de nos rêves, sans quoi les pires risquent d'être entendus ou vus, et quelque entité peut décider de les mettre en pratique." 
 
"Faites attention à ce que vous souhaitez et à la façon dont vous le formulez, comme un avocat rédigeant un document en l'expurgeant de toute faille exploitable par l'adversaire, de toute clause dont la signification pourrait être contestée ou retournée contre vous."


"David avait trouvé un moyen de transformer sa douleur en roman, et ce roman avait en retour aidé certains lecteurs à surmonter leur propre douleur. Les histoires qui nous importent ont cet effet-là : elles nous aident à comprendre les autres, et elles peuvent aussi nous donner l'impression d'être compris, et un peu moins seul au monde."

"Il y avait une différence entre être seule et être solitaire. Les livres l'avaient aidée, alors, car une personne avec un bon livre ne peut jamais se sentir seule."
 
    Aussi s'éloigne-t-on ici progressivement des contes traditionnels pour glisser lentement dans l'imaginaire hérité du folklore des vieilles terres britanniques : ses dryades, ses hobgobelins et ses faés, bestiaire encore plus ancien que le Temps lui-même, suggéré par les histoires que Cérès tenait de son père et façonné par son propre univers de références dans un jeu de glace aussi séduisant que déroutant, pour l'héroïne comme pour le lecteur. Cette dynamique imprègne jusque dans la forme du récit, puisque chaque titre de chapitre puise dans d'anciennes langues et de vieux dialectes aujourd'hui disparus, ces patois qui ont transmis et raconté ces mêmes mythes et donnés vie à ces mêmes créatures. A moins que ce ne soit l'inverse ?
 
"Quand un politicien stupide ou un de ces souriants donneurs de leçons se plaignaient des livres recommandés par l'école parce qu'ils osaient traiter les adolescents de façon respectueuse ou considérer que les questions de race, de sexualité et de genre pouvaient être pertinentes dans leur cheminement vers l'âge adulte, son père faisait toujours le même commentaire : Ne te méfie pas des gens qui lisent, mais de ceux qui ne lisent pas." 
 

"Passé et présent se déroulaient simultanément, presque en parallèle, ne se frôlant qu'en des lieux anciens, là où la terre contenait les souvenirs comme les cimetières contiennent les morts. Ces souvenirs s'insinuaient dans la terre et la pierre, le métal et le bois, imprégnant de leur essence des matériaux inanimés. Les mythes et les légendes accouraient autour de tels lieux, et engendraient des histoires, des livres, des récits, de sorte que la marge séparant le réel de l'irréel se rétrécissait de plus en plus, chaque narrateur en extrayant ses propres strates de signification et y ajoutant de nouvelles vérités. La vérité se faisait brumeuse, confuse, et le monde s'en trouvait altéré."
 
    Si l'on retrouve donc suffisamment d'éléments connus pour se sentir dans ce livre comme chez soi (l'ombre de l'Homme Biscornu n'est jamais loin), l'auteur parvient à apporter assez de nouveauté pour qu'on ne soit pas tenté de jouer au jeu des comparaisons. Époque différente, quête différente, héroïne différente, ce Pays des choses perdues se veut avant tout un témoignage sur le pouvoir des histoires, mais aussi une fable furieusement évocatrice sur le deuil autant que le rapport à l'enfance, et sur le lien viscéral qui unit une mère à sa fille. La plume, puissante, marque et émeut le lecteur.
 
"C'est ainsi que l'on perd les gens, parfois : pas d'un seul coup mais petit à petit, comme le vent souffle les grains du pollen sur une fleur." 


"Les images de démons provenant de différentes cultures présentent souvent des détails communs, comme si chaque artiste avait, à un moment donné, fait le même cauchemar."
 
En bref : Une suite aussi inattendue que réussie. John Connolly y distille suffisamment d'éléments familiers et de clins d’œil pour qu'on y retrouve l'étrange étrangeté du Livre des choses perdues et, tout en même temps, engendre un "livre-monde" bien assez nouveau pour éviter tout sentiment de redite. Son univers évolue au filtre de ses personnages et des enjeux à l'oeuvre, la quête cette fois nourrie du désespoir d'une mère face à l'impossible deuil de sa fille prisonnière quelque part entre la vie et la mort. Le style, les symboles, les inspirations aussi anciennes que le monde, tout dans ce livre résonne en nous. Une réussite.
 
 

Un grand merci aux éditions de l'Archipel pour cette lecture ! 
 
 
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"Peut-être certains mythes sont-ils si essentiels à notre existence, si cruciaux pour nous aider à comprendre le monde et la place que nous y occupons, que nous les engendrons naturellement avant de les transmettre aux générations suivantes." 
 
"Ces souvenirs nous enseignent ce que nous devons craindre, de sortes que nous pouvons en avoir conscience dès que nous venons au monde. Ainsi, nous savons que certains bruits, certaines odeurs sont des signes de danger. Nous pensons que les animaux transmettent cette faculté, pourquoi pas les humains?"
 
"C'était une sorte d'alchimie, l'invention d'histoires à partir de rien. Et comme pour toute magie, mieux ne valait ne pas examiner les procédés de trop près. Son père aurait appelé cela : trancher la gorge de l'alouette pour voir comment elle chante. Tuer ce que l'on cherche précisément à comprendre."
 
"Dès lors, rien d'étonnant à ce que, dans son adolescence, elle ait connu un bref engouement pour les histoires d'horreur – et plus elles étaient glauques, mieux c'était. Quand les poils apparaissent à des endroits inattendus et que son propre corps est en proie à des mutations – parfois sanglantes –, comment ne pas avoir envie de lire des histoires de vampires, de loups-garous, de monstres et autres créatures métamorphes ?"
 
"Quand on crée des monstres, on ne doit pas s'étonner qu'ils se comportent comme tels."
 
"La vie de chacun est faite d'histoires : un entassement permanent d'histoires. Nous ne sommes pas des créatures de chair et de sang, pas plus qu'un livre n'est une créature d'encre et de papier. Nous sommes des êtres constitués de contes et de fables. Nous existons en tant que récits. C'est par ce prisme que nous comprenons le monde et que nous devons être compris." 
 
"Le passé ne nous emprisonne pas : on peut décider de rester prisonnier mais on peut aussi choisir d'ouvrir la porte de sa cellule et de reprendre sa liberté. Même si cette porte est verrouillée, car nous avons toujours la clé sur nous. Il s'agit juste de trouver la bonne poche."
 
"Un élément crucial à saisir pour comprendre les gens et leurs motivations : dans les histoires comme dans la vie, il n'existe pas de personnages secondaires. Chacun de nous occupe le centre de son propre univers, les autres personnes étant les planètes et les lunes qui gravitent autour de nous, corps célestes tour à tour repoussés ou attirés par notre force gravitationnelle et – parfois – étoiles brillantes qui deviennent de façon provisoire ou définitive, nos astres jumeaux."
 
"Parfois, dans la vie comme dans les rêves, le monde essaie de nous communiquer une vérité, mais d'une façon si subtile qu'il nous faut du temps pour la saisir."
 
"Un livre est comme une maison (...) et les histoires sont les âmes qui l'habitent. Un livre sans histoire n'a pas d'âme" 
 
 

Et pour aller plus loin...