Un soir de neige, un couple se dispute dans sa voiture. Les enfants dorment sur la banquette arrière. Après vingt ans de complicité, Marie a trompé Julien. Le ton monte. Marie
descend, claque la portière. Julien feint de poursuivre sa route,
mais il fait nuit, c’est la tempête, alors il rebrousse chemin. La
forêt s’étend, impénétrable. Julien ratisse les environs pendant des
heures : aucune trace de Marie. Une enquête est lancée ; elle ne
donnera rien.
Sept ans s’écoulent, sept ans pendant lesquels Julien et les enfants doivent apprendre à vivre avec le mystère absolu de cette disparition. Jusqu’à ce qu’un soir, on frappe à la porte…
Sept ans s’écoulent, sept ans pendant lesquels Julien et les enfants doivent apprendre à vivre avec le mystère absolu de cette disparition. Jusqu’à ce qu’un soir, on frappe à la porte…
Un monde sur le point de basculer, des enjeux intimes bouleversants... Fabrice Colin se penche avec délicatesse sur ceux qui restent, leur deuil impossible, leurs blessures, leurs amitiés, leurs amours. Au fond : leur humanité.
***
On ne dit jamais non au dernier roman paru de Fabrice Colin, pour l'excellente raison qu'on sait à l'avance qu'il créera la surprise. Quatre fois lauréat du Grand Prix de l'Imaginaire et connu surtout pour ses œuvres de littérature de genre, il écrit autant pour la jeunesse que pour les adultes et ne se montre jamais là où on l'attend. De Shooting Star, son roman biographique sur Marilyn Monroe à destination des adolescents, à Tu réclamais le soir, fable aussi mélancolique qu'extravagante sur les années sida, Fabrice Colin ne fait jamais dans la redite et ne craint pas d'explorer les registres les plus variés.
"Que répondre aux parents, aux enfants, aux amis qui, tous, se concoctent
une histoire différente, et attendent de moi que je lui donne un sens ?"
Quand on nous a pitché Sept jours pour la première fois, on a pensé à Pique-Nique à Hanging Rock, chef-d’œuvre de Joan Lindsay. Certes, il ne nous faut pas grand-chose pour penser à Pique-nique à Hanging Rock (qui nous connait un peu sait qu'on peut parfois se montrer obsessionnel quant à tout ce qui peut toucher de près ou de loin à ce roman), et vous vous demandez certainement où on est allé imaginer une quelconque connexion entre un livre de littérature blanche francophone et le meilleur exemple à ce jour du gothique australien. Tout les rapproche pourtant, à commencer par le sens du Mystère avec un grand M ainsi leurs enjeux communs : ce que la fin, ou l'absence de fin, donne à réfléchir.
"Je l'imagine, flottant au-dessus des prairies, dansant au cœur des
clairières. Je me raconte des histoires parce qu'elle en est devenue une
elle-même."
Car (aucun spoiler), ainsi que Fabrice Colin l'a annoncé peu après sa sortie, "Sept jours est un roman qui met certains lecteurs en colère, à cause de sa fin. J'en suis ravi, hélas !". La conclusion (ou, encore une fois, la non-conclusion) de Pique-nique à Hanging Rock avait soulevé la même frustration. Chez Fabrice Colin comme chez Joan Lindsay, il est question d'une ou de plusieurs disparitions qui échappent à toutes formes d'explication rationnelle. Chez l'un comme chez l'autre, toujours, le ton réaliste (intime, psychologique, voire sociologique) dissimule quelque chose de plus secret, d'insondable. Chez l'un comme chez l'autre, enfin, l'intérêt du récit ne se situe pas dans la solution au problème, mais dans ses conséquences, ses ruissellements sur les protagonistes. Ce que nous montre Fabrice Colin, ce n'est pas à quel endroit de l'étang on a jeté le galet, mais les ronds et les ondes que celui-là provoqué à sa surface.
"Combien de temps faut-il pour perdre espoir ? Personne ne peut répondre à
cette question à votre place, m'avait confié un jour le pasteur qui
nous avait mariés. Tout semblait figé, vitrifié. Une bombe était tombée
et les survivants se relevaient, hagards. Pourquoi nous ? Chaque geste
nous coûtait, chaque mot devenait une offense. Les enfants étaient des
ombres, et moi moins que ça encore."
C'est en jouant avec les limites de la littérature blanche que l'auteur nous permet de mieux l'apprécier, en abattant ainsi les frontières dictées et bâties de longue date par cet élitisme culturel si franco-français. Les Anglais et les Américains, entre autres, ne s'encombrent pas tant de ces cases ennuyeuses et passent leur temps à les faire sauter – n'a-t-on pas déjà dit de Fabrice Colin qu'il était britannique dans l'âme ? Quoi qu'il en soit, l'inexpliqué qui vient toquer sept ans plus tard à la porte de Sept jours en fait un très beau roman, tout en délicatesse, qui aborde avec sensibilité les ricochets et dommages collatéraux du deuil. A l'étrange vient se confronter la profonde normalité du monde, qui a continué de tourner malgré la disparition ; cette normalité, tantôt douce, tantôt râpeuse, elle se niche dans la spontanéité des dialogues et dans les personnages cabossés.
"Ce n’est pas eux qui lui ont manqué, réalisé-je. C’est elle qui a manqué
quelque chose. Comme si elle avait trébuché sur un repli du temps."
Et, comme vous l'aurez compris, on aime qu'il n'y ait pas de solution à la fin. Le mystère est plus beau quand la solution nous échappe, sans quoi sa saveur ne s'attarde pas sur la langue.
En bref : Sept jours, dernier né du fantasque Fabrice Colin, brise les frontières entre littérature blanche et littérature de genre tout en se revendiquant de la première. Il exploite ainsi tout son potentiel en confrontant la profonde normalité d'une famille à l'insondable mystère d'une disparition qui échappe à toute explication logique. Si la fin est en suspens, c'est que les questions sont plus importantes que les réponses et qu'il appartient à chacun de déceler les véritables enjeux du roman. L'ensemble est beau, triste et profond – que demander de plus ?

















































