vendredi 27 janvier 2012

La femme dans le miroir - Thanh-Van Tran-Nhut


Edition Robert Laffont, 2010 - Pocket, 2011.

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ment une femme du XVIIe siècle a-t-elle pu servir de modèle à un peintre du XXe ? C’est la question que se pose Adrien, hanté par la mort récente de sa femme, en reconnaissant sur une toile contemporaine le visage qui se reflète dans le miroir d’une vanité peinte trois siècles plus tôt. D’où vient que cette beauté a traversé le temps comme si des artistes n’avaient jamais cessé de l’aimer ? Devenu malgré lui l’acteur d’une aventure née sous le pinceau d’un maître hollandais, il entreprend une inquiétante enquête où l’histoire des pigments et la magie des alchimistes l’entraînent hors du domaine de la raison et lui ouvrent des portes inattendues. Aidé par un chercheur lunatique et un thanatopracteur savant, il plonge dans les mystères des passions amoureuses peut-être aussi subtils que ceux de la pierre philosophale, promesse de longue vie. Mais sur le point de percer le secret des tableaux, il comprend soudain que rien dans cette histoire n’est dû au hasard et que les véritables enjeux de cette énigme dépassent le fantasme d’un idéal de beauté.

Comme souvent lorsque je sors d'une lecture qui m'a vraiment captivé, j'éprouve quelques difficultés à aller mettre le nez dans un autre bouquin, et je me mets alors en quête d'un livre dans le même genre afin de goûter une nouvelle fois à une atmosphère similaire. Ce sentiment se présenta justement l'an dernier, alors que je refermais la dernière page des Voleurs de Cygnes: ma PAL (Pile A Lire) avait beau atteindre des hauteurs astronomiques, elle ne contenait rien qui puisse me satisfaire en terme d' "énigme artistique". Je suis donc parti en quête du roman qui comblerait mes envies et, au détour d'un rayon, suis tombé sur La femme dans le miroir. Bien que très court (je l'ai lu en moins de 4 heures, pendant un trajet en train), c'est probablement un de mes romans favori pour m'avoir autant captivé!

Vanité ou Jeune fille à sa toilette, Nicolas Régnier, 1626

Tout d'abord, l'écriture est tout particulièrement envoutante et évolue selon l'état d'esprit d'Adrien, personnage principal et narrateur de cette histoire: poésie mélancolique et morbide lorsqu'il traverse le deuil de sa femme, reclus chez lui, puis folie effrénée quand il se lance avec une passion presque sauvage dans la recherche du modèle qui aurait posé pour les deux tableaux à plus de 300 ans d'écart.
Allégorie de la Vanité, Bernardo Strozzi, 1635

Au fur et à mesure que l'enquête d'Adrien progresse, le lecteur se sent possédé au même titre que lui par ce mystère, et le désir de vérité qu'il suscite ne fait que redoubler page après page. On se sent nous aussi tomber dans une spirale infernale, emprunte de légendes alchimiques et teintée de sciences occultes qui, bien qu'au-delà de toute forme de raison et de réalité, sont présentées à nos yeux avec une logique diabolique tellement implacable que nos certitudes en seraient presque ébranlées. Ce roman est un chef-d'œuvre qui tient le lecteur en haleine jusqu'à son dénouement, troublant et déroutant.

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