jeudi 16 novembre 2017

La famille Addams, une comédie musicale de Andrew Lippa.




Textes de Marshall Brickman et Rick Elice
Livret et Musique : Andrew Lippa
Mise en scène : Ned Grujic
D'après l’œuvre et les personnages de Chas Addams.
Au théâtre Le Palace du 15 septembre 2017 au 6 janvier 2018.

  Après un premier succès à Broadway en 2009, l'excentrique et macabre famille américaine, vedette de films, de séries télévisées et de bandes dessinées, et célèbre dans le monde entier pour son humour noir brillant, ses délires macabres et sa satire mordante arrivent enfin à Paris au Théâtre Le Palace.


  Dans l'aile gauche d'une immense villa délabrée de style victorien vit une famille macabre et excentrique, la Famille Addams. La singulière Mercredi, princesse des ténèbres et fille aînée de la famille, est maintenant devenue une jeune fille ; et comme la plupart des jeunes filles, elle tombe amoureuse d'un garçon qui, aux yeux de sa famille, aurait tous les défauts : doux, gentil et... totalement ordinaire !

  Effrayée par la réaction possible de sa mère, la mystérieuse et fascinante Morticia, Mercredi décide de confier le secret de son amour à son père Gomez Addams, forçant ce dernier à faire une chose qu'il n'a jamais faite de sa vie : ne pas révéler ce secret à sa Morticia chérie et adorée. Jusqu'au jour où... s'organise un dîner dans le manoir des Addams pour la présentation officielle du petit ami de Mercredi !

  Venez rencontrer la famille la plus folle du monde dans une aventure délirante qui pourrait se révéler un cauchemar pour beaucoup de parents!...

***

   Si j'ai toujours adoré la Famille Addams, j'ignorais totalement qu'elle avait été adaptée en musical jusqu'à ce que je vois les affiches de l'adaptation française dans le métro en janvier dernier. En effet, la version originale du spectacle remonte à 2009, année pendant laquelle est est tout d'abord montée à Chicago puis à Broadway, avant d'être reconduite puis adaptée dans de nombreux autres pays les années suivantes. C'est ainsi qu'elle est arrivée sur les planches du théâtre Le Palace, à Paris, pour sa version française. Il était évident que je ne pouvais louper un tel événement à l'occasion d'Halloween!


  Alors que les rideaux sont encore fermés, c'est la voix chevrotante de Grand-Mère Addams qui nous invite à éteindre nos portables pendant la séance avant que ne résonnent les premiers claquements de doigts et LA célèbre musique du générique composée par Mark Sheiman (que tout le monde connait, même ceux qui ne connaissent pas la Famille Addams). Le rideau s'ouvre sur le manoir victorien des Addams, entièrement reconstitué sur scène, bordé de son cimetière familial. Entre les arbres tortueux et sous une lune gigantesque, un Gomez Addams plein de bonhommie nous accueille, cigare au bec, rejoint par les membres de son clan pour la chanson introductive la plus connue du musical : "Pour être un Addams". Comme chaque année, la famille réveille ses morts et les fantômes des ancêtres, événement qui coïncide malheureusement avec le soir où la cynique Mercredi veut présenter son petit-ami et sa famille à ses parents. Catastrophe : ceux-là s'avèrent très... ordinaires. Véritable choc des cultures entre gothique chic et bourgeoisie coincée, le dîner de présentation tourne à la catastrophe vaudevillesque.

La très chouette scène d'intro, présentation et résurrection...

  L'avantage de l'univers graphique de Chas Addams est qu'on peut imaginer n'importe quelle histoire à partir de ses illustrations (on rappelle qu'à l'origine, la famille Addams n'est pas un roman mais une collection de dessins et de scènes humoristiques publiés dans la presse américaine). La difficulté est ensuite de réussir à construire une intrigue complète qui parvienne à restituer et reste fidèle à l'esprit d'un univers aussi restreint sur le papier : le potentiel est grand, mais encore faut-il donc le cerner dans son exactitude. Pour cela, les fans de la première heure de la Famille Addams seront servis : l'histoire, inédite (elle n'a jamais été racontée dans l'un des précédents films ou épisodes des séries), est typique de l'univers de Chas Addams et l'on retrouve les personnages avec jubilation


  Gomez (joué par Guillaume Bouchède) est peut-être un peu trop sympathique de prime abord, mais on réalise qu'il est finalement assez proche du Gomez illustré original, qui n'avait pas le flegme racé de Raul Julia (son interprète dans les films des années 90). A ses côtés, Lucie Riedinger interprète une Morticia absolument fan-tas-tique! Quelle classe, mais quelle classe! La démarche, l'élégance, le cynisme, l'ironie, tout y est! Dans la même dynamique, cotons Mercredi, jouée ce soir là par Julie Costanza, doublure de l'actrice qui tient officiellement le rôle et qu'elle remplaçait pour la première fois. Chapeau à elle, elle a très bien restitué la Mercredi que l'on connait : glaciale, imperturbable et caustique, un vernis (noir) qui craque à peine (mais un peu quand même) lorsqu'elle tombe amoureuse. 


  Parmi les autres rôles, il ne faut pas oublier l'excellente quoi que peu articulée prestation de Vincent Gillièron en Lurch, le majordome très "frankensteinien" des Addams, absolument hilarant lorsqu'il entreprend de longues explications en grognements (j'ai cru mourir de rire plus d'une fois). Grand-Mère a quelques interventions très drôles également, mais pour le reste, le jeu des autres principaux Addams m'a moins marqué (même Fétide, un poil trop romantique peut-être?), si ce n'est la (très) courte apparition de mon chouchou le Cousin Machin, que le Musical a eu la bonne idée d'inviter sur scène pour quelques minutes de babillages...

 La présence des fantômes et morts-vivants échappés du cimetière des Addams est totalement facultative mais participe à l'embellissement global du spectacle, et ajoute au gothique de carnaval de cette famille unique en son genre. La sortie des tombes et la démarche très "zombie walk" m'a fortement rappelé le musical du Bal des Vampires, ici en moins imposant tout de même, surtout que les fantômes Addams s'avèrent très vite plus sympathiques que les vampires Polanski.

La sortie de tombe des vampires à Mogador, en 2014.

 Les Beineke, les beaux-parents de Mercredi, sont quant à eux des personnages totalement nouveaux. Ce couple bobo qui étouffe de normalité et semble s'asphyxier sous les névroses permet de mettre en évidence les nombreuses différences entre une famille ordinaire très rangée et l'extravagance macabre des Addams. Cependant, ils réservent quelques surprises décoiffantes même si l'on devine quelque peu l'évolution qui les attend.


  En ce qui concerne les chansons et musiques, elle sont sympathiques et entrainantes même si elles ne m'ont pas durablement marqué - d'autant qu'elles étaient enregistrées et non jouées en live, ce qui est bien dommage. En fait, ce qui m'a le plus enthousiasmé dans ce spectacle, c'est son humour, son formidable comique de situation et du détournement : les discours incompréhensibles de Lurch que j'évoquais plus haut, Grand-Mère Addams qui chante du Maître Gims en promenant son caddie, ou encore les nombreux quiproquos dignes d'une pièce de vaudeville! Certaines répliques, également, sont des plus savoureuses : Morticia et Gomez se disputant à propos de Grand-Mère ("Depuis que ta mère s'est installée chez nous..." "Ta mère? mais attends, je croyais que c'était la tienne?" "Ne change pas de sujet, s'il te plait" " Non mais vraiment chérie, il faut qu'on en parle!") et qui renvoie à sa filiation changeante au fil des publications originales, ou encore Gomez s'extasiant "Mais chérie, tu as des jambes?!" lorsque Morticia se présente en jupe de tango fendue au lieu son habituelle et iconique robe fourreau. 


  La mise en scène est également servie par un décor très impressionnant, avec le manoir entier des Addams qui évolue sur scène, puis pivote pour s'ouvrir et dévoiler l'intérieur de son aile gauche ou droite, à la façon d'une maison de poupée géante. Les décors et accessoires sont en effet l'autre point fort du spectacle, du gigantesque fauteuil en rotin de Morticia à la chaise de torture de Gomez, en passant par les trappes par lesquelles apparait La Chose (renvoyant aux astuces délicieusement désuètes qu'utilisait par exemple la série télévisée des années 60).

En bref : Un spectacle musical absolument hilarant qui séduit par son humour vaudevillesque et son respect de l'univers de Chas Addams. Une mise en scène enthousiasmante et des comédiens convainquants, un musical comique qui plaira beaucoup aux amoureux de La famille Addams!


3 commentaires:

  1. J'aimerais beaucoup aller voir un spectacle de ce genre, un jour. Tu déniches toujours des pépites ! Je n'en avais jamais entendu parler.

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    1. Coup de pot, vraiment! Car la publicité pour ces spectacles (hors Mogador dont on entend beaucoup parler) n'est pas beaucoup relayée en dehors de Paris. C'est la chance d'y aller souvent et de voir les affiches dans le métro, et encore, ça ne suffit pas toujours (l'an dernier, j'avais appris bien trop tard la représentation d'un gigantesque et magnifique ballet adapté de Peter Pan).

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  2. oui il y a des films qui sont devenus cultes grace aux fans...dommage que cela soit si loiiiin....cela donne envie...

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