jeudi 3 janvier 2019

Le retour de Mary Poppins - P.L.Travers

Mary Poppins comes back, Collins, 1935 - Éditions Hachette (trad. De J.Reschofsky), 1964 – Éditions du Rocher (trad. de T.Beauchamp), 2010, 2018.


 Rien ne va plus au numéro 17 de l'allée des Cerisiers depuis que Mary Poppins s'en est allée, emportée par le vent d'ouest. Un jour, Mme Banks, à bout de nerfs, envoie les enfants jouer au cerf-volant dans le parc. Et quelle n'est pas leur surprise de voir Mary Poppins descendre du ciel au bout de la ficelle ! Comme si de rien n'était, la nounou reprend sa place chez les Banks. Et c'est reparti pour de nouvelles aventures extraordinaires… En sa compagnie, tout semble possible… Mlle Andrew, la vieille gouvernante de M. Banks, se fait enlever par son alouette. Jane se retrouve prisonnière d'un compotier en porcelaine. On prend son goûter la tête à l'envers. Les bébés parlent la langue des oiseaux. Les paresseux sortent des contes de fées. Le cirque des étoiles donne une représentation au milieu de la nuit. Le printemps se décore comme un arbre de Noël. Et ballons de baudruche et manèges sont réellement enchantés !
  Classiques de la littérature anglo-saxonne, les histoires de Mary Poppins n'ont jamais cessé de fasciner petits et grands depuis la publication du premier volume de la série, en 1933. Après tout, la célèbre nounou n'est-elle pas une digne descendante d'Alice et de Peter Pan ?

***


  Après Mary Poppins et toujours en l'honneur de nos festivités sous le sceau de la célèbre nounou, nous poursuivons aujourd'hui avec le second tome de la saga littéraire originale de P.L.Travers, dont nous avons pu voir qu'elle était bien différente de sa première adaptation par Disney. Le premier livre était cependant assez mystérieux, et le personnage de Mary Poppins assez énigmatique (quoi que souvent froid et sévère), pour nous donner envie de creuser le sujet. Voici donc Le retour de Mary Poppins...


  Rien ne va plus depuis le départ de Mary Poppins : les enfants Banks ont de nouveau épuisé leurs nounous successives et la maison toute entière semble jouer de malchance. Entre accidents domestiques et problèmes de plomberie, Madame Banks ne sait plus où donner de la tête. Envoyant les enfants jouer au cerf-volant au-dehors pour avoir un peu de calme dans la maison, elle ignore cependant qu'ils vont lui ramener... Mary Poppins ! En effet, le cerf-volant monte jusqu'au-dessus des nuages avant de redescendre avec, accrochée à sa ficelle, leur nurse favorite ! Si cette dernière nie comme à son habitude le prodige dès qu'elle touche la terre ferme, les enfants n'en sont pas moins enchantés de la revoir. Mais une fois encore, Mary Poppins prévient déjà qu'elle devra s'en aller à un moment ou un autre, à savoir quand la chaîne de son médaillon se brisera. Mais d'ici là, c'est un nouvel enchaînement de folles aventures et de rencontres cocasses qui s'annonce...

 Première édition française chez Hachette en 1964 (malheureusement tronquée de plusieurs chapitres) - à gauche.
Nouvelle traduction (complète!) aux éditions du Rocher, éditée en 2010 et rééditée en 2018 - à droite.

  Nous revoilà donc au 17 de l'allée des cerisiers, pour une lecture aussi fantaisiste que le premier tome. Que le lecteur soit prévenu une fois encore : Mary Poppins est toujours aussi rarement agréable et elle n'esquisse que peu souvent un sourire. Même si on a compris qu'elle jouait très probablement un double rôle, on ne peut nier que c'est parfois déconcertant. Cependant, notons que les enfants Banks semblent l'apprécier d'autant plus car, même si elle n'avoue jamais rien et fait preuve au quotidien d'une poigne de fer, ils ont la chance de partager un secret avec elle et de bénéficier de ses talents pour le moins fantastiques, aussi font-il moins cas de son caractère.

Mrs Banks désespérée... Heureusement, Mary Poppins va revenir!
(Illustration originale de M.Shepard)

  La construction de ce second livre semble très calquée sur le premier. Non pas que les rebondissements se répètent, mais le schéma est similaire : l'arrivée de Mary Poppins, le voyage dans une image en porcelaine (en écho au voyage dans le tableau du premier opus), une visite chez un cousin qui se retrouve cul par-dessus tête selon les hasards du calendrier (rappelle fortement la visite chez l'oncle Albert qui s'envole au plafond dès qu'il rigole quand son anniversaire tombe certains jours de l'année en cours), etc... et il en est ainsi jusqu'au terme de l'ouvrage. On remarquera peut-être davantage de liens entre les différents chapitres, ce qui tend à plus de linéarité même si l'ensemble s'apparente toujours à un enchaînement de nouvelles encore quelque peu décousues.

 Mary chez son cousin Turvy (illustration de S.Delacroix pour les éditions Du Rocher).

  Le réel intérêt de ce second tome réside une fois encore dans le mystère qui entoure Mary Poppins, que l'on découvre un peu plus. Ou en tout cas qui suscite toujours plus de questionnements. Sa famille semble décidément très fantasque (pour ne pas dire fantastique) et on apprend dans le chapitre 7 qu'elle passe ses soirées de libres dans un cirque céleste présidé par le Soleil lui-même, où se donnent en représentation les différentes constellations sous leur forme allégorique. Au milieu de ce beau monde, Mary semble avoir une place assez prestigieuse : adulée autant que crainte (on la découvre effrayante plus d'une fois encore dans cet opus, en particulier lorsqu'elle n'hésite pas à faire vivre une aventure particulièrement terrifiante à Jane pour lui enseigner une bonne leçon), elle participe même, dans un chapitre enchanteur à souhait, à faire clore l'hiver et naître le printemps, et renvoie ainsi plus que jamais aux inspirations mystiques de l'auteure. Déesse païenne, Mary Poppins ? Une théorie confirmée par les autres univers dont P.L.Travers tire les idées pour les différentes mésaventures racontées : un chapitre entier, histoire dans l'histoire, est une sorte de conte populaire raconté par Mary aux enfants Banks, et évoque les célèbre Nursery Rhymes anglaises. Enfin, le chapitre chez le cousin « cul par-dessus tête » semble tout droit inspiré de l'univers plein de non-sens de Lewis Carroll.

Le chapitre de l'envolée aux ballons, un autre passage on ne peut plus merveilleux.

  Ces nombreuses inspirations étranges dont se réclame Pamela L.Travers ne l'empêchent pas, une fois encore, de faire preuve d'humour ou d'une malicieuse ironie, que ce soit dans les scènes ou les dialogues :

«  -Suffit ! Grommela Mary Poppins avec un regard sombre pour Jane. S'il y a une beauté dans cette maison, c'est sûrement... Elle s'interrompit, et jeta un coup d’œil approbatif vers le miroir.
-Qui cela ? Demandèrent Jane et Michael d'une seule voix.
-Sûrement quelqu'un qui ne s'appelle pas Banks. Compris ? »


«-Où sommes-nous ici ? Demanda-t-elle d'un ton de colère. Dans une chambre d'enfants civilisés ou dans un jardin zoologique ? Répondez.
-Dans un jardin zoo..., commença Michael, mais il s'arrêta en voyant l’œil courroucé de Mary Poppins :
- Je voulais dire : dans une chambre d'enfant... civilisés, acheva-t-il. »

Mrs Andrews (rebaptisée Mrs Scholastic (?) dans l'édition de 1964), 
ancienne nounou de Mr Banks, vient semer la zizanie au 17 Allée des Cerisiers... (illustration originale de M.Shepard).

  Par ailleurs, tout comme dans le premier opus, Mary s'adoucit à la fin du livre, lorsqu'à son corps presque défendant, elle sent qu'il lui faut quitter la maison des Banks. Le malaise qui s'inscrit dès lors dans toute la maisonnée, comme un pressentiment qui hante les enfants dès le lever, est particulièrement bien raconté et témoigne une fois encore, malgré tout ce qu'on pourra reprocher à Pamela L. Travers, d'un indéniable sens de l'écriture.

« Une matinée tranquille, très tranquille. Les gens, en passant devant l'allée des Cerisiers, murmuraient : « Comme c'est bizarre ! On entends pas de bruit. » La maison elle-même qui, généralement, ne prêtait attention à rien, commençait à s'inquiéter... »


«  -Toutes les bonnes choses finissent un jour, remarqua sentencieusement Mary Poppins.
-Pas vous, répondit Michael. Et pourtant vous êtes une bonne chose !
Un sourire de satisfaction s'ébaucha sur les lèvres de Mary Poppins, vite présumé (…).
Mary Poppins abaissa sur eux un regard qui leur parut triste et doux dans le crépuscule.
-Toutes les bonnes choses finissent un jour, dit-elle. »

Mary Poppins et les différentes constellations (illustration de M.Shepard).

  Talent qui se confirme jusque dans les dernières lignes, où Mary Poppins, prenant un billet pour un manège avec lequel elle va s'envoler pour, en théorie, ne plus revenir, laisse cependant deviner qu'elle pourrait de nouveau se présenter à la porte des Banks :

«  D'un geste gracieux, elle sauta sur la plate-forme, grimpa sur le dos d'un cheval pommelé qui s'appelait Caramel, et s'installa, irréprochable et inapprochable, en amazone.
-Un aller-retour ? Demanda le patron.
Elle réfléchit, regarda les enfants...
-Après tout, fit-elle. On ne sait jamais. Ça pourrait toujours servir. Donnez-moi un aller-retour. »

Et retour il y aura...



En bref : Très similaire au premier dans sa construction, cette suite à Mary Poppins n'en présente pas moins certains intérêts. On creuse un peu plus la personnalité unique – et probablement mystique – d'une nounou plus complexe qu'on ne l'aurait cru, on continue de découvrir l'univers de l'auteure, et on s'amuse des traits d'humour piquant et de l'écriture bien tournée distillés au fil du livre. 
  A noter cependant : préférez la dernière édition de cet ouvrage et sa traduction plus actuelle (mais jamais infidèle). La première traduction de 1964 est en effet très datée et est tronquée de trois des meilleurs chapitres, dont il serait dommage de se priver !





 Et pour aller plus loin...



 - Découvrez toute la série...


2 commentaires:

  1. Si seulement il pouvait y avoir une réédition de tous les tomes en français... Ca me tente vraiment beaucoup.

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    1. Le premier est dispo en poche, le deux vient d'être réédité et le cinq et le six viennent de sortir pour la première fois en France en un seul volume. Lesquels as-tu déjà ? J'ai peut-être les trois et quatre en doublons (ceux qui ne sont plus réédités depuis les années soixante). Cela t'intéresserait si je remets la main dessus? :)

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