mardi 24 février 2026

Oz, un monde extraordinaire - Un film de Walter Murch d'après L. Frank Baum.

Oz, un monde extraordinaire

(Return to Oz)

 
Un film de Walter Murch d'après les romans Le merveilleux pays d'Oz et Ozma, princesse d'Oz, de L. Frank Baum.
 
Avec Nicol Williamson, Jean Marsh, Piper Laurie, Fairuza Balk...
 
Date de sortie originale : 21 juin 1985
Date de sortie française : 23 octobre 1985
 
Date de sortie française en dvd : 10 mars 2004
Disponible sur Disney +
 
    Dorothy Gale habite une petite ferme au cœur du Kansas avec son oncle et sa tante. Depuis qu'une étrange tornade a détruit la moitié de la propriété, elle rêve nuit après nuit d'un pays enchanté : le monde d'Oz...
    Autour du palais d'émeraude vivent de merveilleux personnages, tels que le Lion Poltron, l'Homme de Fer Blanc, le robot Tik Tok  l'épouvantail ou Jack le potiron, qui sont tous les amis de Dorothy. Avec eux, elle devra faire face à ses farouches ennemis, la princesse Mombi, les rollers et le Roi des Gnomes...
 
    Retrouvez la jeune Dorothy pour de nouvelles aventures dans l'univers fabuleux du Magicien d'Oz, d'après le chef-d’œuvre de L. Frank Baum !
 
***
 
    Peu de lecteurs du Magicien d'Oz le savent, au même titre que rares sont ceux qui connaissent les autres romans écrits par L. Frank Baum : il existe une suite produite par Disney. On ne parle pas du film Le monde fantastique d'Oz (Oz, the Great and Powerful) de 2013, mais de Oz, un monde extraordinaire (Return to Oz) sorti dans les salles en 1985. Pépite alors injustement boudée et fruit d'une production catastrophique, ce long-métrage est aujourd'hui reconnu et célébré par les fans de la première heure de l'auteur.


    Mais remontons tout d'abord un peu le temps, en 1937 : Walt Disney vient de rencontrer un incroyable succès avec Blanche-Neige, son long-métrage animé, et souhaite renouveler l'expérience en adaptant une autre œuvre pour enfants. Son choix se porte rapidement sur Le magicien d'Oz, mais la Metro-Goldwyn-Mayer le coiffe au poteau en achetant les droits en premier. Le film adapté du roman de Baum sortira quelque temps plus tard avec la renommée incontestée qu'on lui connait aujourd'hui. Pour autant, ni Walt Disney de son vivant ni sa société après sa mort n'accepteront ce deuil et Oz sera pour la compagnie un Graal qui n'aura de cesse de leur échapper. En effet, même si Disney parvient à acheter les droits de plusieurs des suites écrites par Baum et lance des projets d'adaptation à plusieurs occasions, ceux-là n'aboutissent jamais. C'est dans les années 1980 que les choses se concrétisent : la société traverse alors une période de creux et tente de se renouveler en produisant des films plus matures et, dans une certaine mesure, plus sombres : Le trou noir, Les yeux de la forêt ou encore La foire des ténèbres. Cette mouvance est aussi influencée par toute une vague de films iconiques de cette période : Star Wars, Dark Crystal, Labyrinthe, L'histoire sans fin, etc. Cependant, force est de constater que la firme à Mickey ne s'en tire pas avec le même succès.
 

    S'ils ont effectivement bénéficié d'une reconnaissance tardive, les films produits par Disney pendant cette décennie sont victimes de très mauvaises critiques. Oz, un monde extraordinaire ne fit pas exception. Ayant souffert de coupes budgétaires alors que la préproduction avait déjà dépassé la somme allouée par le précédent gérant de la société, le film doit sans cesse se réadapter aux contraintes et ainsi limiter les scènes prévues à l'étranger au profit d'un tournage en Angleterre et majoritairement en studio. Comme la compagnie le pressentait, le film est un échec commercial. Son réalisateur, Walter Murch, dont ce sera par ailleurs le seul film, avait pourtant fait ses armes aux côtés de Francis Ford Coppola et George Lucas, des amis qui avaient soutenu jusqu'au bout Return to Oz.
 

    Comme pour de nombreux films devenus cultes avec le temps, il faudra quelques années pour que celui-là soit apprécié à sa juste valeur, et ce alors que les fans de la première heure de Lyman Frnak Baum, lui reconnaissent une plus grande fidélité à l'oeuvre originale que la comédie musicale de 1939. Et ceux qui ont lu Le monde merveilleux d'Oz et Ozma, la princesse d'Oz, ne peuvent que le confirmer. Adaptation de ces deux titres sortis en 1904 et 1907, le film se veut une suite directe (quoi que non-officielle puisque n'étant pas du même studio) du long-métrage de la MGM, raison pour laquelle Disney a dû payer des droits afin d'utiliser les souliers de rubis, copie de ceux portés par Judy Garland dans la précédente version (pour rappel, dans le roman original, il s'agit de souliers d'argent ; les chaussures en rubis étaient un choix de la MGM pour exploiter au maximum le Technicolor, mais sont devenues ensuite un symbole indissociable du Magicien d'Oz dans l'imaginaire collectif).
 

    Dans cette nouvelle aventure, on retrouve une Dorothy très perturbée depuis son voyage à Oz : personne ne veut croire à son histoire et son oncle et sa tante, inquiets pour sa santé mentale, décident de l'emmener voir un médecin spécialisé afin de la faire bénéficier d'un traitement par électrochocs. Mais au cours de la première nuit qu'elle passe à la clinique, la fillette s'enfuit et, prise dans une tempête, tombe à l'eau et perd connaissance. Elle se réveille au pays d'Oz en compagnie de sa poule, Billina, désormais douée de parole. Mais la joie est de courte durée car Oz a bien changé depuis sa dernière visite : la route de briques jaunes est à moitié détruite et la cité d'émeraude, laissée à l'abandon. Tous ses habitants ont été transformés en statues et les lieux sont occupés par les terrifiants rouleurs, à la solde de la Princesse Mombi. Le responsable de ce carnage ? Le roi des Gnomes, qui réside dans sa montagne de l'autre côté du désert mortel. Bien décidée à libérer Oz, Dorothy part à l'aventure avec de nouveaux amis : Tik Tok, robot de cuivre de la garde royale, Jack, bonhomme de bois à la tête de courge, et le Gump, trophée de chasse auquel la joyeuse troupe a donné vie grâce à une poudre magique...
 

    On ne peut nier le caractère étrange et inquiétant de cette suite, notamment dans sa première partie : la clinique où est envoyée Dorothy, les soins psychiatriques qui lui sont proposés et le médecin comme l'infirmière en chef, tous les deux terrifiants à leurs manières, sont loin du merveilleux féérique et enfantin du film de 1939. Et pourtant, on aime. On aime comme ont aimé les admirateurs de L. Frank Baum, qui ont retrouvé le véritable esprit des romans dans ce long-métrage : des rouleurs au roi des Gnomes, en passant par la terrible Mombi. Mombi, qui est ici la contraction de deux personnages des romans originaux : la sorcière éponyme responsable de la disparition d'Ozma et, surtout, la princesse Langwidere et sa collection de têtes interchangeables. Le film nous offre ainsi des scènes aussi séduisantes qu'angoissantes dans le boudoir de cette dernière, où les nombreuses têtes observent Dorothy derrière leurs vitrines. Osé et ambitieux, le tout est surprenant de réussite, même en comptant avec les trucages de l'époque.
 


    Fidèlement aux techniques des années 80, il faut en effet se rappeler que l'équipe utilise essentiellement des animatroniques et des marionnettes, mais le tout est encore furieusement crédible même 40 ans plus tard. L'animation de Jack Potiron, notamment, mais aussi de Tik Tok ainsi que les effets spéciaux utilisés pour le Roi des Gnomes forcent encore aujourd'hui l'admiration et émeuvent davantage que n'importe quelle image de synthèse. On ne s'étonne pas de retrouver dans l'équipe artistique Brian Henson (fils de Jim Henson, roi des animatroniques et des marionnettes des films de fantasy des années 80, créateur des Muppets et fondateur de la Jim Henson's Creature Shop) et Henry Selick (réalisateur et animateur à l'origine de L'étrange Noël de Mr Jack, James et la pêche géante ou encore Coraline, et futur comparse de Tim Burton). Malgré la problématique budgétaire évoquée plus haut et quelques scènes tournées sur fond vert qui ont moins bien vieilli, Oz, un monde extraordinaire a conservé toute sa magie grâce à des visuels et des effets très convaincants. Pour les amoureux des illustrations originales de John R. Neill, les designers du film s'en sont largement inspirés pour l'esthétique générale et l'allure des personnages (l'artiste est d'ailleurs cité au générique).
 

    Le casting se révèle réduit, puisque la majorité des personnages sont des créatures ou des êtres fantastiques. Fairuza Balk apparait ici pour la première fois à l'écran : la future sorcière de The worst witch (première adaptation télé de Amandine Malabul) et de The Craft y interprète une Dorothy beaucoup plus fidèle au personnage original que Judy Garland – en fait, Fairuza Balk est Dorothy, à n'en pas douter. Elle est d'une touchante crédibilité à l'écran, en particulier dans sa relation avec ses compagnons de route, qu'elle parvient à rendre réels aux yeux du spectateur. Les personnages sont en effet la grande force de ce film tant ils émeuvent au-delà de l'écran, notamment Jack Potiron (Oh, adorable Jack!) et Tik Tok (merveilleusement doublé par Roger Carel dans la version française). A noter que certains acteurs campent deux rôles, à la façon du casting du film de 1939 où on les retrouve sous de nouveaux oripeaux une fois que Dorothy a basculé dans le monde d'Oz.
 


En bref : Boudé à sa sortie au cinéma en 1985 avant de bénéficier du statut de film culte, Oz, un monde extraordinaire est une petite pépite d'étrangeté. Avec sa grande fidélité à l’œuvre originale de L. Frank Baum, ses visuels convaincants et ses effets spéciaux réussis, le film reste, 40 ans plus tard, d'une magie incontestable. Fairuza Balk y campe la meilleure Dorothy croisée à l'écran et ses compagnons de route émeuvent durablement le spectateur. Une petite merveille de nostalgie.
 
 

 

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