dimanche 14 novembre 2021

Les nouvelles aventures de Sabrina, partie 2 - Une série Netflix de Roberto Aguirre-Sacasa d'après sa propre BD.


Les nouvelles aventures de Sabrina
(Chilling adventures of Sabrina)
- partie 2 -

Une série Netflix réalisée par Roberto Aguirre-Sacasa d'après sa bande-dessinée et le personnage de Archie comics,
Avec : Kiernan Shipka, Ross Lynch, Lucy Davis, Chance Perdomo, Miranda Otto, Michelle Gomez, Richard Coyle...
 
Date de diffusion sur Netflix : 5 avril 2019 

  Les nouvelles aventures de Sabrina imagine l’origine des aventures de Sabrina l’apprentie sorcière comme une sombre histoire axée sur le passage à l’âge adulte à travers l’horreur, les sciences occultes et bien sûr la sorcellerie. Sabrina lutte pour concilier sa double nature – mi-sorcière, mi-mortelle – tout en s’opposant aux forces du mal qui la menacent elle, sa famille et le monde des mortels. 
 
***
 
    C'est avec un retard impardonnable que l'on vient enfin donner notre avis sur la suite de cette série dont le revival de 2018 avait rencontré un certain succès ; mais puisque la saison se prête encore aux sorcières, c'est l'occasion ou jamais. Adaptée des comics homonymes, cette série est bien évidemment le reboot horrifique du célèbre personnage de sorcière de la franchise Archic comics, maintes fois adaptée à l'écran. La saison 1 avait grandement retenu notre attention par ses accents féministes, l'audace de ses intrigues et de sa mise en scène, son esthétique léchée, et les nombreuses références au cinéma d'horreur aussi bien qu'à la culture gothique. Autant dire qu'on avait très hâte de poursuivre l'aventure après l'épisode spécial Noël diffusé pendant l'hiver 2018...
 
 
     En s'inscrivant directement dans la continuité du Christmas Special (et de sa fin en suspens), cette seconde partie démarre sur les chapeaux de roues. Désormais plus investie dans sa vie de sorcière depuis qu'elle a signé le Livre de la Bête et qu'elle s'est convaincue qu'elle était potentiellement dangereuse pour ses amis mortels, Sabrina choisit d'embrasser pleinement sa destinée. L'adolescente ambitionne de marcher dans les pas de son père et brigue pour cela un poste de délégué à l'Académie des Arts Invisibles, poste jusque-là réservé aux garçons. Le père Blackwood ne voit pas d'un bon œil les ambitions de la jeune fille, lui qui s'échine parallèlement à renforcer la politique patriarcale de l’Église de la Nuit. Il s'avère justement que démons et ennemis s'en prennent sans discontinuer à Sabrina Spellman, qui demande conseil à Miss Wardwell pour se sortir de cette mauvaise passe... sans savoir que cette dernière est toujours en train de la manipuler pour accomplir les sombres desseins du Seigneur Obscur...


    Si la saison 1 avait immergé progressivement les téléspectateurs dans son univers, cette nouvelle salve d'épisodes se démarque par sa dynamique et sa vivacité : on baigne du début à la fin dans un univers occulte sujet à des rebondissements sans fin. Ce rythme très soutenu est directement lié à la psychologie des personnages et à leur évolution. Sabrina tente d'oublier sa vie de demi-mortelle en se convainquant du bien fondé de s'être tournée vers la magie définitivement, en y cherchant des compensations : elle se jette à corps perdu dans de nouveaux projets, bien décidée à acquérir un maximum de pouvoirs. Mais signer le Livre de la Bête, c'est aussi lui promettre allégeance : l'adolescente va l'apprendre à ses dépens et va se trouver contrainte de faire des choix entre l’obéissance qu'elle doit à Lucifer et les conséquences qui surviendront si elle lui résiste. Kiernan Shipka campe avec talent l'héroïne aux prises avec sa propre dualité, basculant sans cesse entre ombre et lumière, tiraillée perpétuellement. Cet axe narratif aux allures de cheminement initiatique nous révèlera petit à petit que tous les décisions et actes de Sabrina depuis le début de la série, savamment orientés par les sbires de Lucifer, visaient un accomplissement bien précis...
 
 
    Le scénario n'oublie pas le jeune âge de son héroïne et il ne fait aucun doute que cette dualité fait en réalité écho à la crise existentielle traversée par l'adolescente. Sabrina se révèle alors une héroïne réaliste dans sa personnalité, pleine de défauts qui la rendent d'autant plus humaine aux yeux du public. De façon générale, cette série continue de mettre en scène une jeunesse crédible dans sa diversité et ses questionnements (le personnage de Suzy, toujours, brille tout particulièrement). Quant au reste des personnages, on les retrouve avec grand plaisir, même si les aventures qui les attendent vont énormément les chambouler. Les fans (anciens et nouveaux) du couple Harvey/Sabrina devront par exemple faire le deuil, mais on fera davantage connaissance avec le ténébreux Nick Scratch. On appréciera de voir les Weird Sisters gagner en psychologie (notamment le personnage de Prudence, de plus en plus intéressante) et quant aux tantines, si elles restent fidèles à elles-mêmes, cette saison donnera à voir une Hilda capable de sortir les griffes pour protéger les siens.
 
 
    Du côté des méchants, on savoure les retrouvailles avec Miss Wardwell (aka Lilith, aka Madame Satan), l'antagoniste qui suscite toute notre sympathie malgré la mission qui lui est confiée. Michelle Gomez continue de lui prêter tout son charisme. On se réjouit par ailleurs, après une confrontation qu'on vous garantit homérique avec Sabrina, de la voir progressivement changer son fusil d'épaule pour aller elle aussi botter les fesses du patriarcat satanique. Enfin, concernant Lucifer himself, il faut se préparer à quelques... séduisantes surprises dans les ultimes épisodes de cette seconde partie.


    On en parlait plus haut, la saison 1 avait rapidement montré sa "patte" en jouant la carte des easter eggs via les nombreuses références à la littérature gothique ou au cinéma d'horreur, mais aussi à la culture biblique sur laquelle elle fondait en toute pertinence l'histoire de sa sorcellerie. Les clins d’œil à la culture horrifique sont moins présents dans cette seconde partie, mais on en recense quelques-uns : l'une des enseignantes de l'Académie des Arts Invisibles se nomme par exemple Shirley Jackson, du nom de la célèbre romancière gothique américaine, et le bar de l'Académie est tenu par Dorian Gray, tout droit sorti du roman d'Oscar Wilde. Le season finale nous invite également à un bal satanique au cours duquel Sabrina chante Masquerade, chanson du célèbre musical Le fantôme de l'Opéra, dont les paroles sont loin d'être anodines. Du côté des allusions à la culture historique ou biblique, outre le cheminement (ou chemin de croix?) de Sabrina qu'on vous laisse le soin de découvrir, on en apprend plus sur les arcanes politiques de l’Église de la Nuit ainsi que sur l' Antipape qui siège au Vatican. On croisera également des chasseurs de sorcières de descendance céleste aux allures faussement inoffensives de missionnaires... Cela donnera cependant des personnages et un arc narratif un peu too much, pas vraiment la meilleure idée du scénario, donc.
 

 
    La série s'offre cependant quelques références très intéressantes aux pratiques païennes ancestrales : les rites du coven, liés au cycle des saisons, évoquent les fêtes des temps anciens, notamment de l'Antiquité. C'est le cas avec le troisième épisode et ses Lupercales, festivités érotiques héritées du culte éponyme romain. Ces Lupercales sont par ailleurs précédées dans la série d'une célébration destinée à former des couples par le biais d'une danse autour d'un Arbre de Mai, rite de fécondité qui se faisait autrefois sur le vieux continent, et qu'on croise quelques fois dans les fêtes traditionnelles outre-Manche. Outre ces éléments qui donnent réellement du corps à la série en enrichissant sa mythologie, on notera quelques clins d’œil à la Sabrina version comics et à la sitcom des années 90. La scène, en tout début de saison, de Sabrina changeant de tenue devant son miroir évoque ainsi volontairement le générique de la précédente série avec Melissa Joan Hart. Quant au blond peroxydé de ses cheveux et au bandeau qu'elle porte depuis qu'elle a signé le Livre de la Bête, ils font directement référence à la Sabrina du comic strip de 1960...
 


En bref : Une nouvelle saison menée tambour battant ! Beaucoup plus rythmée (presque trop, peut-être ?) que la précédente, cette seconde partie portée par un casting et des personnages forts continue de nous régaler de son univers occulte. La série réussit encore une fois à évoquer quelques thèmes d'importance avec pertinence (l'adolescence, l'inclusion, la place de la femme...) sans oublier d'être un divertissement fantastique de grande qualité. On se demande bien ce que le scénario va trouver à raconter dans sa saison suivante...

dimanche 7 novembre 2021

Sale temps pour les sorcières (Agatha Raisin enquête #9) - M.C. Beaton.

Agatha Raisin and the witch of Wyckhadden
, St Martin's press, 1999 - Editions Albin Michel (trad. de A.Juste-Thomas), 2018.

    Traumatisée après qu’une coiffeuse rancunière l’a shampouinée à la crème dépilatoire, Agatha Raisin se réfugie incognito dans un hôtel de la côte en attendant que sa chevelure repousse. N’ayant plus rien à perdre, elle consulte également une sorcière réputée pour ses talents. Miracle, la magie opère, mais pour peu de temps, car la sorcière est retrouvée assassinée … Agatha renoue aussitôt avec ses réflexes de détective, aidée par l’inspecteur Jimmy Jessop, ensorcelé par ses charmes. À moins que ce ne soient les effets du philtre d’amour qu’Agatha a acheté à la pauvre sorcière ?
 
    Avec plus de 350 000 exemplaires vendus, Agatha Raisin, l’héritière très spirituelle de Miss Marple version rock, a imposé sa personnalité loufoque et irrésistible. Vous reprendrez bien un peu de Worcestershire sauce dans votre thé ?
 
***
 
    Oui, on sait : Agatha Raisin, ce n'est pas vraiment Agatha Christie. Mais reconnaissons à l’inénarrable M.C.Beaton d'avoir ouvert la voie (dans l'hexagone, tout du moins) aux nombreux auteurs de cosy mysteries, sans lesquels le monde serait décidément bien triste. Plaisir coupable assumé, une enquête d'Agatha Raisin, c'est l'assurance de passer quelques heures de réjouissante lecture. Alors quand le tome suivant sur notre "liste à lire" parle de sorcières, il devient impératif de le mettre à l'honneur à la saison d'Halloween.
 

"— L'air est un peu plus doux en bord de mer, mais pas tant que ça.
 — C'est sérieux votre histoire de neige? demanda Agatha en se garant.
 — Un fond froid provenant de Sibérie.
 — C'est toujours de la faute de la Sibérie, ronchonna Agatha. Qu'ils se les gardent leurs foutus fronts froids.
 — La raison pour laquelle ils nous les envoient, c'est qu'ils savent que nous aimons nous plaindre du temps qu'il fait. C'est le sujet de conversation préféré des Britanniques, après tout.
- Ça et les meurtres."
 
    Après les déboires occasionnés par sa dernière enquête dans le milieu de la coiffure, Agatha se réfugie hors saison dans l'hôtel décrépi d'une station balnéaire vide de monde, en attendant de pouvoir reparaître en public avec une chevelure digne de ce nom. Il s'avère rapidement que les autres clients de l'établissement, que notre héroïne qualifie tous de "vieux schnocks", logent là à l'année et passent d'interminables soirées à jouer au scrabble. Bien obligée de s'occuper pendant ce séjour forcé, Agatha se joint à eux et apprend rapidement l'existence d'une "sorcière" qui vend dans sa maison en ville charmes et remèdes contre rétribution. Bien décidée à retrouver un carré de cheveux bien fourni au plus vite, la caractérielle quinquagénaire consulte la prétendue magicienne pour obtenir une lotion miraculeuse... et en profite pour lui acheter un filtre d'amour. Après tout, si les recettes fonctionnent, elle pourra envisager de les faire breveter pour le marché. Mais très vite, les choses s'accélèrent : la sorcière est retrouvée assassinée, on s'introduit par effraction dans la chambre d'Agatha, et cette dernière devient suspecte du meurtre. Assistée de l'inspecteur Jimmy Jessop, un veuf qui n'est pas insensible au charme de la détective, Agatha reprend du service...
 

 
 "Il y avait un autre représentant de la gent masculine, un homme de petite taille, l'air grincheux et le dos voûté. Puis deux femmes, plus toutes jeunes, une grande gigue d'allure masculine, vêtue de tweed, et une petite, chétive, avec une tête de lapin.
Vivement la légalisation de l'euthanasie, pensa Agatha avec aigreur."

    On commençait à tourner un peu en rond dans cette série : si on adore le décor de Caresly et son petit microcosme aussi charmant que meurtrier, on a aimé prendre le large à l'occasion de ce neuvième opus. Malgré tous les défauts qu'on peu reprocher aux ouvrages de M.C.Beaton, reconnaissons-lui le talent de restituer à merveille l'atmosphère de cette petite ville côtière fatiguée battue par les vents et inondée par les pluies d'Automne. Une ambiance parfaite pour une histoire de sorcière ! Le quotidien à l'hôtel, quasi vide et dont on imagine sans peine le décor un peu fané, est aussi raconté de façon très évocatrice : les interminables soirées de scrabble et les journées qui semblent se répéter à l'infini en compagnie des mêmes personnes... Heureusement qu'Agatha vient mettre le pied dans la fourmilière !
 

 
" Agatha avait brusquement compris pourquoi les hommes d’une cinquantaine d’années s’épanouissaient en jean, boots et blouson de cuir à la recherche d’une minette à exhiber. Elle marchait beaucoup, bien décidée à perdre du poids et à rester en forme.
Dans la salle à manger du Garden, il lui avait suffi d’un regard sur les autres clients pour envisager un lifting !"

    Outre l'enquête, correcte sans être particulièrement mémorable, et l'excellent décor qui renouvelle un peu la série, c'est la galerie de personnages rencontrés qui fait l'intérêt de ce titre : les clients de l'hôtel (un colonel à la retraite, des vieilles filles, un artiste...), dans cette atmosphère de huis clos, nous rappellent un bon whodunit à l'ancienne qu'Agatha viendrait dépoussiérer de sa délicatesse d'éléphant dans un magasin de porcelaine. L'écart entre le contexte désuet et cette héroïne qui dégomme tout sur son passage créé encore une fois le comique qu'on aime dans cette série, même si certaines longueurs nous font parfois regretter l'adaptation télévisée de ce tome, dont les libertés du scénario avaient fait une bien meilleure intrigue. On en retient cependant l'excellente scène de table tournante, un élément inconditionnel de nos bons vieux polars anglais que la romancière ne pouvait s'empêcher de détourner...
 


"Ils prirent place autour de la table. « C’est bigrement excitant, dit le colonel. Si ça ressemble à un ectoplasme, ce sera probablement notre Agatha qui fume en douce. » Tous éclatèrent de rire, sauf Agatha qui rétorqua sèchement : « Ça fait des lustres que je n’ai pas allumé de cigarette. J’ai arrêté de fumer"

En bref : Dans le décor évocateur d'un vieil hôtel de station balnéaire en plein Automne pluvieux, M.C. Beaton s'amuse des codes du polar à l'ancienne qu'elle dynamise grâce à son héroïne aussi délicate qu'un tractopelle. On ne s'en lasse pas, même quand on prétend vouloir décrocher...

mercredi 3 novembre 2021

Magic Lessons - Alice Hoffman.

Simon & Schuster, 2020.
 
    Depuis des siècles, les femmes de la famille Owens sont maudites : tout homme qui tombe amoureux d'une femme Owens meurt.
 
    Tour commence avec un bébé abandonné en pleine campagne anglaise enneigée, dans les années 1600. La douce Hannah Owens le prend sous son aile et, au fur et à mesure que l'enfant grandit, Hannah enseigne à la petite Maria les "Arts Invisibles". Maria a manifestement un don – un don qui pourrait bien causer sa perte.
    Quand Maria est abandonnée par l'homme qu'elle aime, elle invoque une malédiction qui hantera sa famille pour les siècles à venir. Parce que la magie a ses règles, et qu'elles doivent être respectées.
 
Un préquel au livre Les Ensorceleuses, le roman encensé par des millions de lecteurs.
 
***
 
    Il y a 25 ans, Alice Hoffman, romancière américaine déjà encensée par la critique, publiait son grand best-seller Practical Magic. Publié en France chez Flammarion sous le premier titre de Drôles de meurtres en famille, Practical Magic est passé à la postérité en 1998 grâce à l'adaptation cinématographique de Griffin Dunne avec Sandra Bullock et Nicole Kidman, connue en France sous le titre Les ensorceleuses. Devenu culte avec le temps, ce film a suscité un engouement inattendu et un intérêt inaltérable pour le roman d'origine, au point d'inciter Alice Hoffman à imaginer une nouvelle histoire. En 2017, alors que ses nombreux fans réclamaient une suite aux aventures des sœurs Owens, elle créait la surprise avec The Rules of Magic, préquel qui se concentrait sur la jeunesse des Tantes Jet et Frances, personnages secondaires adorés de tous. Surpassant presque Practical Magic, The Rules of Magic rencontrait un succès mérité et avait laissé penser à tous que la boule était désormais bouclée.
 
« Elles venaient d'une longue lignée de femmes dont le sang devenait noir dans la neige, qui pouvaient soigner ou blesser par les mots ou les plantes, qui savaient communiquer avec les oiseaux et les abeilles, capables de changer le temps, et qui étaient aussi craintes que respectées par leurs voisins. »

    Mais Alice Hoffman n'avait pas dit son dernier mot : l'an dernier, elle publiait un tout nouvel opus de la désormais bien nommée "Saga des Owens", toujours pas une suite mais de nouveau un préquel remontant cette fois aux origines de la famille. Magic Lessons raconte en effet l'histoire de Maria Owens, l'ancêtre évoquée à maintes reprises dans les précédents romans, jugée pour sorcellerie dans les années 1600 et responsable de la malédiction qui condamne les femmes Owens à voir périr les hommes qui auront la faiblesse de les aimer. Le film de 1998 s'ouvrait par ailleurs sur la scène de sa mise à mort, déjouée par un mystérieux coup du sort (!) : la corde censée la pendre se rompait, la laissant libre de poursuivre sa destinée et... la dynastie des Owens. Dans les précédents romans, on apprenait de Maria qu'elle avait été repoussée par le père de sa fille, un homme influent du Massachusetts qu'on découvrait plus tard être le chasseur de sorcières à l'origine de sa condamnation. Y avait-il encore matière à écrire sur Maria Owens ? Oui, et Alice Hoffman nous le prouve...
  
« Il est toujours plus facile de lire l'avenir d'autrui que le sien. Même quand vous gardiez les yeux grands ouverts, le monde pouvait vous surprendre. »
 
    L'histoire commence dans la campagne anglaise, au cœur de l'hiver : Hannah Owens, guérisseuse vivant à l'écart d'un monde qui malmène les femmes comme elle, découvre un bébé abandonné dans les bois. Très vite, il s'avère que la fillette, qu'elle baptise Maria, détient certaines prédispositions similaires aux siennes : les oiseaux se perchent sur son berceau, l'argent noircit entre ses doigts et elle flotte à la surface de l'eau sans avoir à nager ni à craindre la noyade. A l'ombre de la forêt, Hannah enseigne son savoir à Maria, qui consigne charmes, sorts et remèdes dans son propre grimoire. Lorsque Rebecca, une inconnue, se présente un soir à la porte d'Hannah pour défaire un sort amoureux qui aurait mal tourné, Maria comprend qu'elle est intimement liée à cette femme. A ses trousses, un lord froid et sanguinaire qui entraine la mort d'Hannah et la fuite de Maria. L'Angleterre devient en effet un territoire dangereux pour les personnes comme elle, aussi part-elle vers le Nouveau Monde en quête d'un ailleurs plus accueillant. D'abord réfugiée sur Curaçao, île des Antilles colonisée successivement par l'Espagne et les Pays-Bas, Maria devient domestique et poursuit son apprentissage auprès des praticiennes du Vaudou. Chez son maître, elle rencontre un jour un des invités de marque, John Hathorne, et se persuade qu'il est l'homme de sa vie, celui qu'elle a vu un jour apparaître dans un miroir d’obsidienne censé lui révéler l'avenir. Lorsqu'il abandonne Maria, enceinte, à la suite de quelques semaines de passion, cette dernière embarque pour le Massachusetts à la poursuite de l'homme qu'elle aime. Elle le retrouve à Salem, et apprend qu'il est un des juristes les plus investis dans la chasse aux sorcières qui sévit dans la contrée..
 
L’exécution de Maria Owens dans le film de 1998.

« Une femme solitaire qui savait lire et écrire était suspecte. Les mots avaient un pouvoir ; on ne faisait pas confiance aux livres. Ce que les hommes ne pouvaient comprendre, ils voulaient le brûler. »


    Brillant, bouleversant, émouvant... les superlatifs nous manquent pour qualifier ce roman. Alice Hoffman, conteuse hors pair du Magic Realism, reconstitue la vie de Maria Owens en élaborant autour des quelques éléments que nous tenions du film et des précédents romans de nouvelles pièces de puzzle qui s'imbriquent parfaitement entre elles. Reconnaissons-le : construire un préquel dont la trame n'était pas pensée à l'écriture du premier roman relevait déjà d'un véritable défi ; en imaginant ce second antépisode, la romancière affirme une fois encore son inégalable talent. La tension dramatique, les rouages du destin et la logique de l'intrigue sont bel et bien là, comme si cette histoire jamais contée attendait d'être retranscrite depuis des années.
 
Paysage de Salem par A.Bierstadt.

    « — Tu ne peux pas tomber amoureux de moi, expliqua Maria à Samuel.

    — Si tu insistes, je prétendrais que je ne le suis pas.
    Le beurre dans le plat posé sur la table avait déjà commencé à fondre, signe que quelqu'un dans cette maison était en train de tomber amoureux. »

    Ainsi, on découvre dans quelles circonstances Maria a rencontré et aimé celui qui causerait sa perte, on apprend pourquoi la corde qui devait la pendre s'est rompue le jour de son exécution, et on assiste, en clin d’œil aux flashbacks racontés dans Les Ensorceleuses, à l'édification de la grande maison des Owens sur Magnolia Street, à la lumière laissée allumée sous le porche pour guider les âmes égarées en quête d'un charme ou d'un remède. Les destins des Owens d'un livre à l'autre et des intrigues déjà lues se répondent dans un écho qui tient le lecteur en haleine jusqu'à la dernière ligne. 
 
Femme arrêtée pour sorcellerie à Salem au XVIIème siècle.

« Certaines personnes devenaient fragiles à force d'avoir été malmenées, d'autres s'en sortaient plus fortes, et d'autres encore combinaient les deux et se révélaient dangereuses, même si la personne en question est une jeune fille qui vient tout juste de fêter ses douze ans. 


    Dans son précédent roman, Alice Hoffman avait mis en lien la révolution sexuelle et les mouvements féministes de 68 avec la jeunesse des Tantes Owens et l'avènement de leurs pouvoirs comme l'héritage de l'ancienne sorcellerie, l'affirmation de ces femmes indépendantes et différentes. Magic Lessons est l'occasion de retourner à la genèse de la sorcellerie dans la culture des Etats-Unis en recontextualisant le parcours de Maria dans l'affaire bien connue des Sorcières de Salem. Le scénario d'Alice Hoffman, qui s'enracine dans cette part de l'Histoire américaine et qui rappelle ces centaines de femmes malmenées par la société patriarcale dessine un propos évidemment pertinent, particulièrement en lien avec l'actualité. Le voyage de Maria, véritable odyssée, est également sujet à aborder l'intolérance religieuse, la colonisation et l'asservissement des peuples anciens aux fondements des États-Unis d'Amérique.
 

« Dans un monde fondé sur le meurtre, il y aurait toujours de la cruauté, et ce malgré la beauté du paysage et de l'océan. »


    Magic Lessons met en scène une femme de savoirs et de clairvoyance confrontée à l'intolérance de son époque et qui tente de trouver sa place dans le monde. Entre les voies toutes tracées prévues par le destin et celles qu'elle décidera d'emprunter, Maria rencontrera des personnages qui ne laisseront jamais le lecteur indifférent et qui donneront à méditer sur l'amour, l'humanité, et le sens que l'on choisit de donner à sa vie.

« Il y a des leçons à retenir. Boire du thé à la camomille pour apaiser un esprit tourmenté. Nourrir un rhume et affamer la fièvre. Lire autant de livres que vous le pourrez. Toujours choisir le courage. Ne jamais regarder une autre femme brûler. Savoir que l'amour est la seule et unique réponse. »

 
En bref : La petite et la grande Histoire se croisent et s'entrecroisent avec la fiction dans les pas de Maria Owens, à la rencontre de personnages dont l'humanité résonnera dans le cœur du lecteur longtemps après avoir refermé ce livre. Au fil du voyage et des remèdes issus des pages du grimoire de Maria, Alice Hoffman tisse dans Magic Lessons les origines de la famille Owens, dynastie de femmes fortes et combatives. Toujours juste, porté par une prose magnifique, ce roman se savoure en attendant la lecture de The book of Magic, quatrième et dernier roman de la saga, qui nous ramènera cette fois à notre époque pour y retrouver Gillian et Sally Owens...
 
 
 
Et pour aller plus loin...

dimanche 31 octobre 2021

Happy Halloween from the Spellman mortuary...


    Approchez, approchez, amis lecteurs, amis des esprits frappeurs. Nous vous l'avions promis au début du mois : les festivités de cette année se feraient à Greendale, petite ville de l'Amérique profonde, baignée de légendes païennes et connue pour ses célèbres procès en sorcellerie. Une petite ville tout ce qu'il y a de plus ordinaire en apparence, mais comme figée dans le temps, si bien qu'il est parfois difficile de dire à quelle époque elle appartient réellement...
 
    Une fois que vous aurez traversé les rues de cette délicieuse bourgade où Halloween se fête toute l'année, empruntez le sinueux chemin noir qui longe la forêt et qui vous conduira jusqu'en bordure de la ville. Dans la pénombre, vous distinguerez au loin la silhouette biscornue d'une sombre demeure percée de trous de lumière et dont le chemin est jalonné de citrouilles grimaçantes. Une enseigne en bois se balance en grinçant, indiquant que vous êtes arrivés à destination...
 
    
    La maison mortuaire des Spellman ! Poussés par le vent, laissez-vous porter dans une soudaine envolée de feuilles mortes jusqu'au perron de l'étonnante maison aux sept pignons. Serpentez entre les tombes et gagnez le porche, décoré de potimarrons creusés et envahi de plantes grimpantes aux couleurs automnales...
 
    Poussez la porte et découvrez ce manoir aux étranges proportions et à l'atypique décoration : tentures de velours et mobiliers gothiques se disputent l'espace avec meubles en formica et artefacts divers. Rendez-vous dans le salon octogonal, trésor architectural de bizarrerie consacré au repos (certainement éternel) des âmes qui s'y installent confortablement pour un tea time ou une soirée de lecture à la lumière d'une lampe Tiffany...
 
Plan de la Maison mortuaire des Spellman
 
    Admirez tout d'abord le choix audacieux de la tapisserie : un papier-peint à motifs de Gibson Girls, du nom de Charles Gibson, illustrateur satirique américain qui avait donné son patronyme à cet archétype de la femme de 1900 à la silhouette corsetée et au chignon gonflé. Parmi ces centaines de ladies sérigraphiées sur le mur, qui sait si l'une d'entre elles n'est pas en train de vous espionner...
 
 
    Bien qu'appréciant les objets vintage ou particulièrement datés, les Spellman sont depuis longtemps passés à l'électricité. Comment expliquer, alors, la présence de cette imposante bougie rouge de confection traditionnelle ? Un sortilège amoureux serait en cours de préparation que cela ne nous étonnerait qu'à moitié... n'entendez-vous pas les noms d'amoureux transis flotter dans l'air ? Il nous semble que ceux d'Harvey et Sabrina résonnent tout particulièrement à nos oreilles...


     Ah, on dirait que les Spellman sont amateurs d'Art : un Goya est suspendu au mur, rien que ça ! Mais pas n'importe quel Goya. Nous pourrions mettre notre main à couper que le tableau a pour importance première la thématique de cette scène, puisqu'il s'agit d'un sabbat, la fête des sorcières par excellence. De l'Art, oui, mais de l'Art satanique ! D'ailleurs, n'est-ce pas aussi Sabbat, ce soir ? Qui sait si le Seigneur Obscur ne vous fera pas l'immense déshonneur de vous apparaître dans les flammes de la cheminée pour célébrer Samain... à moins qu'il ne soit occupé en pleine forêt de Greendale pour le baptême obscur de nouvelles recrues...
 

    Une sonnerie stridente retentit, vous faisant sursauter par la même occasion. Ce n'est que le téléphone des Spellman, une antiquité à cadran digne d'un musée. Vous décrochez, ne serait-ce que pour le soulagement de le faire taire ; mal vous en a pris : on vous apprend plusieurs décès, et voilà qu'on passe commande de cercueils et de pierres tombales !!! Une mauvaise blague d'Halloween ? Certainement pas : rappelez-vous que la maison d'habitation des Spellman est aussi... une morgue ! Ce n'est ni plus ni moins que la ligne professionnelle que vous venez de décrocher...
 

    Vite, il faut vous remettre de vos émotions : un thé vous fera le plus grand bien. Justement, il faut croire que tante Hilda l'avait tout spécialement préparé pour vous, car son service en porcelaine Royal Albert, attestant des souches britanniques de la famille, vous attend, joliment dressé pour le goûter. Vous vous servez une tasse d'un liquide sombre délicieusement parfumé aux amandes, vous rappelant juste à temps qu'il arrive aux deux tantes de s'entretuer gaiement, et qu'il ne serait dès lors pas impossible qu'il s'agisse là du délicat fumet du cyanure...


    Une autre odeur vient vous chatouiller les narines : une fumée grise et piquante s'échappe de l'extrémité grésillante d'une cigarette abandonnée au bord du plateau. Montée sur un élégant fume-cigarette, elle appartient très certainement à la distinguée et sophistiquée (mais aussi un peu effrayante) tante Zelda. Prenons garde à ne pas y toucher, il ne faudrait pas réveiller la colère de l'aînée des sœurs Spellman...


    Poussons ensemble la visite jusqu'à la cuisine, afin de nous remettre de nos émotions en nous remplissant l'estomac. Hilda a l'habitude d'y confectionner de délicieux pancakes, gâteaux de crêpes et bocaux de lemon curd. Il semble cependant que les placards soient vides, ce soir... il ne reste qu'une appétissante pomme rouge. Vous et moi raffolons des pommes, mais rappelez-vous : nous sommes chez des sorcières, et ce ne peut-être qu'un Malum Malus, un fruit ensorcelé pour voir l'avenir en une seule bouchée...

 

    Un feulement vous fait sursauter : un chat noir vient de surgir de nulle part et, dans une posture menaçante, semble vouloir vous avertir du danger qu'il y aurait à croquer dans le fruit défendu. Voilà bien sûr Salem, familier de Sabrina, la dernière des Spellman et grande sorcière en devenir. L'animal - pardon, le gobelin sous forme animale - se radoucit et réclame même en ronronnant quelques caresses...

    Le manoir des Spellman serait donc désert ? Rappelons-nous une fois encore que nous sommes aujourd'hui une date particulière : la famille a probablement mis les voiles pour la clairière où Samain se prépare. A moins que les tantines, Sabrina et son cousin Ambrose ne soient partis sauver Greendale une fois encore d'une sombre menace qui se prépare depuis les feux de l'Enfer, ou de quelque sortilège lancé par Lilith, mère des démons et première sorcière de l'Histoire ? Rien n'est moins sûr...
 

    Il ne nous reste donc plus qu'à nous installer au salon et piocher dans la bibliothèque familiale afin d'occuper notre soirée. C'est que nous allons devoir jouer les prolongations dans les festivités, si nous voulons rattraper un peu le retard pris sur notre planning de lectures et de publications initial ! Novembre vous réserve encore quelques ensorcelantes découvertes, alors prenez un livre vous aussi et rejoignez-nous dans le sofa devant la cheminée.
 

    Étrange cheminée, par ailleurs : il semblerait que courges et autres cucurbitacées soient tombées du conduit pour venir s'entasser dans l'âtre. Étranges citrouilles également, ne trouvez-vous pas ?


Bref, il semble plus que jamais que ce soit le moment de vous souhaiter un...
 

Happy Halloween !




Et pour aller plus loin...

dimanche 17 octobre 2021

Gourmandise littéraire : Love Potion N°9 (infusion ensorcelante).


    Il y a quatre ans, le blog célébrait le grand retour des Dames Owens avec The Rules of Magic, préquel tant attendu du best-seller Practical Magic / Les ensorceleuses. Pour l'occasion, outre nos festivités du 31 dans le décor du célèbre manoir des Tantes Owens, nous avions largement mis à l'honneur la cuisine et les gourmandises issues de l'univers d'Alice Hoffman et/ou présentes dans l'adaptation cinématographique du roman : Margaritas de Minuit, Pancakes saguaro et sirop de Nigelle, ou encore la recette du gâteau au chocolat sans farine des Owens... Si cet Halloween 2021 met à l'honneur une autre famille de sorcières non moins célèbre (J'ai nommé les Spellman), nous refusons de nous interdire quelques clins d’œil aux romans d'Alice Hoffman, surtout quand le 4ème opus du cycle de Practical Magic, The Book of Magic, vient de paraître cette semaine. Nous vous invitons donc à partager une potion tout droit sortie du grimoire d'Isabelle Owens, la tante de Jet et Frances, que nous rencontrons dans The Rules of Magic.
 

    Alors que Jet et Frances "Franny" (que l'on connaîtra plus tard comme les grands-tantes de Sally et Gillian) ont quitté leur New York natal pour un séjour au contact de leurs racines dans la grande demeure familiale des Owens, elles font la connaissance de leur parente Isabelle, personnalité fantasque qui leur enseigne les arts invisibles. Tous les soirs, voisins et âmes égarées viennent toquer à la porte de la cuisine pour quémander soins, charmes et autres sortilèges que découvrent les deux sœurs au fil d'un long apprentissage. Les sortilèges amoureux sont bien évidemment les plus demandés, et les Owens en connaissent de toutes sortes... Pas aussi dangereux que le philtre d'amour n°10 (que l'on découvrira dans le 3ème opus, Magic Lessons), et pas aussi étrange que le sortilège nécessitant un cœur de colombe, le philtre d'amour n°9 (Love potion N°9) s'apparente à une infusion somme toute très classique... 
 

"Pour les femmes qui désiraient un enfant, il fallait accrocher du gui au-dessus du lit. Si ça ne fonctionnait pas, elles devaient faire neuf nœuds à une corde bien solide, la bruler et manger les cendres afin de concevoir. Il était conseillé de porter du bleu pour la protection. Les pierres de lune étaient utiles pour communiquer avec les vivants, et les topazes pour communiquer avec les morts. Le cuivre, sacré pour Vénus, pouvait rappeler un homme à vous, et une tourmaline noire avait le pouvoir d'effacer la jalousie. Quand elle se transformait en amour, il fallait se montrer prudent. Brûlez de la flamme d'une bougie un objet appartenant à l'homme que vous aimez, ajoutez des aiguilles de pin et des fleurs de souci, et il sera à votre porte le lendemain matin, raison pour laquelle vous devez être certaine de le désirer sincèrement. Le philtre d'amour le plus basique et le plus fiable était composé d'anis, de romarin, de miel et de clou de girofle qu'on avait fait bouillir pendant neuf heures sur le brûleur arrière d'un vieux poêle. Il avait toujours coûté 9,99$, raison pour laquelle il s'appelait "philtre d'amour n°9" et fonctionnait mieux à la neuvième heure du neuvième jour du neuvième mois."
 
The Rules of Magic, Alice Hoffman, 2017.
 

    Des ingrédients on ne peut plus courants pour une potion on ne peut plus facile à concocter. Si elle ne vous permet pas de trouver l'amour, il y a des chances pour que notre version (qu'on ne fait pas bouillir aussi longtemps et qu'on peut boire à n'importe quelle heure de n'importe quel jour de n'importe quel mois de l'année) déborde néanmoins de nombreux bienfaits.
    En tisane, le romarin favorise la digestion et l'élimination des graisses, mais diminue aussi les risques de calculs rénaux. L'anis étoilé est un antibactérien naturel qui redonne de l'énergie et qui apaise les vomissements générés par le stress. Enfin, le clou de girofle est un antiseptique, anti-inflammatoire, digestif et même un anesthésiant, rien que ça !
    Anecdote amusante : Love potion N°9, c'est aussi une célèbre chanson des sixties et le titre d'un film fantastique avec... Sandra Bullock, qui interpréta également Sally Owens dans le film Practical Magic / Les ensorceleuses...


Ingrédients (pour 4 personnes environ) :

- 800 mL d'eau
- 2 branches de romarin
- 10 anis étoilées
- 10 clous de girofle
- 1 grosse cuillère à soupe de miel

A vos chaudrons !

- Verser l'eau dans une casserole, puis ajouter tous les ingrédients.
- Porter le mélange à ébullition puis retirer du feu.
- Laisser infuser une à deux minutes.
- Filtrer pour servir.
 

A savourer chaud, pour attirer l'être aimé... (ou juste pour digérer).