vendredi 26 février 2016

84, Charing Cross Road - Helene Hanff

84, Charing Cross Road, Avon Books, 1970 - Editions Autrement, 2001 - Editions Le livre de poche, 2011.

  Par un beau jour d'octobre 1949, Helene Hanff s'adresse depuis New York à la librairie Marks & Co., sise 84, Charing Cross Road à Londres. Passionnée, maniaque, un peu fauchée, extravagante, Miss Hanff réclame à Frank Doel les livres introuvables qui assouviront son insatiable soif de découvertes. Vingt ans plus tard, ils s'écrivent toujours et la familiarité a laissé place à l'intime, presque à l'amour. Drôle et pleine de charme, cette correspondance est un petit joyau qui rappelle avec une délicatesse infinie toute la place que prennent, dans notre vie, les livres et les librairies. Livre inattendu et jamais traduit, 84, Charing Cross Road fait l'objet, depuis les années 1970, d'un véritable culte des deux côtés de l'Atlantique.

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  "84, Charing Cross Road fait partie de ces livres culte que l'on se prête entre amis, transformant ses lecteurs en autant de membres d'une même société secrète." disait un journaliste du Newsweek. C'est exactement ça. Car 84 Charing Cross Road, c'est ce petit ouvrage qu'on découvre totalement par hasard et qui nous fait l'effet d'une bombe inattendue, avant d'apprendre qu'il s'agit d'un classique connu et reconnu. Reconnu mais discret, connu de cercles de happy few amoureux de l'objet-livre, mais où il fait toujours l'unanimité.


"J'adore les livres d'occasion qui s'ouvrent d'eux-mêmes à la page que leur précédent propriétaire lisait le plus souvent."

"J'adore les dédicaces sur les pages de garde et les notes dans les marges, j'aime ce sentiment de camaraderie qu'on éprouve à tourner les pages que quelqu'un d'autre a déjà tournées, à lire les passages sur lesquels quelqu'un, disparu depuis longtemps, attire depuis mon attention."

  L'histoire a tout de la parfaite fiction épistolaire, à ceci près qu'elle n'est pas une fiction. Lorsque l'on tient 84 Charing cross road, on a entre les mains la véritable correspondance entre Helene Hanff, scénariste et "scribouillarde" américaine, et Franck Doel, libraire à Londres. Une amitié épistolaire totalement inattendue entre deux personnes que l'on croirait aux antipodes l'une de l'autre. Et pourtant, entre la New Yorkaise truculente au franc-parlé typiquement américain et à la désinhibition naturelle, et le très discret libraire londonien tout en retenue et en pudeur, une vraie rencontre se créé. 

"Je me souviens, il y a des années, un type que je connaissais m'a dit que les gens qui vont en Angleterre y trouvent exactement ce qu'ils sont venus y chercher. Je lui ai dit que j'irai y chercher l'Angleterre de la littérature anglaise, il a hoché la tête et il a dit : "Elle y est bien.""


" je ne savais pas que toucher un livre pouvait donner tant de joie" 
Helene Hanff
  Cette correspondance, qui nait d'une recherche hasardeuse d'ouvrages classiques d'occasion (Helene Hanff se plaignait en effet de ne trouver aucun vrai classique anglais à un prix raisonnable aux Etats-Unis), se poursuit grâce à un amour commun pour les livres, et aussi le même humour vif qui semble réunir les deux protagonistes. Au fil des lettres tantôt enlevées et vives d'Helene et des missives posées et élégantes de Franck, on entrevoit aussi en parallèle toute l'évolution historique et sociale de l'Amérique et de l'Angleterre. D'ailleurs, prise d'un vif attachement pour tout le personnel de la librairie anglaise avec laquelle elle correspond, Helene Hanff ira même jusqu'à leur envoyer d'énormes colis de nourriture, car scandalisée par le rationnement imposée au peuple britannique. Ce geste complètement désintéressé étendra l'échange épistolaire à tout un petit cercles de londoniens reliés à la librairie, et avec lesquels même le lecteur se sent devenir intime.

"Je vais me coucher, je vais faire d'affreux cauchemars plein de monstres énormes portant toges de professeur et grands couteaux de boucher tout ensanglantés avec marqué dessus : Extrait, Sélection, Passage, Abrégé."

Le réel Franck Doel et sa famille.

"Un livre comme ça, avec sa reliure en cuir luisant, ses titres dorés au fer, ses caractères superbes, serait à sa place dans la bibliothèque lambrissee de pin d'un manoir anglais ; on ne devrait le lire qu'assis dans un élégant fauteuil en cuir, au coin du feu - pas sur un divan d'occasion dans un petit studio minable donnant sur la rue et situé dans un immeuble en grès brun délabré."

  Même le dénouement, pourtant celui-là aussi des plus véridiques, aura son côté romanesque, quoi qu'infiniment triste. Mais à travers ce joyau d'humanité, d'altruisme et d'humour transculturel, les protagonistes de 84 Charing Cross Road resteront immortels et continueront d'agrandir leur cercles d'adeptes et de lecteurs passionnés à travers le monde.

En conclusion : Un récit intime et très émouvant à découvrir, relire et faire connaitre sans modération. Une histoire profondément humaine au-delà des cultures et des générations, qui se veut une très belle déclaration d'amour à la passion des livres et des librairies.

La librairie Marks & Co, au 84 Charing Cross Road.


Et pour aller plus loin:


-Allez visionner le film adapté du livre, avec Anne Bancroft et Anthony Hopkins, tous les deux merveilleux dans les rôles principaux.

4 commentaires:

  1. Drôle de bonne femme, cette Hélène Hanff qu'on devine débordante d'animation, il fallait sans doute tout le flegme d'un libraire anglais pour répondre à sa soif de livres. A l'heure de Sk*pe, Faceb**k et Amaz*n, il est bon et triste de se replonger dans un monde disparu, où l'on écrit pour passer une commande, et qu'on attend un paquet acheminé par bateau, et qu'on ne verra jamais son correspondant.

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    1. A lire ses lettres, on imagine une femme explosive comme une tornade qui devait avoir une soir toujours inassouvie de lecture! Et comme tu dis, il y a quelque chose de rafraichissant à se plonger dans cette correspondance d' une époque ou tout était plus sincère, plus simple et fondamental :-)

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  2. J'avais beaucoup aimé ce livre, ainsi que son adaptation au théâtre. Mais j'ai encore plus aimé la suite, "La duchesse de Bloomsbury Street" ! :-)

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    1. J' ai entendu parler d' une mise en scène française récente de la pièce, j' aurais adoré la voir! Ton commentaire me fait penser qu'il faut que je lise la duchesse de bloombury Street, afin de retrouver Helene telle qu'on la quitte à la fin de ce premier livre :-)

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