lundi 13 août 2018

Please like me - Une série de Josh Thomas


Please like me
Intégrale de la série (4 saisons - 2013-2017)

Une série de Josh Thomas
écrite par Josh Thomas et Thomas Ward,

Avec Josh Thomas, Thomas Ward, Catlein Stasey, Debra Lawrance, David Roberts, Renee Lim, Hannah Gadsby, Keegan Joyce...

  La série raconte l'histoire de Josh, un jeune Australien de 21 ans qui se découvre gay lorsqu'il rencontre Geoffrey, le nouveau collègue de son meilleur ami et colocataire Tom. La vie de Josh est également bouleversée par la tentative de suicide de sa mère. Cette dernière ne pouvant être laissée seule, cet incident va bouleverser le mode de vie de Josh. Il devra aussi maîtriser son père, en pleine crise de la cinquantaine, qui, après avoir divorcé de sa mère, a trouvé l'amour auprès d'une Thaïlandaise, Mae, plus jeune que lui.

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  Rares sont chez moi les articles traitants de séries télévisées si elle ne sont pas des adaptations de romans : après tout, normal me direz-vous, nous sommes sur un blog littéraire. Oui, mais pas que, et cette série mérite largement qu'on en parle, d'autant que ma découverte relève du hasard le plus total. Bloqué chez moi sans possibilité de déplacement suite à un sinistre automobile, et passablement déprimé par la vie au Terrier (j'aime mon Terrier, mais une telle assignation à résidence pendant deux tiers des congés estivaux est une perspective plutôt rasoir, voire un motif de suicide. Bref.), je me suis laissé happer par le trop vaste catalogue Netflix, bien décidé à trouver la perle rare qui me ferait patienter. Après l'avoir exploré en long, en large, et en travers, et essayé quelques débuts peu convaincants, je m'en suis remis à cette série parce que, Oh, c'est australien! (les australiens me surprennent de plus en plus, autant en télévision qu'en roman), et en essayant d'oublier le synopsis peu engageant comme seul Netflix sait (malheureusement) en faire. Et j'ai bien fait!


  Création australienne, donc, Please like me est la série autobiographique d'un jeune prodige de l'humour venu tout droit du pays des kangourous, Josh Thomas, acteur principal mais aussi réalisateur et co-scénariste avec son meilleur ami Thomas Ward (... lequel incarne lui aussi son propre alter-ego à l'écran, dans la reconstitution télévisée de ce qu'a été leur véritable colocation). L'histoire est celle du quotidien de Josh, adulescent atypique de presque 21 ans qui se découvre (s'admet?) homosexuel lorsque sa bienveillante petite-amie Claire décide justement de rompre pour cette raison. Le jeune homme choisit d'accueillir cette révélation avec la distance et l'ironie qui le caractérise, mais sans compter, hélas, les bouleversements qui vont bientôt survenir, dont la crise de la cinquantaine de son père et, surtout, la tentative de suicide de sa mère dont la bipolarité est mise à jour...

 Thomas Ward, Josh Thomas, et son chien John...
 qui joue lui aussi son propre rôle dans la série !

  Il vous faudra passer outre la bizarrerie exagérée des deux premiers épisodes et leur humour anglais (oups, pardon, australien... mais il faut leur reconnaître un esprit vraiment très similaire) envahissant pour commencer lentement mais surement à cerner et apprécier cette pépite. Car oui, c'en est une, une vraie de vraie, comme on en voit trop peu dans le paysage télévisuel actuel débordant de niaiseries. Là où Please like me aurait pu être un show lourd s'égarant dans l'humour trop facile et les clichés, c'est au contraire une fiction qui s'avère pétillante, émouvante, et réaliste. On a là une pure friandise douce-amère, qui plus est des plus addictives.


  Josh est un personnage (mais est-ce vraiment un personnage? A quel point le véritable Josh Thomas s'est-il parodié pour se jouer à l'écran? Il ressemble en effet beaucoup à son homologue télévisuel...) de prime abord antipathique et exaspérant que l'on se surprend à aimer : distant et extravagant à la fois, atteint de logorrhée verbale avec la certitude d'avoir toujours raison, moqueur et sardonique, il donne l'impression de n'être jamais vraiment touché par ce qui lui arrive. Pour peu que l'on gratte le vernis, on découvre derrière la carapace de cet adulte encore trop enfant qui porte cardigans oranges et nœuds papillons (et là, vous commencez à comprendre pourquoi je l'aime beaucoup) de vraies fêlures. Gêné par son physique ( un grand machin dégingandé au "visage de bébé de 50 ans" et au "corps comme de la pâte à beignet", tel qu'il le dit lui-même), maladroit, en mal d'amour, Josh essaie tant bien que mal de gérer son père, sa mère, et ses amis en prenant pour parti pris l'optimisme apparent. Autour de lui interagissent des personnages secondaires qui n'en sont pas moins développés, et tous interprétés avec talents. Tous, chacun leur tour, viennent abattre les clichés qu'ils semblaient incarner, avec en tête Rose, la mère dépressive de Josh, magnifiquement campée par Debra Lawrence, et ce dans tout le panel d'émotions excessives propres à la bipolarité. Son internement dans un établissement spécialisé amènera, dès l'excellente saison 2, nos personnages à rencontrer Hannah (jouée par l'improbable Hannah Gadsby, autre humoriste issue du stand up australien) dépressive mutique et masculine aux punchlines toujours cinglantes, et à vivre les moments les plus forts de la série (les plus décalés aussi: La partie cache-cache à l'asile est un grand moment!).

 Debra Lawrance (Rose) et Hannah Gadsby (Hannah), deux prestations excellentes!

  Entre drame et humour, la série, au fur et à mesure de sa progression, nous fait littéralement tomber amoureux de ses personnages et nous donne l'impression de vivre un peu de leur vie : on devient un membre de la famille, de la bande de Josh. On partage leurs fou-rires au cours de scènes et d'instants totalement improbables, à l'image d'Adèle, leur poule transgenre qui termine en coq-au-vin, de la dévote et insupportable vieille Tante Peg qui finit par quitter l'office après une tirade bien envoyée à un prêtre homophobe, ou encore de Josh qui, trop pudique le soir de son rencard, tente de se changer tant bien que mal derrière sa porte de chambre. On partage aussi de grands moments d'émotion, le plus souvent lorsque la série aborde des sujets coup de poing, qui nous font réaliser que derrière son apparence de "simple divertissement", elle s'avère beaucoup plus engagée qu'il n'y parait. Et enfin, on pleure, parfois... voire souvent.

La tirade de Auntie Peg et le bénédicité à Adèle la poule, euh, le coq... :


  On craignait une bouse télévisuelle, on a en fait une dramédie on ne peut plus réussie, qui parvient à explorer autant le pire que le mieux des aspects de la vie de la génération Y. Josh Thomas, à travers cette projection fictionnelle de sa propre vie et de son entourage, s'attache finalement à raconter et décortiquer ce qui fait la tranche actuelle des 20-30 ans et de ce que représente aujourd'hui le virage difficile du passage à l'âge adulte, sans jamais tomber dans les archétypes ou le mélo facile. Le public directement visé par la série se reconnaîtra dans les nombreux questionnements et préoccupations qui viennent, sous couvert de l'humour, interroger les protagonistes, ainsi que dans les drôlatiques clins d’œil à la pop culture des années 90-2000 (extrait : "Tu entends comme tu parles? On dirait la secrétaire de Snape dans Love Actually!").

 Josh et Arnold, surdoué sujet aux crises d'angoisses et certainement l'un des personnages les plus attachants.

  L'aspect "friandise" et pétillant de cette vraie-fausse fiction est renforcé par l'univers gourmand et culinaire dans lequel elle baigne continuellement : Josh, passionné de cuisine, passe son temps à préparer des petits plats pour ses amis et sa famille (et là, on voit le premier signe que derrière la masque du jeune garçon asocial se cache en fait quelqu'un qui aime créer de véritables instants de convivialité). Ainsi, chaque épisode a pour titre le nom d'un plat qui est le plus souvent cuisiné au cours du générique, entraînant et enthousiaste à souhait, porté par la chanson "I'll be fine" de Clairy Browne, qui devient très vite indissociable de la série. Le reste des épisodes est mis en musique par Brynony Marks et une bande-son unique qui finit d'apporter tout son charme.

Les séquences d'ouverture outrageusement food-porn de la saison 1!

  Lorsque la quatrième et ultime saison touche à sa fin (au cours d'un final déchirant, mais une fois encore des plus réalistes), on dit adieu à regret - J'AI dit adieu à GRAND regret - à un groupe de personnages auxquels on s'est totalement identifié, et qui avait fini par faire partie de notre vie. On réalise alors à quel point, dans ses moments de rire comme dans ses moments de gêne, Please like me s'est révélée la série la plus juste et la plus réaliste quant aux sujets qu'elle traite, et que son écriture et sa mise en scène sont d'une sincère et brillante subtilité. On ne s'étonne donc pas d'apprendre qu'elle a reçu de nombreux prix venant justement couronner ces dimensions en plus des interprétations!



En bref : Une série unique, subtile, drôle et brillante, qui capte avec réalisme ce que constitue la vingtaine d'aujourd'hui et son rapport aux autres générations. Derrière son humour tranchant et ses personnages exubérants se cache en fait la représentation la plus rafraîchissante et sincère de ce qu'est la vie, la vraie. Merci, merci, MERCI Josh Thomas pour cette merveille, pretty fuck**g weird series !

2 commentaires:

  1. ça a l'air absolument croustillant et rafraîchissant !! :-)

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    1. Oh que oui. On est très loin des archetypes de papier classé des séries américaines, ça fait tellement de bien! Cette série est entrée dans mon top 5! :D

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