mardi 14 août 2018

Ailleurs si j'y suis - Antoine Laurain

Éditions Le Passage, 2007 - Éditions J'ai Lu, 2018.




  Pierre-François Chaumont, brillant avocat parisien, est collectionneur depuis l’enfance. Un matin qu’il déambule dans les salles d’exposition de l’hôtel Drouot, il se retrouve nez à nez avec un portrait du XVIIIe siècle. Stupéfaction : le visage de l’homme en perruque poudrée, c’est le sien! Pulvérisant les enchères, Pierre-François rapporte l’étrange tableau chez lui. Mais le mystère tourne rapidement à la paranoïa car ni sa femme ni ses proches ne remarquent la ressemblance. Pierre-François serait-il devenu fou?



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  Livre saisi au hasard des couvertures accrocheuses, voilà que le résumé de Ailleurs si j'y suis éveille ma curiosité : un portrait, un mystère...? Chic alors, une énigme artistique comme je les aime! Y voyant peut-être même un successeur à La femme dans le miroir, dont le synopsis n'est pas sans évoquer celui-ci, j'embarque ledit livre, réalisant bien plus tard le nom de son auteur. Car Antoine Laurain, dont Ailleurs si j'y suis est le (discret mais néanmoins primé) premier roman sorti en 2007, a fait bien du chemin depuis et s'est fait connaître par une bibliographie habitée par la nostalgie et un esprit profondément vintage, des éléments communs à ces autres livres que sont Le chapeau de Mitterrand, Rhapsodie française, ou encore Millésime 54. L'occasion était donc venue d'enfin découvrir cet écrivain par son premier ouvrage...

 Première édition grand format.

  Mon verdict sera cependant mitigé, mais peut-être aussi parce qu'il m'arrive d'être trop difficile. D'autant qu'on a là du très très bon sur de nombreux points : l'écriture, tout d'abord, est d'un style impeccable propre à l'évocation. Elle sied à merveille au narrateur, collectionneur invétéré fasciné par les antiquités dont l'acquisition, plus qu'un hobby, est devenue une sorte de transcendante addiction. Ce personnage et sa passion amènent à explorer des questionnements des plus intéressants, qui se distillent au fur et à mesure que l'intrigue progresse et que le narrateur relate ses souvenirs d'enfance : Quelle vie se cherche-t-il à travers ses objets qui ont appartenu à autrui? A près quoi court-il? La réponse se présente peut-être le jour où il tombe, aux enchères, sur ce portrait d'un gentilhomme du XVIIIème siècle qui lui ressemble farouchement... Car dès lors, le personnage principal se lance à corps perdu dans l'énigme du tableau : qui est cet homme, et quel est le lien qu'il entretient avec ce modèle? Le plus amusant est, qu'entre vrais et faux fantômes venant le hanter, il finira bien par vivre la vie de quelqu'un d'autre.


  Des nombreuses énigmes romanesques mettant en scène un tableau et son pouvoir sur le protagoniste, on retiendra bien évidemment le célèbre Portrait de Dorian Gray d'Oscar wilde, dont ce roman s'inscrit à l'évidence dans la lignée. Il y a, dans la narration et la construction du récit, une contiguïté évidente, palpable, avec les récits fantastiques propres au XIXème siècle tels que certaines nouvelles de Balzac ou de Mérimée. Mais voilà, à tous ces points positifs vient se heurter un élément non négligeable pour moi : le trop petit gabarit de l'histoire. En effet, situé entre le roman et la nouvelle, ce livre d'à peine 160 pages (en poche), aborde des thématiques passionnantes qu'il n'exploite à mon goût pas assez, là où il y aurait justement matière à les creuser davantage, distiller encore un peu plus le mystère et ce même sans trop en dire, sans briser l'aura mystique supposée ni la chute tranchante comme un couperet ( on notera par ailleurs encore un des signes propre à la nouvelle dans le final, comme quoi l'auteur se situait volontairement dans cet héritage).

 Antoine Laurain

  Ce court roman a en fait tout du premier écrit publié d'un futur grand, le grand potentiel de l'intrigue reflétant celui de l'auteur, ce qu'Antoine Laurain a confirmé au cours de ses dix dernières années. En effet, ce roman et tous les autres de sa bibliographie ont conquis les pays étrangers, où il serait aujourd'hui peut-être plus connu qu'en France! Il ne fait aucun doute, donc, qu'après cette première incursion dans l'univers de l'auteur, je poursuive la découverte de ses autres écrits, et ce malgré mon premier avis...

 Editions allemande et américaine.

En bref : Premier roman d'un auteur aujourd'hui connu et reconnu, Ailleurs si j'y suis a tout du premier écrit d'un futur écrivain talentueux, même si on peut lui reprocher d'être plus proche d'une nouvelle et de ne pas, en cela, exploiter tout le potentiel de son intrigue. Pour autant, il faut reconnaître d'excellentes idées et l'inspiration évidente des nouvelles fantastiques du XIXème, auxquelles A. Laurain rend ici un sympathique hommage. A découvrir pour la curiosité.

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