mercredi 2 avril 2014

La Voleuse de livres - Marcus Zusak

The Book Thief, Doubleday, 2005 - Traduction de Marie-France Girod, OH! Éditions, 2007 - Éditions Pocket, 2008, 2014.

  Leur heure venue, bien peu sont ceux qui peuvent échapper à la Mort. Et, parmi eux, plus rares encore, ceux qui réussissent à éveiller Sa curiosité. Liesel Meminger y est parvenu. Trois fois cette fillette a croisé la Mort et trois fois la Mort s'est arrêtée. Est-ce son destin d'orpheline dans l'Allemagne nazie qui lui a valu cet intérêt inhabituel ? Ou bien sa force extraordinaire face aux événements ? À moins que ce ne soit son secret... Celui qui l'a aidée à survivre. Celui qui a même inspiré à la Mort ce si joli surnom : la Voleuse de livres...
  Quand la Mort vous raconte une histoire, vous avez tout intérêt à l'écouter...



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  La fiction a souvent servi de biais pour traiter la Seconde Guerre mondiale et ses horreurs bien connues. Si chaque nouvel écrit sur le sujet constitue toujours un devoir de mémoire des plus honorables, il faut reconnaître qu'on ne compte plus le nombre de productions sur ce thème, au point qu'il est difficile qu'une d'entre elles s'en distingue réellement. Jusqu'ici. 

  Car avec La voleuse de livres, Marcus Zusac révolutionne la façon de raconter la Guerre de 39-45. Si les thèmes abordés sont propres à ce chapitre capital de l'Histoire de l'humanité, la narration est LE point fort de son livre. En effet, le narrateur (ou la narratrice? Peut-on réellement lui qualifier l'un ou l'autre genre?...) du périple de la petite Liesel n'est autre que... La Mort elle-même. La "Grande Faucheuse", si souvent personnifiée au travers de multiples figures, iconographies religieuses ou mystiques et imageries terrifiantes.

Couvertures de diverses éditions originales et de la réédition française de 2014 chez Pocket.

  Les premières lignes suffisent à accrocher le lecteur par leur simple ton, atmosphère ou formulation. Jamais l'on aurait pu imaginer meilleure justesse pour traduire les propos de la Mort elle-même si elle avait pu s'exprimer : le regard et les mots qu'elle pose sur les événements de la guerre, le nazisme ou le génocide, sont troublants de réalisme et de profondeur, nous poussent dans nos retranchements. Ses paroles nous glacent et nous subjuguent, nous hypnotisent, presque. Elles nous amène même à nos poser LA question qui nous est tous venue à l'esprit une fois dans notre existence : La Mort est-elle bonne, ou mauvaise? Si mal acceptée de nous autres mortels par son caractère que nous jugeons injuste, elle nous apparait ici avec davantage de neutralité et nous percevons ainsi mieux son existence comme un état de fait dénué de tout manichéisme. 

 Au rayon des belles couvertures étrangères : les éditions lituanienne, portugaise, et russe.
« Un détail : Vous allez mourir.
En toute bonne foi, j'essaie d'aborder ce sujet avec entrain, même si la plupart des gens ont du mal à me croire, malgré mes protestations. Faites-moi confiance. Je peux vraiment être enjouée. Je peux être aimable. Affable. Agréable. Et nous n'en sommes qu'aux « A ».
Mais ne me demandez pas d'être gentille. La gentillesse n'a rien à voir avec moi. »
(Introduction de la Mort)

  Pour ce qui est de l'intrigue en elle-même (excellente), et de ses personnages, félicitons l'auteur pour l'héroïne qu'il soumet à notre lecture. Liesel explose en gamine débrouillarde au jugement des plus pertinents sur le monde. On dit souvent que les enfants, forts de leur "âge de raison", sont les plus près de la véritable nature des choses de par leur innocence et leur jugement, vierge de toute corruption ou pré-notion. Emprunt de cet esprit, le regard que l'auteur fait porter par Liesel sur les horreurs du nazisme met plus que jamais en lumière l'incohérence des événements d'alors et la folie humaine. La monstruosité des hommes n'aura jamais été plus simplement et justement désignée et racontée qu'au croisement du parcours de cette fillette et de sa narration par la Mort. Un tour de force littéraire sublime, qui a connu de multiples éditions autant à destination des plus jeunes que des adultes, montrant par là son caractère universel et multi-générationnel. Après plusieurs prix venus couronné sa qualité, La voleuse de livre a -enfin!- été adapté au cinéma pour une sortie sur les écran en février dernier.

Bande-annonce du film adapté du roman, sorti en février 2014.

  En bref: une fiction historique poignante à la narration aussi magnifique que troublante. Onirique et philosophique.


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