lundi 2 avril 2012

Le langage secret des fleurs( Victoria ou le secret des fleurs) - Vanessa Diffenbaugh


The language of flowers, McMillan, 2011 - Éditions Presses de la Cité, 2011 - Éditions France Loisir, 2012 - Victoria ou le secret des fleurs, Éditions Pocket, 2012.


Des azalées pour la passion, des roses rouges pour l'amour, du chèvrefeuille pour l'attachement...

Ballottée depuis toujours de familles d'accueil en foyers, Victoria Jones est une écorchée vive que la vie n'a pas épargnée. Incapable d'exprimer ses sentiments à travers les mots, l'orpheline a appris à maîtriser le langage secret des fleurs, qui traduit parfaitement ses émotions extrêmes. A dix-huit ans, elle se retrouve à la rue et se réfugie dans un parc de San Francisco, ou elle se crée un véritable jardin secret à partir de boutures volées au gré de ses errances. Sa rencontre avec Renata, une fleuriste, lui fait prendre conscience de son formidable pouvoir : celui d'aider les autres à communiquer leurs sentiments les plus profonds à travers des bouquets savamment composés. Pour la première fois, Victoria se sent à sa place. Il ne lui reste plus qu'à s'ouvrir au monde. Et à régler quelques comptes avec son passé...

***


  Lorsque ce livre est paru l'an dernier, couverture et titre ont de suite retenu mon attention. Le résumé a de quoi suscité la curiosité en partant d'un sujet atypique et rarement traité : le langage des fleurs, qui fait partie de ces petits héritages du XIXème siècles fascinants évoquant la magie et le pouvoir qu'on associe aux plantes (thème déjà au centre du génial Amour et autres enchantement de Sarah Addison Allen).

Trailer pour la sortie du roman.

  Victoria , âgée de 18 ans, quitte le foyer dans lequel elle a été placée depuis ses 10 ans.
Cette écorchée vive tantôt pessimiste, tantôt insouciante, semble n'accorder que peu d'importance à son avenir ou n'y voir que peu d'espoir : ne profitant pas des délais dont elle dispose pour trouver du travail et se procu
rer un logement, elle se retrouve rapidement à la rue. Certains auront du mal à comprendre la fluctuation et l'ambivalence de Victoria, de même que sa tendance à tout mettre volontairement en échec dès que sa situation semble prendre une tournure positive. Mais compte-tenu du parcours de la jeune fille, que nous découvrons au fur et à mesure des flashbacks, je puis vous assurer qu'il s'agit là d'une attitude tout à fait plausible et on ne peut plus réaliste (Dans le langage approprié, on appelle cela "abandonnisme": lorsqu'un individu n'a connu que des d'abandons au cours de son histoire personnelle, il aura tendance à mettre de lui-même en échec toute amélioration et à tout faire pour re-créer sans cesse cette situation, puisqu'il s’agit là de la seule qu'il connaisse . Bref, Cessons là ce blabla technique du à ma petite tendance à la déformation professionnelle, je vous servirai mes cours de psychologie une autre fois^^). Aborder et mettre ainsi en histoire cette problématique dans une fiction relève d'un véritable tour de force et d'une excellente connaissance des sentiments humains; chapeau Madame Diffenbaugh!

 "Au fil du temps, nous apprendrons à être ensemble, et je saurai l'aimer comme une mère aime sa fille, de manière imparfaite, et sans racines."


Le langage des fleurs, carte postale ancienne.

  Mais revenons-en au roman: parallèlement à la vie plutôt chaotique qu'elle mène alors dans les rues de San Francisco, Victoria tourne toute son attention et son énergie vers... les fleurs! Celles qu'elle observe sur les marchés, vole chez les fleuristes, ou dans lesquels elle s'endort dans les jardins publics. Tant qu'il y a des fleurs, il ne semble n'y avoir aucune difficulté, aucune douleur, au point que Victoria en oublie sa situation de sans domicile fixe. On apprend rapidement que la jeune fille, initiée au langage des plantes depuis son plus jeune âge, voue aux fleurs une passion sans borne : incollable en ce qui concerne leur signification, elle les utilise depuis son enfance afin de communiquer ce qu'elle ne parvient pas à dire avec des mots...

 "S'il était vrai que la mousse poussait sans racines, si l'amour maternel germait spontanément, à partir de rien, peut-être avais-je eu tort de me croire incapable de m'occuper d'elle. Peut-être que les solitaires, les incompris, les mal-aimés avaient à offrir un amour aussi luxuriant que celui des autres."



  Cette passion l'amène à se faire embaucher par une délicieuse fleuriste du nom de Renata, qui repère de suite son talent à confectionner de somptueux bouquets selon les aspirations et les désirs des clients. Comme guidée par un instinct presque magique, Victoria guérit leurs blessures secrètes et résout leurs problèmes grâce aux messages qu'elle transmet dans ses compositions florales. Sublimant ainsi son malêtre au travers de ses créations originales, la jeune femme mûrit et se prépare à affronter ses propres douleurs...

 

" - La fleur que tu cherches, c'est sans aucun doute le chardon, qui symbolise la misanthropie. La misanthropie, c'est la haine ou la méfiance à l'égard du genre humain.
- Le genre humain, ça veut dire tout le monde ?
- Oui
Cela me fit réfléchir. Misanthropie. Personne n'avait jamais pu décrire mes sentiments en un seul mot. Je me le répétai jusqu'à être sûre de ne pas l'oublier."
  Grâce à une anti-héroïne attachante, une superbe histoire, et une écriture fluide et limpide, Vanessa Diffenbaugh ensorcèle le lecteur. J'ai passé un excellent moment avec ce livre : après quelques difficultés à entrer dans l'histoire le temps que l'auteure plante le décor, je me suis finalement laissé emporter par le parfum qui se dégage des bouquets et leur effet presque surnaturel sur les clients croisés au détour des chapîtres. Chaque personnage apparaissant au fil des pages suscite intérêt du lecteur, et tous apportent une dimension supplémentaire à l'histoire et au parcours de Victoria. 

  Lieux, atmosphères et sentiments sont raconté avec une pureté d'une vocabulaire et une limpidité du style ... une citation s'impose : tout n'est que luxe, calme et volupté; du château d'eau de Grant à la chambre bleue de Victoria, en passant par la pièce réfrigérée pour les fleurs de Renata, les lignes épurées de chaque décor instaurent une atmosphère délicate, rafraichissante et reposante. En alliant ainsi cette clarté de l'écriture et le raffinement du langage floral pour mieux exprimer les douleurs humaines, l'auteure nous touche au plus profond.

Edition format poche sous le nouveau titre de Victoria ou le secret des fleurs!

En bref : Limpidité du style, poésie du thème floral et profondeur des personnages... Émouvant sans tomber dans le mélo, tantôt triste, tantôt joyeux, réaliste avec juste ce qu'il faut de "magie", ce roman est une réussite, un bijou de finesse et d'émotion.


 Redécouvert à l'occasion de l'événement "Nature et écriture",
organisé par l'association l'Autre Moitié du Ciel.

2 commentaires:

  1. Il fait partie des livres qui me tentent énormément et encore plus maintenant. La couverture est vraiment magnifique et je suis certaine que l'histoire me plairait.

    Je vois que tu lis Madame Pamplemousse. Je l'ai justement commandé la semaine dernière. J'espère pouvoir aller le récupérer demain.

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    1. "Madame Paplemousse" est tout bonnement extra! Un mix fantaisiste entre "Ratatouille", "Charlie et la chocolaterie" et "chocolat", avec un petit côté "Mary Poppins" ou "Nanny McPhee" pour le personnage de Madame Pamplemousse! Un vrai régal, je pense que tu adoreras (c'est à la fois une lecture jeunesse ET une lecture gourmande! =p)

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