samedi 4 janvier 2025

Blanche-Neige - Un téléfilm de Caroline Thompson d'après le conte de Grimm.

 

Blanche-Neige

(Snow-White, the fairest of them all)


Un film écrit et réalisé par Caroline Thompson

Avec : Miranda Richardson, Kristin Kreuk, Tom Irwin, Michael J. Anderson, Warwick Davis...
 
Première diffusion originale : 17 mars 2002 sur ABC
Première diffusion française : 24 décembre 2002 sur M6

    Une jeune femme se pique un jour le doigt à une épine de rose. Puis, par une nuit de pleine lune, elle donne naissance à une fille aux cheveux de jais et au teint de porcelaine qu’elle prénomme Blanche-Neige. Elle ne survit pas à l’accouchement. Son mari s’égare, alors qu’il est à la recherche de lait pour son bébé, et s’effondre dans la neige. Ses larmes se mettent à couler et libèrent un monstre prisonnier de la glace. Pour le remercier, celui-ci lui offre un royaume, mais lui impose sa propre sœur, Elspeth, pour en être la reine. Sous les traits d’une belle femme, elle est une hideuse mégère dont le père de Blanche-Neige refuse les avances. De dépit, elle l’envoûte et trône à ses côtés. Seize années plus tard, Blanche-Neige est devenue une magnifique jeune fille dont la beauté ne cesse d’attiser la jalousie de sa marâtre.
 
***
 
     Si Blanche-Neige n'est pas l'oeuvre littéraire la plus adaptée, elle compte néanmoins un certain nombre de transpositions à l'écran et ce depuis l'invention du cinéma. Il y a douze ans, on s'était penché sur les deux versions sorties quasi-simultanément sur grand écran le film de Rupert Sanders (médiéval, épique et sombre) et celui de Tarsem Singh (coloré, extravagant et parodique). Le second nous avait d'ailleurs fortement rappelé une précédente adaptation dans certains de ses choix scénaristiques et scénographiques : cette version de Caroline Thompson.
 

    Caroline Thompson est ce qu'on pourrait appeler une illustre inconnue : vous ne connaissez pas son nom, mais vous connaissez son travail. Cette talentueuse scénariste est en effet longtemps restée dans l'ombre des réalisateurs pour qui elle a travaillé, son binôme le plus célèbre n'étant ni plus ni moins que... Tim Burton. Cette Américaine diplômée de littérature classique est de fait pour beaucoup dans le succès rencontré par le célèbre cinéaste : le scénario d'Edward aux mains d'argent, des Noces Funèbres et de L'étrange Noël de Mr Jack (à 4 mains avec le génial Michael McDowell), c'est elle ! On lui doit également le script du premier film de La famille Addams de Barry Sonnenfeld, qui confirme son goût pour le bizarre.


    Un goût qu'on retrouve dans ce Blanche-Neige tourné pour la télévision en 2001, dont Caroline Thompson est à la fois réalisatrice, scénariste et productrice. Les critiques successives suite à la diffusion originale du téléfilm sur ABC (chaine américaine familiale, d'autant qu'il était diffusé dans le cadre de l'émission d'anthologie The wonderful World of Disney) ne sont pas passées à côté de l'atmosphère burtonienne de cette adaptation : celle-là a été tantôt louée, tantôt dénoncée, le tout donnant lieu à des avis mitigés. Les retours positifs ont ainsi applaudi la vision audacieuse de Caroline Thompson, "nourrie de son travail aux côtés de Tim Burton" (les journalistes auront alors oublié que Caroline Thompson avait peut-être toujours été plus burtonienne que Burton himself), les détracteurs dénonçant quant à eux les aspects trop dérangeants du film pour une chaîne familiale. Il faut dire que la critique probablement la plus clairvoyante de ce téléfilm (mais aussi la plus élogieuse) comparait son univers à un "royaume de pain d'épice qu'aurait bâti David Lynch". Tout est dit.
 

    Et en effet, cette version, véritablement intéressante, n'hésite pas à s'affranchir des approches trop lisses du conte pour revenir à ses sources plus sombres, plus profondes. Le scénario n'est pour autant pas une retranscription ultra fidèle de Grimm et Caroline Thompson brouille les pistes, puisant autant d'éléments dans les versions étrangères de Blanche-Neige que dans d'autres contes traditionnels pour en faire un patchwork inventif et, il faut l'admettre, assez jubilatoire dans son étrangeté. Ainsi s'invite par exemple un génie qui accorde des vœux (toujours à double tranchant, car il est bien connu qu'il faut prendre garde à ce qu'on souhaite), quant de nombreux ressorts scénaristiques ne sont pas sans rappeler La reine des neiges (les éclats du miroir magique, s'ils tombent dans l’œil de quelqu'un, change sa vision du monde et sa personnalité) et Neige-Blanche et Rose-Rouge (le prince transformé en ours).
 

    En entremêlant ces différents éléments, Caroline Thompson donne une couleur unique au conte de Grimm et une résonance particulière à ses différents symboles. Elle propose aussi une toute nouvelle origin story à la Méchante Reine et s'amuse de la place qu'occupe le miroir dans l'intrigue : le rôle qu'il joue, ses diverses fonctions et ses manifestations. Objet de divination et arme redoutable, il permet aussi à la reine de voyager ou de se transformer, offrant quelques scènes parmi les plus audacieuses du téléfilm. Le cabinet où il est rangé, sorte de galerie des glaces qui reflète à l'infini, voit ainsi tous ses miroirs contaminés par son pouvoir et engendrer des apparitions kaléidoscopiques aussi dérangeantes que réussies.
 


    C'est là que le fond et la forme se rencontrent : la mise en scène et l'esthétique globale du film servent merveilleusement le scénario, et Caroline Thompson a plus d'une fois applaudi le travail de ses collègues de l'équipe artistique. Tourné au Canada dans des paysages évocateurs de l'Europe de l'Est, le film voit ses personnages évoluer dans des décors architecturaux qui rappellent fortement la Norvège (les costumes des gardes s'inscrivent dans la même esthétique), un style que la réalisatrice a baptisé "Art Nouveau viking" et qui fait écho aux inspirations européennes ancestrales du script.
 

    Le film est, du point de vue du casting, porté par la charismatique Miranda Richardson (Sleepy Hollow, Harry Potter, Merlin), dont la prestation en tant que Méchante Reine est tout bonnement époustouflante. Elle parvient à donner une épaisseur réelle à un personnage de prime abord excessif et un peu facile, son jeu rappelant celui de Sigourney Weaver dans la version très sombre de Blanche-Neige sortie en 1997 (pour l'anecdote, toutes les deux sont doublées en VF par Frédérique Tirmont, ce qui accentue probablement la ressemblance). Sa personnalité autant que son apparence de modèle préraphaélite font d'elle une géniale évocation de Lady McBeth poussée à son paroxysme. Tout repose donc en grande partie sur les épaule de la comédienne et sur celles des acteurs qui interprètent les sept nains, les très bons Warwick Davis (Willow) et Michael J. Anderson (Twin Peaks) en tête. On ne peut cependant pas en dire autant de tout le reste de la distribution, notamment en ce qui concerne Blanche-Neige, interprétée par Kristin Kreuk. Alors star montante de la série Smallville, l'actrice apporte peu au personnage et peine à la faire sortir des clichés de princesse victimisée. Elle a par ailleurs peu d'intervention, restant le plus souvent en retrait et passant même pour froide et constamment mal à l'aise. Il y avait pourtant, dans ses rares lignes de dialogue, la genèse d'un propos très intéressant et sujet à faire évoluer le personnage vers une vraie réflexion philosophique.
 

    Malgré les reproches formulés à l'encontre du film quant à sa bizarrerie considérée comme inadaptée pour de jeunes téléspectateurs, ce Blanche-Neige répond au cahier des charge du "tout public" à plusieurs reprises et c'est peut-être là sa principale faiblesse. A chercher à entrer dans les cases du convenable, il tombe quelques fois dans le piège du convenu. La fuite dans la forêt, décidément bien trop inspirée de Disney, donne à ce titre lieu à un passage assez ridicule. Dans une même optique, la scène où la Méchante Reine écrit son rire en nuage de fumée dans le ciel bleu, certainement un clin d’œil au "Surrender Dorothy" du Magicien d'Oz de la MGN, vient casser quelque chose de l'univers instauré jusque-là. Ce ne sont-là que des détails, mais Dieu sait que le Diable adore s'y cacher...


En bref : Caroline Thompson, longtemps bras droit de Tim Burton, propose ici une vision aussi intéressante que fascinante du conte des frères Grimm. Porté en grande partie par la prestation flamboyante de Miranda Richardson en Méchante Reine, ce Blanche-Neige s'éloigne des adaptations trop lisses ou trop faciles de l'histoire et s'amuse à entremêler les références à ses multiples variantes ainsi qu'à d'autres contes traditionnels. Le résultat est un patchwork étrange et savoureux dont les prises de risque scénaristiques et scénographiques font la réussite.




Et pour aller plus loin...

jeudi 2 janvier 2025

Les histoires de Blanche-Neige racontées dans le monde - collectées par F. Morel & G. Bizouerne et illustrées par C. Gastaut.

Editions Syros, coll. "Le tour du monde d'un conte", 2007, 2009, 2017.

    Un recueil exceptionnel: de surprenantes versions de Blanche-Neige que l'on raconte à travers le monde, ainsi que la célébrissime version écrite par les frères Grimm. Un choix de surprenantes versions du conte que l'on raconte à travers le monde: La Petite Toute-Belle (Bretagne), La belle jeune fille et les coupes claires (Danemark), La fille de la sorcière (Niger), Arbre d'Or et Arbre d'Argent (Ecosse), Le roi Paon (Louisiane), Lune d'Or (Grèce), Blanche Neige (Allemagne/Grimm). L'une est recueillie par trois dragons, l'autre par un berger, une encore par sept Kuuku...mais chacune connaît des aventures bien singulières!
 
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    Qui s'intéresse un tant soit peu aux contes traditionnels sait que leurs formes et leurs fonds ne sont pas figés dans le temps et l'espace. Issus de la tradition orale, les contes se sont transmis d'une génération à l'autre et d'un pays à l'autre jusqu'à ce que certains auteurs les retranscrivent dans les versions désormais les plus connues, qu'on a trop souvent tendance à qualifier d' "originales". Ainsi, Perrault, Grimm et Andersen, s'ils sont les grands noms associés aux contes de notre enfance, n'ont fait que coucher par écrit des histoires bien plus anciennes qu'eux. Il existe en effet de par le monde autant de versions de chaque conte qu'il existe de pays et, parfois, de régions, les territoires les embellissant de leurs couleurs et traditions locales. Lancée au milieu des années 2000 sous la direction de Nicole Belmont (chercheuse en sciences sociales et spécialiste des contes) pour les éditions Syros, la collection "Le tour du monde d'un conte" ambitionne de faire découvrir ces versions étrangères ou régionales alternatives. Chaque volume fait un focus sur un conte très célèbre et propose quelques variantes parmi celles qui existent dans le monde entier.
 

    Dans cette anthologie illustrée consacrée à Blanche-Neige et à ses "sœurs" et "cousines" de contrées proches et lointaines, ce sont Gilles Bizouerne et Fabienne Morel, animés par leur double casquette d'enseignants chercheurs et conteurs, qui ont collecté 7 (chiffre magique !) versions du conte. A part celle des frères Grimm retranscrite dans sa version originale traduite par Marthe Robert, toutes les autres sont remises en forme et racontées par le duo. On découvre ainsi une version bretonne, une autre danoise, une nigérienne, une écossaise, sans oublier des variantes de Grèce et de Louisiane. La récurrence ? Comme l'explique Nicole Belmont dans sa passionnante postface, c'est la structure. Le schéma narratif, "squelette" qui reste peu ou prou le même d'une contrée à l'autre, a ainsi été identifié dans les classifications des chercheurs et folkloristes Anni Aarne et Stith Thompson au cours du premier et du deuxième tiers du XXème siècle. Leurs travaux respectifs ont donné lieu à la classification internationale Aarne-Thompson, qui rassemble et synthétise sous un système de codes les typologies communes à tous les contes recensés existants. Le conte de Blanche-Neige et de ses variantes y est répertorié sous le numéro 709, une trame qui a engendré bien trop d'enfants pour tous les restituer en un seul ouvrage ! On regrette à ce titre l'absence des versions chinoise et russe, qu'on aime personnellement beaucoup (mais dont on aura l'occasion de vous parler ultérieurement).


    Ce conte n° 709, c'est l'histoire de la jeune fille persécutée par un antagoniste jaloux de sa beauté (une belle-mère le plus souvent, mais parfois une mère ou une sœur). L'héroïne, contrainte de fuir après une première tentative de meurtre par une tierce personne, se réfugie à l'écart dans la demeure d'un ou plusieurs adjuvant(s) (des nains, des génies, des dragons, ou encore un berger), où elle est victime d'une ou plusieurs attaque de son ennemie, cette dernière la laissant pour morte jusqu'à ce qu'elle soit ramenée à la vie par l'homme qu'elle épousera. Cette mort est souvent la métaphore de l'entrée dans la puberté, caractérisée d'un texte à l'autre et selon les cultures par des éléments symboliques forts (le sang, la coiffure, les vêtements, etc.).
 

    Car comme évoqué plus haut, c'est essentiellement la culture propre à chaque pays qui, en embellissant la trame commune de départ, fait toute la différence entre ces multiples versions. Chez Grimm, les forêts et les mines de l'Allemagne constituent le décor principal, là où la version bretonne fait la part belle à la mer et invite des dragons, issus du vieux folklore marin, dans son intrigue. Le peigne empoisonné des frères Grimm (que l'on retrouve dans la version danoise) devient un couteau à coiffer dans le conte nigérien et le cercueil de verre, une chasse ou un cercueil en or. Dans les pays où l'océan et les fleuves occupent une place importante, la tombe de la princesse est souvent envoyée voguer sur les flots jusqu'à ce que le prince la découvre sur le rivage opposé.


    Charlotte Gastaut, artiste connue et reconnue en édition jeunesse, propose une mise en image toute en douceur inspirée par ses multiples origines familiales étrangères, une vraie richesse pour illustrer les variantes internationales d'un même conte. Si l'on reconnait en effet sa patte d'une page à l'autre, elle adopte les codes graphiques et stylistiques propres à chaque pays pour en inspirer son coup de crayon : les tissus et imprimés africains pour la version nigérienne, ou encore le chatoiement des couleurs typique de l'art cajun pour la version louisianaise. L'ensemble, visuellement réussi, porte et restitue l'éclectisme propre aux enjeux de cette collection.
 

En bref : Un très beau recueil qui permet de découvrir les versions étrangères du conte de Blanche-Neige, une sélection de sept variantes issues de la tradition orale grecque, bretonne, danoise ou encore nigérienne. Complété d'une postface passionnante, ce livre offre un regard érudit sur les symboles de cette histoire et sur son évolution à travers le temps et le monde. Le tout est mis en image par la talentueuse Charlotte Gastaut, dont l'art fait la part belle aux couleurs, motifs et styles propres à chaque pays mis en lumière.

dimanche 29 décembre 2024

Blanche-Neige - Texte d'après les frères Grimm, illustrations de Sophie Lebot.


Editions Lito, 2012.


    Un jour de plein hiver, alors que les flocons de neige tombaient du ciel comme un duvet léger, une reine était assise à sa fenêtre encadrée de bois d'ébène et cousait. Tout en tirant l'aiguille, elle regardait voler les blancs flocons. Elle se piqua au doigt et trois gouttes de sang tombèrent sur la neige. Ce rouge sur ce blanc faisait si bel effet qu'elle se dit " Si seulement j'avais un enfant aussi blanc que la neige, aussi rouge que le sang et aussi noir que le bois de ma fenêtre ! "
 
 
 ***
 
 
    Il y a quelques années, on avait partagé notre avis sur le Blanche-Neige illustré par le talentueux Benjamin Lacombe. L'artiste au coup de crayon résolument burtonien avait donné au conte des frères Grimm une atmosphère visuelle gouvernée par les trois couleurs symboliques de l'histoire, immergeant ses personnages dans des décors immaculés de neige et de givre où tranchaient le noir des corbeaux et l'écarlate des pommes et des lèvres fardées. Deux ans après son talentueux confrère, l'illustratrice Sophie Lebot proposait sa propre mise en image de cette histoire ancestrale.
 

    Sophie Lebot, on l'a brièvement évoquée dans une sélection de lectures consacrées à la Belle et la Bête, dont elle avait illustré un album pour les mêmes éditions Lito. On a en revanche jamais eu l'occasion de parler plus avant de son travail, dont on est très admiratif. L'artiste, assez discrète, grande passionnée de textes et de contes, a mis en image de nombreux classiques pour des éditeurs jeunesse : Hansel et Gretel, Raiponce, Bambi, Poucette, ou encore Peau d’Âne. Son style bien à elle, tout en finesse et en motifs superposés, la rend très vite reconnaissable.
 

    Pour ce Blanche-Neige, elle privilégie tout comme son prédécesseur Benjamin Lacombe une atmosphère enneigée où les corbeaux et autres sombres volatiles ne sont jamais très loin. Associés au grand format de l'album, certains paysages immaculés donnent des impressions d'immensité qui captiveront le jeune lecteur. L'illustratrice s'amuse ainsi beaucoup avec les couleurs et les contrastes, la méchante reine se démarquant par ses cheveux d'un même blanc aveuglant sur des tenues lourdes et empesées aux tons criards.
 

    Les tissus et les textures semblent en effet toujours très réels malgré la simplicité du trait grâce à un audacieux jeu de superposition qui constitue très clairement la patte de Sophie Lebot : rideaux, tapis et robes sont ornés de motifs très certainement incrustés par montage informatique et qui donnent l'impression de pouvoir toucher le velours ou le damas rien qu'en caressant la page. Un effet "patchwork" qui donne un relief bienvenu et très agréable aux dessins.
 

    Pour le reste, le coup de crayon de Sophie Lebot pétille de malice : grands yeux de biche, petites bouches tantôt en cœur, tantôt dédaigneuses, ses personnages aux allures de lutins collent tout à fait à l'univers des contes de fées. Univers qu'elle n'hésite d'ailleurs pas à dynamiser de quelques détails inattendus ou anachroniques – à l'image des sept nains, qu'elle coiffe de cagoule en peluche, de bonnet de Davy Crockett ou de goggles d'aviateur.
 
 
    Le tout accompagne merveilleusement bien le texte original des frères Grimm, à peine abrégé ou modifié de quelques éléments. Cette version conserve en effet les trois visites de la sorcière à la chaumière des nains, mais élude la mort de la méchante reine au mariage de Blanche-Neige, peut-être considérée comme trop violente pour un très jeune lectorat.
 

En bref : Une mise en image pétillante et malicieuse du conte des frères Grimm. Sophie Lebot propose des illustrations rafraîchissantes et pleines de relief grâce à son talent pour associer les motifs et les textures à des images en 2D. Un très bel album à offrir aux plus jeunes.

mercredi 25 décembre 2024

Fairest of them all : dans les archives du Terrier.


     On avait surtout l'habitude de le faire pour Halloween, mais difficile de ne pas programmer d'article florilège avec le thème choisi pour ce Noël. Il faut dire qu'étant de nos contes classiques préférés, Blanche-Neige a engendré foule de réécritures et réadaptations qui ont fini en bonne place dans notre bibliothèque. Pour la plupart, nous en avons parlé au cours de ces dernières années sur le blog, aussi avons-nous aujourd'hui l'excuse toute trouvée pour les rappeler à votre mémoire et, peut-être, justifier quelques ajouts à la liste au Père-Noël (peut-être est-ce un peu tard pour ce Noël-ci, mais il n'est jamais trop tôt pour commencer la liste du prochain).

Albums:
 
 

Blanche-Neige, le conte de Grimm illustré par B.Lacombe : 

    Une version illustrée avec style et profondeur : les images d'inspiration gothique de Benjamin Lacombe présentent une Blanche-Neige virginale dans un monde enneigé où la froideur règne. Cet album est particulièrement intéressant pour la dimension symbolique des illustrations.


Réécritures:
 
 

White as snow, réécriture de T.Lee :
 
    Si le conte de Blanche-Neige trouve ses origines dans le mythe de Demeter et Persephone, l'auteure Tanith Lee propose de lui rendre ses lettres de noblesse en recontextualisant l'intrigue dans un univers évoquant l'Antiquité et en puisant dans la légende des éléments qui donnent tout son sel à cette relecture.
 
 
Mirror Mirror, réécriture de G.Maguire :

    Autre réécriture de la célèbre histoire de Grimm, Mirror, Mirror, encore inédit en France, est un roman fascinant du grand Gregory Maguire, dont la spécialité est justement la relecture virevoltante de certains contes classiques, dans des versions particulièrement riches. Ici, Blanche-Neige devient Bianca, et l'intrigue est recontextualisée à la cour des Borgia en pleine renaissance italienne. Un véritable coup de cœur!

Snow, réécriture de T.Lynn :

    Moins dense que l'ouvrage de G.Maguire, cette réécriture de Tracy Lynn, opus de la collection américaine "Once upon a time" (une collection qui propose exclusivement des réécritures des contes qui ont bercé notre enfance), propose une version située dans l'Angleterre victorienne teintée de steampunk.
 

  Une biographie de la méchante belle-mère de Blanche-Neige version Disney qui, en s'appuyant sur un nouvel angle, vient nous donner une image inattendue de ce personnage. Ce premier opus de la collection "Disney Villains" est une totale réussite.
 
 
Clins d’œil et détournements :


Les sœurs Grimm, saga de M.Buckley :

    Série jouissive et parfaite pour Halloween (mais malheureusement interrompue en France), Les sœurs Grimm s'amuse de l'héritage des célèbres conteurs en confrontant leur univers, complètement détourné, à leur descendantes.

 
Le pays des contes, saga de C.Colfer :
 
    Dans la lignée de la mini-série Le dixième royaume, l'acteur, chanteur et auteur Chris Colfer imagine les aventures de jumeaux tombant littéralement dans un livre ouvrant sur un pays fantastique où les personnages de contes existent réellement... mais où il n'ont pas toujours vécu heureux.
 
 
Le livre des choses perdues, de J. Connolly :
 
    Hommage aussi sombre qu'émouvant au pouvoir des histoires, ce roman nous entraîne dans un voyage initiatique à la symbolique forte. Best-seller et couronné de nombreux prix littéraires dans le monde entier, Le livre des choses perdues revisite la noirceur originale des contes, mais aussi leur vocation de transmission face aux difficiles étapes de l'existence.
 
 
La malédiction Grimm, de P.Shulman :
 
    Engagée au dépôt d'objets trouvés empruntables de la ville de New-York, Elizabeth découvre bien plus qu'un job étudiant. Organisé comme une gigantesque bibliothèque de prêt, le lieu, qui tient autant de musée, conserve les artefacts bien connus des contes de fées : miroir magique, pomme empoisonnée, soulier de verre... Mais attention au prix à payer pour les utiliser !
 
 
 
 
    Et si les contes qu'on nous lisait pour nous endormir n'étaient qu'une version pervertie de la réalité ? Et si les gentils étaient en fait les méchants, et vice-versa ? Où les descendants des grands méchants de contes de fées, des ados d'aujourd'hui pointés du doigt comme dérangeants et turbulents, se découvre une raison d'être et de se revendiquer atypiques en lutant contre autant de versions diaboliques de Blanche-Neige, du Prince Charmant ou de ces prétendus héros trop beaux pour être bons.
 

Adaptations :


 
Blanche-Neige et le chasseur, de R.Sanders, et Blanche-Neige, de T.Singh :

    Deux version concurrentes sorties au cinéma la même année à quelques mois d'écart, dans des registres très différents. Le film de Rupert Sanders propose une vision sombre et froide qui évoque à la fois Games of Thrones et le roman White as Snow, dans laquelle Blanche-Neige devient une combattante inspirée de la figure de Jeanne d'Arc. Le film de Tarsem Singh, plus pop et coloré, n'est pas sans évoquer l'univers Disney mais a le mérite de ne pas se prendre au sérieux à cent pour cent, ce qui en fait une agréable distraction.
 

    Bien avant la version de Ruppert Sanders, le cinéma s'était essayé à une adaptation dark du conte des frères Grimm. Dans l'Europe de la Renaissance, Lady Claudia n'accepte pas que la jeune et pure Lili s'interpose entre elle et son nouvel époux, le seigneur local. Se laissant persuader par son miroir magique que la jeune fille est la cause de ses tourments, la fragile épouse se laisse gangréner par l'esprit de vengeance.

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    Voilà donc une première sélection tirée de nos archives histoire de vous donner matière à occupation en attendant nos prochains articles. On revient très vite pour des inédits !

mardi 24 décembre 2024

A Snow White Christmas is coming...


    Année exceptionnelle, oui, mais pas jusqu'à abandonner nos traditions. Aussi, après notre automne des plus mouvementés, nous arrivons juste à temps (c'est à dire pas en retard, mais presque) pour ouvrir officiellement la période des festivités hivernales au Terrier. L'occasion aussi, comme tous les ans, de rejoindre le Challenge Christmas Time de Mya Rosa, qu'on suit toujours avec assiduité depuis... pfiou, au moins 2016 (ça nous rajeunit pas).

 
    L'an dernier, nous aurions dû consacrer notre Noël à un très célèbre conte ancestral, popularisé par les frères Grimm puis Disney, à l'occasion de sa sortie à venir au cinéma au format live action. La sortie repoussée, on avait décidé de profiter des 20 ans de la saga Ewilan pour célébrer dignement l'héroïne de fantasy française et remettre à plus tard notre hommage à ce conte connu de tous. Les choses se précisant pour mars prochain du côté du grand écran (même si les premières images nous laissent franchement dubitatif), nous sommes dans le timing parfait pour mettre à l'honneur la plus belle d'entre toutes...


    Blanche comme la neige, rouge comme le sang, noir comme l'ébène. Une citation qui a tellement imprimé notre imaginaire collectif qu'elle y fait figure d'incantation. Elle rappelle la noirceur originale de cette histoire, dans ces versions antérieures à l'adaptation par Walt Disney, plus lumineuse. Conte initiatique féminin et conte saisonnier à la symbolique forte, Blanche-neige tient autant du mythe de Demeter et Perséphone que de l'épisode biblique du fruit défendu, en passant par plusieurs faits divers historiques qui l'auraient inspiré. Conte du temps qui passe et du renouveau, conte du printemps qui succède à l'hiver, conte de la vie et de la mort, il est de ces textes aux univers visuels forts dont les premiers mots font s'accélérer le rythme cardiaque.


    Quoi de mieux, donc, que la saison hivernale pour le mettre à l'honneur ? Pour l'occasion, nous replongerons dans les archives du Terrier afin de vous composer un petit florilège thématique des chroniques déjà publiées, puis nous élargirons à de nouvelles lectures : albums d'artistes et réécritures patientent sagement dans notre PAL de Noël qu'on vous les présente. Nous n'oublierons pas les adaptations : si nous avions chroniqué les deux films sortis simultanément il y a environ 12 ans, il en restes quelques uns, méconnus, qui gagnent à être décryptés en attendant la sortie sur les écrans de la toute nouvelle version.

Alors, on commence ?


Once upon a time...

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