samedi 22 septembre 2018

Somewhere in (Summer)time...




... Comme quoi tout arrive : voilà probablement le premier article saisonnier depuis longtemps à être écrit et posté dans les temps, soit pile au changement de saison! Alors que nous connaissons au Terrier les premiers froids automnaux, petit article récap' de cet été, car qui dit été dit vacances...

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Somewhere in the 50's : Rockabilly day!


  Autant dire que les congés estivaux ont très bien commencé, puisque le premier weekend de vacances a été inauguré par notre participation à un topissime festival du rétro. Concerts, brocantes, voitures... Tout un weekend consacré aux décennies 40 à 60 et qui nécessitait bien qu'on fasse un petit effort vestimentaire. Pour la peine (bon, d'accord, pour le plaisir), nous avions revêtu nos tenues vintage les plus appropriées et, si nous n'étions pas les seuls à avoir joué le jeu, nous avons fait tourner de nombreuses têtes sur notre passage!


  Après un repas et de délicieux milkshakes dans notre diner favori, nous avons parcouru des couloirs d'étagères pleines à craquer de macramés, chaises pliables à motifs psychédéliques, nappes outrageusement fleuries, tapis à poils et fauteuils en rotin. L'impression d'être tombé dans un épisode de Chapeau Melon et Bottes de cuir ou une illustration de Fantômette par Josette Stefani...



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 Somewhere in Paris...


  Puis les vacances ont très bien continué : à peine revenu des années cinquante, direction la capitale pour aider une amie à emménager (comprenez : déballer les cartons de livres, car elle a BEAUCOUP de bibliothèques à remplir). L'occasion de profiter de la vue depuis son nouveau chez elle, d'aller au théâtre, ou dévaliser les supermarchés asiatiques...

Nous avons trouvé des sortes de mikados au thé vert! Et euh... beaucoup d'autres choses...

  Puis j'ai retrouvé Cochette/Tinker Bell pour une aventure inédite au Palais Garnier : Un escape game à grande échelle organisé à l'intérieur du célèbre opéra, mettant en scène le fantôme du roman de Gaston Leroux. Sur le papier (c'est à dire sur les visuels, et dans les trailers), le concept avait tout pour plaire et même si je ne suis pas du tout fan d'escape games, l'idée de chasser les fantômes dans l'Opéra Garnier avait tout d'excitant. 




... Et puis bof. Bon, l'escape game était plutôt une énigme interactive, voir une sorte de chasse au trésor en live, ce qui me correspondait davantage, mais l'animation en elle-même m'a un peu déçu. Il y avait certes de l'idée : les énigmes, très enthousiasmantes, donnaient du fil à retordre, le jeu des acteurs avait du style... mais le scénario utilisait surtout le personnage du fantôme de l'opéra pour user du succès de l’œuvre de Gaston Leroux sur de faux prétextes, car la trame de fond de l'enquête n'avait strictement rien à voir avec le célèbre polar, et la présence du fantôme était totalement anecdotique. De plus, si on se doute que l'opéra ne pouvait pas être privatisé pour une telle activité, la foule de touristes rendait l'entreprise ardue, celle-là qui était déjà complexifiée par un nombre de participants trop important pour la rendre agréable. Les travaux de restauration dans l'opéra, enfin, complexifiaient les déplacements alors que le temps était compté.


  En fait, de façon totalement prétentieuse, j'ai l'impression qu'avec dix fois moins de moyens, mes acolytes et moi-même avons fait dix fois mieux cette années dans le genre enquête interactive en costumes (Rappelez-vous, je vous en parles ICI).


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Somehere... here : Somehere in the kitchen

   Et puis voilà que les vacances se sont compliquées : une semaine après le début des congés, une bande de jeunes imbéciles en état d'ébriété (je dis cela comme si j'étais vieux, alors que je n'ai pas trente ans, et que les imbéciles en question étaient probablement plus âgés que moi, d'ailleurs...) a trouvé drôle de faire des dérapages nocturnes sur un parking et de percuter ma voiture, qui s'y trouvaient gentiment garée, avant de fuir la scène du crime tout feux éteints.

  Et là, c'est le drame : voiture remorquée, assurance contactée, présentation au poste de police pour déposer plainte... On pourrait croire que tout se solutionne très vite, mais non. Aussi, je ferai l'impasse sur l'absence de voiture de prêt avant le début des réparations (réparations qui viennent seulement de commencer... oui, oui, c'était il y a bientôt deux mois!) et donc l'absence de voiture de toutes les vacances, la police qui refuse de prendre ma plainte et m'accuse limite de raconter des bobards concernant l'accident, et l'expert qui oublie pendant plus d'une semaine de venir contrôler mon véhicule avant de refuser de prendre en compte tous les dégâts.

  Tout ça pour dire que j'ai passé la fin de mes vacances (une vingtaine de jours, les deux derniers tiers, oui, oui...) bloqué dans mon terrier perdu en pleine campagne sans possibilité de déplacement, contraint d'annuler tout mon programme d'été. Ce n'est pas comme si j'avais eu cruellement besoin de vacances cette années, en plus!


  Alors, oui, si je devais citer mes proche avec conviction, je dirais que "ce n'était que du matériel", et "qu'il y a bien plus grave" et qu'il fallait "positiver". Non mais oh, et puis quoi encore?! Soyons honnête : j'ai passé l'été à râler et fulminer sur les jeunes fous du volant, les policiers incompétents, et les experts automobiles dilettantes.  Pendant que je rugissais intérieurement, je n'ai rien trouvé de mieux à faire que tourner en rond tel un lion en cage, avant de finir par m'abandonner à la cuisine et à mon dernier joujou culinaire (un cuit-vapeur au micro-onde révolutionnaire), testant une à une toutes les recettes possibles : saumon et julienne de légumes, poulet et cœurs de sucrine tièdes, escalope et courgettes au curry...


  Puis j'ai testé plusieurs recettes de gâteau, dont le gâteau sablé anglais au cœur de lemon curd, et le Red Velvet Cake (ici sans glaçage), avant de me laisser inspirer par les scènes culinaires carrément ostentatoires de la série Please like me (chroniquée ICI), découverte cet été. Le second épisode m'a fait rêver de pain perdu toute la nuit avant que je me décide enfin à me lever à 5 heures du mat' pour conjurer le sort en cuisinant, puis, quelque jours plus tard, un autre épisodes m'a incité à m'essayer aux œufs à l'espagnol, une très bonne découverte.




  Et sinon, quoi d'autre? Ah, oui, l'été avait amené avec lui le grand retour des tomates mozzarella (déclinées avec plusieurs variétés de tomates anciennes) et du pain de maïs maison! 




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Somewhere with Emilie...

(image de Pascale Debert - source : Histoires Galantes)

  Oui, encore Emiliiiiiie! Une fois les vacances terminées, les journées du patrimoine ont permis d'égayer cet été tristounet avec une séance de dédicaces de Pascale Debert, auteure de Emilie du Châtelet, philosophe des lumières (chroniqué ICI), organisée au château de la Divine Emilie. Lorsque je l'avais rencontrée l'hiver dernier à l'occasion d'une conférence, je lui avait offert une fiole de Parfait Amour maison (l'une des boissons favorites d'Emilie et Voltaire, recette ICI). Cette fois, c'était un petit pot de Cotignac home made, confiture de coing dont on a retrouvé la recette dans les archives domestiques de la marquise (la recette sera en ligne tout bientôt). Après m'être fait dédicacé mon exemplaire et avoir fait une énième visite du château, j'ai parcouru un peu plus le parc et poussé jusqu'à l'ancienne demeure du jardinier d'Emilie et Voltaire, réaménagé au tournant du XIXème en petit chalet. Une journée érudite sous un soleil bien agréable.






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Art & craft:



  Avant et après ma longue période de mauvaise humeur estivale, j'ai tout de même réussi à gribouiller et bricoler quelques petites choses. Tout d'abord, j'ai moi aussi fait quelques dédicaces souvenirs aux amis et collègues qui m'ont accompagné au printemps dernier dans la création de notre énigme historique interactive. Et qui dit dédicaces dit gribouillis, aussi chacun s'est-il vu attribuer le dessin à l'effigie de son personnage joué et/ou favori. Il y a donc eu plusieurs Emilie, une Catherine de Russie, mais aussi une Jeanne Mance, une Louise Michel ou encore, un Sabinus...



   Côté collage et peinture, je n'ai eu l'énergie que pour deux créations : un coffret à dominos pour Grand-Père et Grand-Mère Lapin (cela faisait des siècles qu'ils les rangeaient dans une vieille boite Quality Street...) et une boîte de circonstance pour une robe charleston offerte en cadeau d'anniversaire à Grande Sœur Lapin (parce que c'était mieux qu'un paquet de papier cadeau mou et informe).


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Somewhere in my cupboards and bookcases...   

  Quoi de mieux (ou de pire?) que de céder au shopping en ligne lorsque vous vous trouvez assigné à résidence? Autant dire que je n'ai jamais autant aimé l'idée de pouvoir me faire livrer à domicile tout ce qui pouvait m'aider à oublier que je me trouvais bloqué au Terrier.


  Côté bouquins, le biopic sur Mary Shelley m'a donné envie de creuser le sujet : je me suis offert une biographie de l'auteure, ainsi que son fameux Frankenstein, son Journal d'affliction, et le manifeste des droits des femmes écrit par sa mère, célèbre philosophe des Lumières anglaises. Puis, la sortie au cinéma de Madamoiselle de Joncquières m'a incité à me racheter du Diderot : le récit original extrait de Jacques le fataliste, et son essai Sur les femmes, un ouvrage d'avant garde sur la place des femmes dans la société. Côté cadeaux, on m'a offert le tordant Fortunately the milk de Neil Gaiman, et cette très belle montre à gousset marqué du profil de Sherlock Holmes, rapportée de la boutique du musée du 221b Baker Street :-D. Enfin, je vous parlais plus haut de l'excellente série Please like me : elle ne m'a pas inspiré que des recettes, puisque je me suis offert un tee-shirt à l'effigie du personnage principal Josh et de son chien John... 


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  Voilà le résumé d'un triste été - vous allez dire que j'exagère car il semble que j'ai réussi à bien le remplir quand même, mais rien n'y fait, je reste bloqué sur ces vingt jours d'assignation à résidence et sur cet accident de voiture. Il faudra donc se dire que l'Automne sera meilleur... Rendez-vous dans quelques mois pour le savoir! ;-).


lundi 10 septembre 2018

Mary Shelley - un film d'Haifaa Al Mansour (2018)


Mary Shelley

Un film de Haifaa Al Mansour, d'après la vie de l'auteure Mary Shelley.
Sorti en salles le 8 Août 2018.
Avec Elle Fanning, Douglas Booth, Tom Sturridge, Bel Powley, Joanne Froggatt...


  En 1814, Mary Wollstonecraft Godwin entame une relation passionnée et scandaleuse avec le poète Percy Shelley et s’enfuit avec lui. Elle a 16 ans. Condamné par les bienpensants, leur amour tumultueux se nourrit de leurs idées progressistes. En 1816, le couple est invité à passer l’été à Genève, au bord du lac Léman, dans la demeure de Lord Byron. Lors d’une nuit d’orage, à la faveur d’un pari, Mary a l’idée du personnage de Frankenstein. Dans une société qui ne laissait aucune place aux femmes de lettres, Mary Shelley, 18 ans à peine, allait révolutionner la littérature et marquer la culture populaire à tout jamais. 

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   Ce film biopic sur Mary Shelley, venant célébrer le bicentenaire de son chef-d’œuvre Frankestein ou le Prométhée moderne, avait tout d'enthousiasmant lorsque sa sortie a été annoncée. En effet, on notera aux commandes ni plus ni moins qu'Haifaa Al Mansour, réalisatrice du très réussi et encensé Wadjda (2013), qui évoquait la place de la jeune fille en Arabie Saoudite. Première femme réalisatrice saoudienne, Haifaa Al Mansour signe avec Mary Shelley son premier film "hollywoodien", dans lequel elle s'attaque qui plus est à l'un des piliers de la culture littéraire européenne.


  Un film en costumes et une tête d'affiche prestigieuse en la personne d'Elle Fanning (dont votre humble serviteur est éperdument amoureux, donc n'attendez pas de critique objective quant à sa prestation. C'est ainsi.) : ce film a tout pour rencontrer son public et, même, pourrait-on croire, faire chavirer la critique. Il n'en est rien, car fort est de constater que le biopic d'Haifaa Al Mansour a été très vite piétiné par les journalistes cinéma. Là où la presse, disons, "grand public"(de Femmes actuelles à Paris Match en passant par Télé 7 jours) l'a très bien accueilli, la presse plus "spécialisée" ( bon, je ne suis pas d'accord ses rédacteurs, donc aujourd'hui, nous l'appellerons la presse "élitiste" : Télérama, les Inrock, Première...) l'a rangé dans la catégorie des films académiques ennuyeux, lesté par une" bande-originale envahissante". C'est donc un peu près tout ce qu'il en ressort, "officiellement" par les "Officiels".


  Mais au Terrier, on est rarement d'accord avec les "Officiels" (oui, oui, guillemets + italique = petite condescendance de ma part ^_^), justement : il y a plusieurs façons de faire un film, et il y a plusieurs façons de l'aimer. Amusons-nous donc à démonter un à un les reproches formulés à son sujet, voulez-vous?

  Tout d'abord, on lira partout cette manie impossible que les critiques ont de toujours comparer le second film d'un réalisateur avec son premier. Mary Shelley ne fait pas exception, et c'est sans arrêt Wadjda qui lui sert de mètre-étalon. Ce biopic n'a-t-il donc pas le droit d'exister pour lui-même? Les seuls avis pertinents seront ceux qui, avec raison, porteront sur ce point commun qu'est la place de la femme dans les deux films. C'est d'ailleurs du propre aveux de la réalisatrice ce qui l'a convaincue dans le scénario : le fait que le combat soit le même. Qu'on parle d'émancipation féminine dans l'Arabie Saoudite actuelle ou de la femme qui tente de se libérer du carcan de la société misogyne du XIXème siècle en Angleterre, l'universalité et l'intemporalité du propos sont ici traitées avec la rigueur historique qui s'impose, mais aussi avec l'écho nécessaire à l'actualité. C'est peut-être pourquoi d'autre critiques jugent le film trop moderne, anachronique? Anachronique ou académique, il faudrait choisir...


  D'ailleurs, académique, l'est-il? Oui, probablement juste ce qu'il faut, parce que c'est un film en costumes, parce que c'est un film historique (et parce que la reconstitution est visuellement sublime). Parce qu'il lui sied de l'être au même titre qu'on aime lire du Poe dans une vieille édition reliée de cuir plutôt qu'en poche broché et sans âme. D'ailleurs, plutôt que de le dire "académique", nous le dirons "classique", à l'image de ces grands films qui nous marquent et parmi lesquels Mary Shelley mérite au moins une petite place, en raison de ses nombreuses qualités.

  Elle Fanning, tout d'abord, jugée fade et plate par certains, incarne au contraire avec une passion incandescente le rôle de Mary Shelley, au croisement de ses ambitions littéraires, philosophiques et de la pression sociétale. Les deux heures du film nous permettent de la voir évoluer, mûrir et, au cours des deux années exploitées à l'écran, passer de l'enfance à l'âge adulte. L'actrice est parfaite dans les différents aspects du personnages, que ce soit l'apathie du deuil ou la frénésie de l'écriture, et sa voix légèrement rauque donne tout l'aplomb nécessaire à ses discours engagé et pétris de féminisme émergent.


  Car en effet, tel qu'évoqué plus haut, c'est la place de la femme qui est racontée à travers celle de Mary. En cela, le film vient rappeler plusieurs fois l'impact fort qu'eut sa défunte mère, Mary Wollstonecraft : Femme philosophe du siècle des Lumières anglais, Mary Wollstonecraft marqua le XVIIIème siècle britannique par son profond engagement dans la défense du droit des femmes et ses opinions sur les unions libres. La jeune Mary, bien avant de s'appeler Shelley, fut baptisée des mêmes noms que sa génitrice, et le parallèle entre les deux femmes est souvent suggéré dans le biopic, venant ainsi rappeler la part d'héritage indicible, et le désir presque inconscient de fidélité que l'adulescente cherche à témoigner envers sa mère à travers ses propres choix de vie. Une analogie très sensée qui apporte beaucoup de poids au personnage.


  Si Douglas Booth, pourtant parfait en costume dans Les Grandes Espérances (version BBC en 2011), parait parfois trop lisse dans le rôle du complexe Percy Shelley, reconnaissons un choix de qualité pour l'interprète de l'ambigu Lord Byron, THE poète gothique et romantique des nuits londoniennes. Tom Sturridge pourrait se voir reprocher ses envolées loufoques, mais pour peu que l'on se penche sur le portrait du Byron original et des événements survenus en Suisse restitués à l'écran, on se laissera convaincre par le jeu excessif de Sturridge, à l'image du poète. Excessif mais non dénué de nuances, car outre les scènes de folie orgiaque ou poétique, on retiendra celle très étrange et émouvante de ses adieux à Mary, au terme de leur villégiature helvétique.


  Ce séjour à Genève, qui occupe très pertinemment une bonne partie du film, c'est bien sûr celui de la Villa Diotati (qui n'a d'ailleurs pas servi de décor au film, l'équipe de tournage lui préférant un château au Luxembourg pour les scènes d'intérieur et un château en Lorraine pour l'extérieur). Elle fut le cadre d'un épisode aujourd'hui mythique dans la vie littéraire de ces figures que sont Mary et Percy Shelley, William Polidori et Lord Byron : tous les quatre s'y lancèrent un concours d'écriture horrifique pour combler l'ennui du aux intempéries sans fin de l'été 1816. De ce défi naquirent deux œuvres majeures pour le genre fantastique : Le Vampire, par Polidori, et Frankestein, dont Mary Shelley écrivit alors la première ébauche.


  Dès lors, l'intérêt du film est de superposer l'écriture de son roman aux tourments de sa relation avec Percy, révélant ainsi le caractère métaphorique de l’œuvre : plus qu'un pilier du fantastique ou un avant-goût de la littérature de science-fiction, Frankenstein est avant tout une fable qui évoque avec détournement la perte, l'abandon ou encore le rejet que Mary du traverser tour à tour à travers le décès de son premier né puis sa relation houleuse avec Percy, qu'elle adulait en dépit de ses frasques. Sous-titré Le Prométhée moderne, Frankenstein évoque alors tout autant le mythe de Pygmalion et, dans sa conception, le principe de sublimation dans sa plus pure définition. Encore une fois, le film s'offre un angle d'approche original et psychologique... C'est tout de même un peu mieux que la majorité des biopics que l'on qualifie d' "académiques", non?



  Enfin, comment ne pas évoquer la bande-originale du film? Composée par Amelia Warner, la musique, omniprésente (et non "envahissante", selon les critiques négatives), magnifique de lyrisme, et entêtante, est  comme un personnage à part entière dans l'histoire. Ces chœurs de voix féminines portés par des cordes accompagnent à merveilles les émotions des protagonistes ou celles qu'ils suscitent auprès du spectateur, venant amplifier, intensifier leurs effets et leur résonance.


En bref : Film catalogué bien trop vite, Mary Shelley allie parfaitement éléments classiques et modernité, rendant ainsi un hommage à cette grande figure littéraire tout en faisant d'elle un personnage universel et intemporel. Éminemment féministe, ce biopic parvient à être romanesque sans jamais être mélodramatique. Le jeu poignant d'Elle Fanning, à travers les épreuves que traverse son rôle et les opinions qu'il défend, permet de rappeler le caractère vif et engagé de cette auteure et d'en faire, encore aujourd'hui, un modèle digne d'inspiration. 



Et pour aller plus loin...

vendredi 7 septembre 2018

Gourmandise Littéraire : Pique-nique à Hanging Rock


   Il y a peu de temps, j'évoquais en ces pages l'hypnotique roman Pique-Nique à Hanging Rock (Picnic at Hanging Rock) de Joad Lindsay, énigmatique et envoûtant classique de la littérature australienne. Souvenez-vous : en pleine époque victorienne, voici les élèves d'une prestigieuse école de jeunes filles qui célèbrent la Saint-Valentin en partant faire leur pique-nique annuel hors les murs du collège. La joyeuse troupe, toute de bottines vernies, canotiers et robes de dentelle vêtue, pose ses paniers à Hanging Rock, promontoire rocheux séculaire, pour un déjeuner sur l'herbe... mémorable. En effet, au terme du repas, trois étudiantes disparaissent mystérieusement...

  Ce pique-nique distingué au milieu de la nature sauvage est le point central et pivot du roman : il est l'élément déclencheur qui plonge la charmante et délicate fable féminine que l'on croit lire dans un chaos vertigineux, et prend vie et forme dans l'esprit du lecteur grâce aux nombreuses descriptions faites par l'auteure. Dans l'atmosphère vaporeuse des mousselines et le clair-obscur dansant des rayons du soleil se frayant un passage entre le feuillage, Joan Lindsay nous restitue un pique-nique victorien dans ce qu'il a de plus traditionnel. Nous avions déjà évoqué les origines du pique-nique (étymologiquement "picorer des petites choses") dans cet article, qui vous rappellera que cette pratique connaissait alors en cette fin de XIXème siècle son apogée. 


" Le déjeuner avait été servi sur de grandes nappes blanches étalées bord à bord, à l'ombre de deux ou trois vastes eucalyptus. En plus de la croustade de volaille, du gâteau de Savoie, des puddings et des bananes tièdes qui figurent au menu de tout vrai pique-nique australien, la cuisinière avait confectionné un superbe gâteau glacé en forme de cœur, pour lequel Tom avait obligeamment découpé un moule dans un morceau de fer-blanc."

Pique-Nique à Hanging Rock (Picnic at Hanging Rock), 1967, Joan Lindsay (Flammarion, 1977)


  Au menu du jour, on évoque donc une cuisine dite typiquement australienne, mais dont les mets renvoient autant à la tradition culinaire britannique : Angel Cake ( devenu en version française un gâteau de Savoie - nous aurons l'occasion de parler de l'Angel Cake très prochainement), ou encore les célèbres puddings. Normal, me direz-vous, puisque l'Australie est directement affiliée à l'Angleterre depuis sa colonisation, et partage donc certains de ses points de culture, notamment en cuisine.
  Nous nous attarderons cependant aujourd'hui sur les deux principaux plats de ce repas : la croustade de poulet (chicken pie en VO) et le gâteau glacé en forme de cœur spécialement préparé pour cette fatidique Saint-Valentin 1900...


Chicken Pie / Croustade de volaille:

  La chicken pie, aussi appelée ici "croustade", est donc ni plus ni moins qu'une tourte. La tourte est, à l'instar du pain, probablement l'un des plats les plus anciens et constituant comme ce dernier un aliment de base à de nombreuses cuisines de par le monde et les époques. En effet, dès lors que l'humain parvint à travailler la farine, il découvrit rapidement ses nombreuses utilisations dont la fabrication de pâte dans laquelle fourrer viande et légumes. La plus ancienne recette connue de tourte remonte ainsi au XIIIème siècle et l'on en croise moult versions dans les livres de cuisine médiévale. Si la pâte servait au départ à garantir la conservation de la garniture et non à être nécessairement mangée, on ne s'imagine pas se priver aujourd'hui de son croustillant...

 Pour la confection de cette recette, nous vous conseillons l'utilisation du traditionnel pie dish, c'est à dire le célèbre plat à tarte utilisé dans la cuisine anglaise et américaine : profond, évasé, et à large rebord.


Ingrédients (pour 6 à 8 personnes):

-400 g de pâte brisée maison ou du commerce
-300 g de pâte feuilletée maison ou du commerce
-1 kg de filets de poulet
-3 cuillères à soupe de sauce Worcerster
-10 cl de vin blanc
-1 cuillère à soupe de clous de girofle
-3 cuillères à soupe d'huile d'olive
-coriandre
-baies roses
-sel et poivre du moulin
-jaune d’œuf pour la dorure

A vos tabliers:

- La veille de la cuisson : émincer les filets de poulet en petits morceaux, puis les mettre dans une jatte avec la sauce Worcester, le vin blanc, l'huile, et les clous de girofle. Y ajouter quelques graines de coriandre grossièrement écrasées, le sel et le poivre selon les goûts puis remuer. Laisser mariner toute une nuit couvert, au réfrigérateur.
- Le lendemain : égoutter la viande et retirer les clous de girofle, puis laisser les morceaux jeter l'excédant d'humidité sur du papier absorbant. Pendant ce temps, abaisser la pâte brisée de façon à obtenir un cercle assez grand pour le fond de tourte. Foncer ce cercle dans le pie dish en veillant à bien rabattre la pâte jusqu'au bord du plat. Y verser le poulet mariné.
- Abaisser maintenant la pâte feuilletée afin d'obtenir un cercle qui couvrira la tourte. Le disposer sur le dessus de la viande en soudant bords à bords à la pâte du brisée du fond de tourte. Percer une cheminée au milieu, puis dorer la croûte avec un mélange jaune d’œuf/eau battu, appliqué au pinceau.
- Enfourner dans un four préchauffé à 200°C pour 45/50 minutes environ (si la croûte supérieur se colore trop, couvrir d'une feuille d'aluminium à mi-cuisson). Pendant la cuisson, la tourte peut se rétracter légèrement.
- A déguster dès la sortie du four, mais aussi délicieux pour un repas froid.


Red Velvet Heart Cake / Gâteau glacé de la Saint Valentin:

  Si le livre évoque un simple gâteau glacé en forme de cœur, la composition exacte du dessert cuisiné spécialement pour ce pique-nique de la Saint Valentin reste un mystère. Nous vous proposons une interprétation que nous avons humblement jugée des plus pertinentes : celle du Red Velvet Cake.

  Le Red Velvet Cake est de ces gâteaux traditionnels de la cuisine anglo-saxonne aux origines encore floues : on le dit tantôt américain, tantôt anglais, mais toujours est-il qu'on le croise très fréquemment dans tous les pays de langue anglaise dès la fin du XIXème siècle. Son nom, qui signifie littéralement "gâteau de velours rouge" vient de la couleur rougeoyante de sa génoise, due à différents ingrédients selon la recette. On racontait parfois qu'elle apparaissait grâce à une réaction chimique produite par le mélange de beurre, de sucre et de vinaigre qui entraient dans certaines compositions, mais c'est évidemment surtout  grâce à la présence de colorant rouge que le Red Velvet obtient sa teinte incomparable.
  Et qui dit colorant alimentaire rouge dit souvent... betterave! La betterave est en effet l'un des ingrédients clefs de la plupart des recettes de Red Velvet Cake. Même si son utilisation s'est davantage répandue avec le rationnement de la Seconde Guerre mondiale, on peut tout à fait subodorer qu'elle entrait déjà dans la composition de certaines recettes du XIXème, ne serait-ce que pour son effet colorant unique.
  Cuit en plusieurs étages enduits d'un glaçage crémeux, ce grand classique est LE gâteau traditionnellement servi à la Saint Valentin. Dès lors, donnons-lui une forme de cœur et il devient le parfait gâteau pour ce pique-nique à Hanging Rock...


Ingrédients (pour 6 à 8 personnes):

-350g de betterave 
-220g de chocolat noir patissier
-100g de beurre
-180g de farine
-150g de sucre roux
-1/2 sachet de levure chimique
-4 œufs
-60g de poudre d'amandes
-colorant rouge
-250g de mascarpone
-250g de cream cheese (type Philadelphia)
-150g de sucre glace
-20cl de crème liquide à 30 pour cent de matière grasse
A vos tabliers!

-Faire fondre le beurre et le chocolat au bain-marie. Pendant ce temps, mélanger la farine, la levure et le sucre avec les œufs dans un récipient. Y ajouter ensuite le beurre et le chocolat.
-Mixer la betterave à l'aide d'un blender ou d'un mixer plongeant afin de la réduire en purée et l'ajouter au mélange précédent.
-Ajouter la poudre d'amande et la quantité souhaitée de colorant puis remuer afin d'obtenir une texture et une couleur homogènes.
-Verser la pâte dans deux moules pour gâteau à étage (layer cake) en forme de cœur ( si vous n'en possédez pas, vous pouvez aussi diviser la pâte et la cuire en plusieurs fois dans le même moule en forme de cœur... ou même dans un moule rond, la forme de coeur n'est pas obligatoire ;) ).
-Faire cuire chaque étage du gâteau 40 minutes environ dans un four préchauffé à 180°. Les laisser refroidir avant de les démouler.
-Une fois les étages froids, préparer le glaçage : mettre au réfrigérateur les ingrédients et un saladier. Y fouetter au batteur électrique la cream cheese et le mascarpone puis ajouter le sucre glace. Verser ensuite la crème liquide tout en continuant de fouetter jusqu'à obtenir une texture dense et crémeuse.
-Disposer le premier étage du gâteau dans un plat, puis le tartiner de glaçage. Déposer le deuxième étage dessus puis enduire la totalité du gâteau de crème à l'aide d'une spatule coudée. 
-Placer minimum deux heures au réfrigérateur avant de servir.

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  Emportez maintenant vos victuailles dans un panier puis allez choisir une place à l'ombre des arbres pour les savourer... et gare à ne pas vous perdre dans les bois au cours de votre promenade digestive...


jeudi 30 août 2018

La chorale des Dames de Chilbury - Jennifer Ryan

The Chilbury Ladies' Choir, Harper Collins, 2018 - Editions Albin Michel (trad. de F. du Sorbier), 2018.

  1940. Un paisible village anglais voit partir ses hommes au front. Restées seules, les femmes affrontent une autre bataille : sauver la chorale locale pour défier la guerre en chantant. Autour de Miss Primrose Trent, charismatique professeur de chant, se rassemble toute une communauté de femmes, saisie dans cet étrange moment de liberté : Mrs Tilling, une veuve timide ; Venetia, la "tombeuse" du village ; Sylvie, une jeune réfugiée juive ; Edwina, une sage-femme qui cherche à fuir un passé sordide. Potins, jalousies, peurs, amours secrètes… Entre rires et larmes, Jennifer Ryan, s'inspirant des récits de sa grand-mère qui a vécu le conflit depuis un petit village du Kent, sonde les âmes de ce chœur que vous n'êtes pas près d'oublier.

  Un petit bijou d'intelligence et d'esprit typiquement british, dans la lignée du Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates et de La dernière conquête du major Pettigrew

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  Un résumé des plus tentants et des références de qualité : la quatrième de couverture de ce roman ne lésine pas pour retenir l'attention du potentiel lecteur. Ah, et on a oublié de vous dire que la narration, polyphonique, alterne entre lettres et extraits de journaux intimes... C'est bon, convaincu?


"  Bien sûr que les femmes peuvent chanter sans les hommes. Qu'est-ce que je fais dans ma baignoire toutes les semaines ?"

  Bienvenue à Chilbury, donc. Nous sommes en 1940 et tous les hommes de ce petits village du Kent ont été envoyés au front, à part les plus âgés ou les impotents. Or, sans homme, il manque désormais un certain nombre de voix nécessaires à la chorale de la paroisse. Ne pouvant se résoudre à mener un chœur de voix exclusivement féminines, le pasteur dissout la chorale, ce qui plonge les habitantes de Chilbury dans le plus grand désarroi. Mais Miss Primrose Trent, professeure de musique récemment installée au village, propose de lever le tabou que constituerait la formation d'un groupe de chanteuses, et invite toutes les femmes à se réunir pour former la toute nouvelles Chorale des Dames de Chilbury. Au sein de ce groupe se retrouvent ainsi Mrs B., maîtresse-femme caractérielle qui s'oppose au projet mais refuse l'idée de ne pas en être, Mrs Tilling, infirmière veuve altruiste et perspicace, Edwina, sage-femme aux activités peu recommandables, ainsi que les filles du général Winthrop, dont le fils aîné vient de perdre la vie à la guerre. Très vite, le voile se lève sur l'intimité de chacune d'entre elles et, malgré leurs différences et divergences d'opinion, toutes se découvrent ou se redécouvrent à travers leur volonté de faire vivre cette chorale un courage et une pugnacité insoupçonnés pour survivre ensemble à cette guerre... et à leurs propres fantômes.



" On ne peut pas se faire une image de quelqu'un qui est mort, a-t-il répliqué tout net. Croyez-moi, j'ai essayé. Il y a tant de choses intangibles chez une personne, une foule de petits détails, son passé, mille et une petites habitudes agaçantes, la façon dont elle parle, son odeur. Ce sont tous ces détails - et beaucoup d'autres encore - qui lui donnent cette densité et cette complexité que l'on peut recréer. On peut se servir de photographies, de portraits, de poèmes, de parfums, de tout ce qu'on peut trouver qui est susceptible de vous la rappeler, mais essayer de transmettre à un enfant l'essence de sa mère ne peut être au mieux que fragmentaire."

  Le cercle littéraire d'amateur d'épluchures de patates montrait comment les rescapés de la Seconde Guerre mondiale avaient trouvé le courage nécessaire dans la lecture, et Petites recettes du bonheur pour les temps difficiles évoquait les épouses en attente de nouvelles du front, qui survivaient à la dure réalité de la vie grâce à leur correspondance et aux conseils de cuisine. Cette fois, c'est à travers le chant que ce roman met en scène un groupe de protagonistes cherchant à garder le moral pendant les conflits armés. On retrouve ici tout la finesse délicieusement british du premier et toute la profondeur et l'humanité du second.


"Liste des choses à retenir avant que quelqu'un parte à la guerre :
La forme de son corps, le morceau de vide qui restera une fois qu'il sera parti.
La façon dont il bouge, son allure quand il marche, la vitesse à laquelle il se retourne pour regarder.
Le mélange d'odeurs et de parfums qui ne subsiste qu'un temps.
Sa couleur, son éclat qui fait passer au second plan tout ce qu’il fait, y compris sa mort."

  En effet, le style, très anglais, rappelle à quel point les Britanniques sont doués pour ce genre d'intrigue alliant légèreté et drame sans jamais tomber dans le mélo : toute en subtilité et ce malgré l'omniprésence de la guerre en arrière-plan, laquelle n'est pas sans de tristes répercussions alors même que le lecteur finit par se croire en sécurité à Chilbury. C'est cet alliage typiquement british, cette alchimie des tons et le charisme des personnages, qui fait de cette histoire qui aurait pu être un simple feel good book un peu facile le livre finalement très touchant qu'il se révèle être.


" J'ai compris alors ce que c'est d'être adulte : apprendre à trancher face à une série de choix désastreux, et s'accommoder au mieux de l'horrible compromis qui en découle."

  Car, au fond, le scénario (ou les scénarii, si l'on veut parler des histoires propres à chaque personnage) est parfois cousu de fil blanc, et certains personnages un peu trop transparents lorsqu'on devine progressivement que même les plus vils finiront par s'amender. Mais il y a toujours cette délicatesse toute anglaise dans la restitution des émotions ou la description des anti-héros qui composent cette histoire et, même, une certaine perspicacité dans la réflexion que suggère l'auteure à travers eux ou les événements qu'ils traversent. C'est cela qui fait toute la différence et amène le lecteur à s'attacher farouchement aux courageuses quoi qu'imparfaites, comme tout à chacun, membres de cette chorale et, la rigueur et l'immersion historiques aidant, à se croire le temps de quelques pages véritablement habitant d'un village pendant 39-45.

 Plan de Chilbury, présent dans les éditions en VO (cliquez pour voir en grand).

" Le fait de se rendre compte qu'on va mourir rend en fait la vie meilleure, car c'est à ce moment-là seulement qu'on décide de vivre la vie qu'on veut vraiment, et non celle que les autres veulent pour nous. Et qu'on décide aussi de profiter de chaque minute."

  La chorale, par ailleurs, si elle est bien au centre de l'intrigue, l'est davantage en terme de "fil rouge" reliant les destins à la fois si différents, et pourtant si semblables face à la terreur de la guerre, à l'angoisse de l'attente, ou au deuil. Elle vient rappeler l'importance de la cohésion et de la chaleur humaine lors des moments les plus difficiles, et ce à travers une pluralité de discours qui donnent envie de croire, au moins le temps de 462 pages, à la solidarité et à l'altruisme.

" Ça m'a rappelé le dernière guerre, la Grande, où tout l'argent du monde ne pouvait vous permettre d'échapper à la mort. Devant elle, nous sommes tous égaux."

" Le deuil est partout le même, où que l'on aille: écrasant, inexorable, assourdissant. Comme nous sommes résilients, nous autres humains, qui pouvons apprendre lentement à continuer à vivre lorsque nous nous retrouvons seuls, à remplir le vide tant bien que mal!
Ou à nous laisser happer par lui."


En bref : Un roman chorale (dans tous les sens du terme) qui pourrait paraître facile dans son déroulement mais dont la "patte" anglaise, dans la plume comme dans les descriptions des personnages, fait toute la différence. La chorale des dames de Chilbury est un roman doux-amer d'une grande délicatesse qui, en plus d'immerger le lecteur dans le quotidien d'un village pendant les conflits de 39-45, est habité d'une profonde sincérité et porté par des protagonistes très attachants. 


Et pour aller plus loin...