mardi 23 juillet 2019

A very Roaring Spring : Art Deco & Egyptomania...





  Je vous le disais il y a quelques semaines : avec 2019, nous fêtons les cent ans du début des insouciantes, tonitruantes, et enthousiasmantes Années Folles, également appelées outre-Atlantique les Roaring Years ou Roaring Twenties. Quoi de mieux, donc, que de célébrer cette année dans une ambiance vintage digne de cette folle période ?
  Avec mon retard coutumier, voici le bilan de ce printemps 2019, l'article de blabla saisonnier marqué sous le sceau de l'égyptomanie et de l'Art-déco!

Egyptomanie:


  Car 1919 c'est aussi... la découverte du tombeau de Toutankhamon, dont on fête cette années les cent ans! Pour l'occasion, le célèbre trésor du pharaon a quitté son musée égyptien pour une grande exposition itinérante. En France, on n'avait pas pu admirer ces pièces depuis leur dernière exposition en 1967. Alors qu'un tout nouveau musée est actuellement en construction à Gizeh pour accueillir définitivement les artefacts à partir de 2021, c'est 150 pièces du trésor (soit une tout petite portion de sa totalité, en vérité) qui sont actuellement présentées aux Halles de la Villette.


  Il me fallait y aller. Tout petit, j'ai été pris moi aussi de la fièvre pharaonique : collectionnant les encyclopédies sur le sujet, visionnant en boucle les films de momie, et projetant de devenir égyptologue. Parce que le sujet a déjà été abordé par Georges Chaulet dans un tome de sa série Fantômette, cette exposition est rapidement devenue un des événements du Fantomeeting 2019 (pour les non initiés, le Fantomeeting est la rencontre annuelle des lecteurs de Fantômette. Moquez-vous, mais les Fantôphiles égalent largement la Société Française de Sherlock Holmes ou les autres fans clubs officiels de personnages littéraires, mais en plus sobre, plus chic, et plus restreint. Na.).

 Transat, théière, et couverts à salade de Toutankhamon :-P.

  Bref, c'est vêtus comme le veut la coutume de jaune et noir que nous avons admiré les statues, sceptres, et bijoux découverts par Howard Carter il y a cent ans de cela, le tout merveilleusement mis en scène et en lumière dans l'ambiance tamisée d'un décor conçu pour l'occasion. On regrettera seulement que les entrées échelonnées ne suffisent pas à décanter l'affluence du public sur le site : les visiteurs s'attardant à l'intérieur, on se retrouve vite les uns sur les autres ou pressés contre les vitrines. 


  Outre les reliques présentées, des vidéos et panneaux ont rappelé en fin de visite l'impact de cette découverte sur la décennie des Année Folles : la mode, l'architecture, et même la publicité se sont inspirées de cette esthétique égyptienne. Une véritable égyptomanie s'est emparée de la culture visuelle de l'époque, alliant orientalisme et Art-déco.

 Quand le style pharaonique inspire la mode de 1919...

  Cette exposition est parfaite pour réveiller l'égyptologue imaginaire qui sommeille en vous (même si la maturité amène à se questionner sur l'éthique de piller des tombes et d'exposer leur contenu, même pour le bien de la recherche archéologique... Ben quoi, c'est vrai : aurait-on envie de voir son cercueil et sa dépouille exposés dans un musée dans trois mille ans?). N'hésitez pas à y emmener les plus jeunes : l'exposition leur est accessible et ça vous donnera probablement l'occasion de cueillir quelques belles perles au passage ("Dis Maman, en fait, dans le trésor de Toutankhamon, tout est bien conservé sauf lui, non?").



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Art-déco orientalisant:



  Quoi de mieux, pour rester dans l'ambiance, que de terminer cette visite par un petit tour dans l'Orient-Express (Saviez-vous d'ailleurs qu'il avait une branche qui assurait les correspondances jusqu'au Caire, sous le nom du Taurus Express? ) ? Pour cela, oublions le restaurant éphémère (et inabordable) du célèbre train lorsqu'il est à quai en gare de l'Est, et tournons-nous vers... le Wagon Bleu! 


  Déjà évoqué ICI il y a quelques années, le Wagon Bleu est un restaurant parisien qui vous offre l'opportunité de prendre un repas à bord d'un ancien wagon de l'Orient-Express. Après y avoir fêter mes 26 ans en 2017, j'ai fait découvrir ce lieu unique à mes amis fantôphiles pour un dîner dans une ambiance Art-déco feutrée à souhait.



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Autres temps, autres lieux :



  Mais puisque le Fantomeeting est aussi l'occasion de visiter des lieux mis à l'honneur dans les écrits de Georges Chaulet, nous sommes allés visiter la tour de Montléry, un des rares lieux encore jamais vus par les Fantophiles, puisqu'en rénovation depuis plusieurs années. Cette tour est le seul vestige d'un château médiéval au centre de l'intrigue de Fantômette contre Charlemagne, dans lequel la justicière en jaune et noir doit retrouver la couronne des rois de France, dissimulée au pied de la tour sous une pierre marquée d'une fleur de lys. Après une horrible et interminable marche (je vous rappelle qu'après ma chute à vélo et mon opération du fémur, c'était ma première "grosse" sortie) et un détour par ce qui devait initialement être un raccourci (mais qui tenait plus du parcours du combattant), nous avons fini par trouver la tour de Charlemagne...



  Armés de notre exemplaire de Fantômette en guise de guide touristique, nous avons eu à démêler le vrai du faux avec un guide officiel (en chair et en os, celui-là). Quelle n'a pas été notre déception d'apprendre qu'en réalité, la tour n'avait rien à voir avec Charlemagne et que feu notre bon vieux Monsieur Chaulet avait un petit peu (beaucoup) joué avec les faits historiques. Peu importe, nous avons quand même cherché la pierre marquée d'une fleur de lys en suivant les indications du roman... En vain. Ceci dit, de l'avis de tous, il s'agirait peut-être de cette cavité (si l'on part du principe que la couronne a été découverte, la pierre n'est donc plus à sa place), mais pour faire plaisir aux enfants et aux futurs Fantôphiles qui s'aventureront ici, nous avons redessiné le fameux symbole ailleurs (ohé, inutile de crier à la dégradation, c'est du crayon de papier, ça partira dès qu'il pleuvra!).

 (cliquer sur l'image de droite pour voir en grand la fleur de lys...)


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Bricoles et fariboles:



  La fin de mon arrêt et la reprise du travail m'ont vite plongé dans la routine habituelle et mis face à la course au temps propre à chaque fin d'année. Il y avait notamment un projet théâtre de longue haleine à terminer avec mes grand monstres, avec lesquels nous avions étudié cette année Quand on aura le temps de C.Bonfils, pour travailler à l'écriture et à la mise en scène d'une suite avec l'auteur. La représentation a eu lieu mi-juin devant un public très ému et les apprentis dramaturges ont même pu dédicacer leur pièce éditée sous forme d'un livre à leurs nouveaux fans. Nous étions tous très fiers d'eux.


  J'ai aussi trouvé le temps de réaliser quelques colis de cadeaux pour Pouchky/Ficelle et Tinker Bell : l'un sur le thème de Pique-nique à Hanging Rock (comprenant le roman, la série adaptée du livre, et un melting pot d'objets d'inspiration victorienne) et l'autre, plus minimaliste, sur le thème de Peter Pan (avec un thé "Fée Clochette" très approprié et parfaitement assorti à ce mug isotherme). L'achat d'un tampon "Lapin" pour cachet de cire m'a permis de signer de ma patte les lettres jointes aux paquets ainsi que mes futurs courriers.



  Côté gribouillis, par grand chose si ce n'est ma première dédicace illustrée sur l'un des tomes des Enquêtes de Voltaire de F.Lenormand, dont j'ai réalisé la couverture : pour une personne qui me faisait furieusement penser à la Grande Catherine de Russie, une rapide esquisse de la Tsarine toute en perles et froufrous.


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Popotes et casseroles:


  Ça a chauffé fort, côté cuisinière : il y a longtemps que je n'avais pas été aussi productif aux fourneaux! Probablement aussi en raison du temps dont j'ai disposé avant ma reprise du travail, j'en ai profité pour tester de nouvelles recettes. Parmi les nouveaux essais très concluants : une quiche poireaux parmesan (ci-dessus), une tatin d'échalotes, un sauté de poulet à la sauce soja, ou encore une nouvelle version du dhal de lentilles. Du côté des reprises, des valeurs sûres avec mon habituel poulet au curry et la salade tiède de chou-fleur au four de Gwyneth Paltrow...




  Et parce que mes papilles ont été furieusement alléchées par l'évocation du Gin Tonic dans tous les romans se déroulants au cours des Années Folles, j'en ai déniché deux bouteilles très esthétiques pour les tester dans de futures gourmandises littéraires. Bon, d'accord, c'est aussi et surtout parce que leur esthétique est très jolie et que le gin en question a été fait sur Rabbit Island que je les ai achetées...



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Nouvelles acquisitions :



  Oulala, là aussi, entre les partenariats, les cadeaux, et les achats, il y a du monde. Ce n'est pas ça qui va m'aider à faire diminuer ma PAL. Mon esprit encore hanté par la récente série de Picnic at Hanging Rock, je me suis offert la pièce de théâtre adaptée du roman, ainsi que le chapitre final inédit édité après la mort de l'auteure. Parce qu'une nouvelle librairie a ouvert près de chez moi, je suis allé de suite m'imposer comme client d'importance en repartant avec le dernier M.Atwood en poche, l'Ombre du Golem d'E.Abecassis et B.Lacombe, Sur l'amour et la mort de Suskind, Pretium Doloris de la philosophe C.Fleury, et la BD Dans les Bois d'E.Carroll, parfaite pour le prochain Halloween. On m'a offert un petit guide sur les Tudors, ainsi qu'un guide pour Gérer les emmerdeurs (j'en rencontre beaucoup en ce moment, j'espère que ce livre est efficace). Enfin, en partenariat, j'ai reçu un tome de la série jeunesse d'égyptomanie Lottie Lipton, un autre d'une nouvelle saga intitulée Marie-Antoinette et ses sœurs, et, dans un tout autre genre, Koba, le dernier Robert Littell.

  Côté carnets, ça devient aussi un vrai problème :



  Enfin, côté accessoires chics et chocs, je me suis offert, comme prévu après mon accident, une vraie canne de gentleman. Et pas n'importe laquelle : une canne de gentleman lapin (Non mais, vous savez à qui vous parlez, quand même? ;) ):


  C'est sur cette note d'élégance rétro et carrément ostentatoire que s'achève ce dernier billet d'humeur saisonnière. Au programme du prochain bilan, on parlera de cabarets et de charleston ! Bel été à vous en attendant!

jeudi 4 juillet 2019

Les enquêtes de Lottie Lipton #5 : Le papyrus d'Alexandrie - D.Metcalf, illustré par R.Panagarry

A Lottie Lipton adventure : The scroll of Alexandria, Bloomsbury, 2016 - Flammarion jeunesse, coll. Castor romans (trad. de C.M.Clévy), 2019.


« Bonjour,
je suis Lottie Lipton. Saisis-toi vite de ton carnet et de ton crayon, et aide-moi à résoudre cette énigme en décodant les messages secrets ! »
  
  Londres, 1928. Pour sauver la bibliothèque du British Museum, Lottie et ses amis n'ont qu'une seule solution : retrouver le mystérieux papyrus d'Alexandrie. Sauront-ils déjouer les pièges qui les attendent ?


*** 

  British Museum, années 1920, inspirations égyptiennes et enquête. Il ne faut pas m'en dire plus pour me convaincre de jeter un œil sur cette série anglaise dont les six premiers tomes viennent d'être fraîchement traduits et publiés chez Flammarion. L'éditeur m'a gracieusement envoyé le tome 5 mais rassurez-vous, chaque opus peut se lire indépendamment des autres...


  Londres, 1928. Depuis que ses parents sont morts pendant des fouilles archéologiques, la petit Lottie réside avec son grand oncle Bertram West dans son appartement de fonction au British Museum. Facétieuse et passionnée d'Histoire antique, la fillette est incollable sur les collections du célèbre musée mais adore aussi tester des expériences qui font s'arracher les cheveux du directeur, Trevelyan Taylor. Directeur qui envisage justement de vendre au plus offrant la bibliothèque du musée, dont les livres ont été offerts par le roi George cent ans plus tôt. Le directeur argue que des livres n'étant pas des antiquités, elles n'ont pas la place dans un musée. Bien décidés à empêcher cette vente, Lottie et son grand-oncle se mettent en quête d'un authentique papyrus égyptien qui ferait partie de la collection léguée par le défunt roi. S'ils parviennent à prouver son existence, les livres ne pourront en être séparés et l'ensemble de la bibliothèque royale pourra rester au sein du British Museum. Mais voilà, pour protéger le précieux papyrus, feu le roi George l'a dissimulé à grand renfort de pièges, d'énigmes, et de codes... L'aventure commence avec la découverte d'un premier passage secret qui conduit dans les sous-sols du musée...

Le British Museum dans les années 20.

  Destinée à un très jeune public (approximativement 8-9 ans), cette série exploite à merveille l'égyptomanie des années 1920 (on rappelle que l'après-guerre s'est ouverte sur la découverte du trésor de Toutankhamon) à travers les aventures de cette fillette passionnée d'Histoire antique et d'enquêtes. Les chapitres courts et le texte très aéré permettent d'entrer facilement dans cette histoire à la fois désuète et instructive, propre à faire travailler l'imagination et éveiller la curiosité. En effet, le petit lecteur apprend au passage des tas de choses sur le British Museum et l’Égypte ancienne.

 La Bibliothèque du Roi et les antiquités égyptiennes du British Museum.

  L'intrigue est simple et les événements s'enchaînent sans temps mort (peut-être un peu trop vite cependant), l'accent étant davantage mis sur les rebondissements et l'univers égyptien foisonnant. A la façon d'une mini-Indiana Jones en jupette, la petite Lottie doit décoder des messages cryptés et éviter les pièges mortels dressés sur son chemin grâce à sa seule intelligence. Le tout se fait dans une ambiance bon enfant grâce à l'humour apporté par les personnages secondaires (l'oncle Bert plein de bonhommie et George, l'agent d'entretien qui entre dans l'aventure armé de son seul balais).


  Les illustrations au coup de crayon espiègle de Rachelle Panagarry donnent d'emblée le ton du roman et les enluminures colorées, entre hiéroglyphes et Art-déco, participent à l'immersion du jeune lecteur. Le petit plus du livre : le roman est construit comme une histoire interactive avec la possibilité de résoudre en temps réel les énigmes disséminées au fil de l'intrigue. Pour cela, un carnet et un crayon sont intégrés à la couverture, dont le seul défaut est de présenter des rabats qui gênent un peu la manipulation.


En bref: Une lecture enthousiasmante pour les 8/9 ans. Les passionnés de mystère pourront y apprendre des connaissances sur le Birtish Museum et l'Egypte ancienne tout en résolvant avec Lottie des énigmes rencontrées au cours de son aventure grâce à la dimension interactive. Un petit roman instructif et ludique dans un univers attrayant. 

Merci aux éditions Flammarion pour cette découverte.

mardi 2 juillet 2019

Miss Fisher enquête ! (saison 1) - Une série de D.Cox et F.Eagger d'après K.Greenwood


Miss Fisher enquête!

(Miss Fisher's murder mysteries)

Une série de Deb Cox et Fiona Eagger d'après les romans de Kerry Greenwood.

Avec : Essie Davis, Nathan Page, Hugo Johnstone-Burt, Ashleigh Cummings, Miriam Margolyes...

Première diffusion originale : Février 2012
Premier diffusion française : Juin 2012

Sortie en dvd française chez Koba film : Septembre 2013

  Dans les années 1920, en Australie, marquée par la disparition de sa jeune sœur et les errements de l'enquête, Phryne Fisher devient détective privé. Armée de son revolver et d'un solide aplomb, la jeune femme infiltre cabarets et clubs de jazz de Melbourne. Elle y entraîne à contrecœur l'inspecteur Robinson qui lui permet parfois de se tirer d'un mauvais pas, mais peut également compter sur Dot, sa femme de chambre, ses chauffeurs Albert "Bert" et Cecil "Ces", ainsi que son majordome Butler. 

*** 

Une pose qui n'est pas sans rappeler Uma Thurman dans Pulp Fiction, non?

  Pourquoi vous parler de cette série près de huit ans après sa diffusion? On sait que j'ai parfois du retard dans mes chroniques, mais tout de même! Plusieurs raisons l'expliquent : tout d'abord, nous célébrons cette année le centième anniversaire de notre entrée dans les "Années Folles" (lesquelles, si on les appelle aussi plus sobrement les "Années 20", ont débuté en 1919 après l'armistice de novembre 1918, marquant le début d'une ère de fête et d'insouciance), ce qui justifie plus que jamais de parler d'une série qui met en images cette période. Ensuite, après vous avoir présenté plusieurs romans des Folles enquêtes de Phryne Fisher et en attendant l'adaptation cinématographique du personnage (Miss Fisher and the crypt of tears, prévu dans les salles fin 2019), il était plus que temps de faire ce petit retour sur la transposition télévisuelle des romans de Kerry Greenwood...




  Dans l'Australie des années 1920, la libre et émancipée Miss Phryne Fisher jouit d'une fortune colossale. Après une jeunesse plus que modeste dans le Melbourne de 1910 puis à travers l'Europe, la Première Guerre mondiale décime quelques cousins fortunés et permet à ses parents d'hériter d'un titre et d'un beau compte en banque. Lorsqu'elle revient en terre australienne après une longue croisière en mer, ce n'est pas pour y retrouver sa guindée tante Prudence ni pour le plaisir de bavarder avec Mac, son amie médecin. Murdoch Foyle, meurtrier présumé de sa petite sœur Jane alors qu'elles étaient enfants, s'apprête à être jugé, et Miss Fisher veut s'assurer qu'il ne sera pas libéré. Alors qu'elle retrouve d'anciennes connaissances de la haute société melbournaise, la jeune femme se trouve confrontée à un mystère qui éveille sa curiosité pour les affaires policières et s'improvise détective, ce qui n'est pas sans créer quelque concurrence avec le séduisant inspecteur Jack Robinson...


  Décors, costumes, reconstitutions... cette série nous en met plein la vue dès le premier épisode en nous plongeant avec faste dans l'Australie des années 1920. Kerry Greenwood avait fait de nombreuses recherches historiques pour les besoins de ses romans, les équipes de tournage ont recherché la même authenticité pour leur adaptation à l'écran. De nombreuses scènes ont été filmées dans les décors naturels rescapés du Melbourne historique patrimonial (l'hôtel Windsor, la maison Wardlow -demeure historique qui devient la résidence de l'héroïne-, la Old Melbourne Gaol devient la prison de Murdoch Foyle...) et les décors reconstitués en studio séduisent le téléspectateur de leurs lignes art-déco saturées d'élégance.

Wardlow House devient dans la série la résidence de Phryne, au 221B (!) à St Kilda.

  La photographie, particulièrement soignée, met en relief les costumes conçus par la styliste Marion Boyce, dont le nom mérite d'être cité et applaudi : en s'inspirant directement des tenues décrites dans les livres, de la mode des Roaring Twenties, et en associant à ses créations originales des pièces d'époque, elle parvient à restituer par les simples coupes, textures et motifs les personnalités de chaque personnage. Les tenues portées par l'héroïne remportent bien sûr notre adhésion à tous, et on ne s'étonne plus, face à tant de luxe, que chaque épisode coûte un million de dollars à produire...


  Mais passé le visuel éblouissant, que dire des intrigues, de la fidélité, et du jeu des acteurs? Les scénarios, tout d'abord : sur les treize épisodes de cette première saison, onze sont directement inspirés de romans de Kerry Greenwood, avec des modifications qui vont croissantes. En effet, les réalisatrices et scénaristes D.Cox et F.Eagger distillent une intrigue inédite évolutive en toile de fond de cette première saison : le meurtre plusieurs années auparavant de la sœur de Phryne et le souhait de cette dernière de voir son criminel Murdoch Foyle pendu. Les épisodes suivent avec une certaine fidélité les romans et l'univers de Kerry Greenwood, tout en adaptant les scénarios au format de 50 minutes, puis en modifiant le noyau des intrigues vers la fin de saison pour créer du lien avec le meurtre de Jane.


  Malgré la sublime reconstitution et les améliorations apportées, les trames de K.Greenwood sont donc majoritairement conservées et, on avait pu le dire dans les chroniques de ses premiers romans, outre le personnage central, le reste n'est pas toujours inoubliable. Certains épisodes, restés très ancrés dans l'univers de l'auteure, sont tout juste intéressants (et l'épisode Souvenir de Montparnasse, catastrophique et terriblement cheap à l'écran). Heureusement, on semble entrevoir dans cette première saison une mince volonté de s'affranchir suffisamment des romans pour ajouter la petite touche d'originalité qui manquait aux livres. Avec le meurtre de Jane en filigrane de la saison et les deux épisodes aux scénarios inédits de D.Cox et F.Eagger, ont sent le désir de se pencher sur des thématiques clefs de la décennies des 20's comme ressort des intrigues, d'alimenter la série avec ce qui faisait le tissus social et culturel de l'époque : par exemple, les conditions de vie des ouvrières dans les usines, puis l'égyptomanie et l'orientalisme grandissants. On verra dans les prochaines saisons que ces inspirations puisées dans les sujets phares des années 20 deviendront de véritables codes de la série.

L'egyptomania des années 20, et un costume qui évoque le Cleopatra de C.B.de Milles...

  Les deux réalisatrices/scénaristes opèrent également quelques retouches dans l'univers de Kerry Greenwood : Phryne est plus âgée que dans les romans (ce qui rend son personnage plus crédible par rapport à son histoire et à sa maturité), et elle entretient avec le commissaire Jack Robinson une relation très ambigüe qui devient un des éléments les plus enthousiasmants de la série, en plus d'apporter un humour léger et pétillant absent des livres originaux. Cela vient le plus souvent du décalage entre l'attitude affranchie de la détective et le traditionalisme du policier, dont les rapports évolueront vers une tension amoureuse digne des meilleurs duos de série.


  Impossible d'envisager une série se déroulant dans les Années Folles sans la musique adéquate. Le compositeur Greg J.Walker a composé pour la série un générique on ne peut plus jazzy (merveilleusement mis en image et même couronnée d'un prix) et tout un ensemble de partitions qui deviennent indissociables des enquêtes de Miss Fisher. L'aura musicale vintage est renforcée par de nombreuses chansons d'époque collectées et abondamment utilisées dans chaque épisode : Duke Ellington, Jelly Roll Morton, Paul Whiteman et autres crooners qui nous donnent envie de nous trémousser sur des rythmes de foxtrot ou de charleston...

"Je n'ai rien fait de sérieux depuis 1918!"

  Les interprètes sont pour beaucoup dans la réussite de cette première saison, Essie Davis en tête. L'interprète du personnage de Phryne est crédible dans tout le panel d'émotions que donne à voir l'adaptation de l'héroïne à l'écran : plus seulement la parfaite et lisse détective des romans, elle devient une femme plus complexe dont l'apparente fantaisie dissimule un passé douloureux. L'actrice met tout au service de son personnage, l'incarnant jusqu'au port de tête (si bien mis en valeur par sa coupe à la Louise Brook) ou à la démarche légère, crédible dans la drôlerie (faisant des grimaces ou posant comme un mannequin alors qu'elle doit être photographiée au commissariat pour des mug shots) comme dans l'émotion (dans le season final, en particulier la douce mélancolie des ultimes scènes). Autre excellente actrice dans un registre à l'opposé de Miss Fisher : Ashleigh Cummings, qui joue la timide et timorée Dot, demoiselle de compagnie de la détective toute en douceur et parfois drôle malgré elle de par son inexpérience. Enfin, une surprise de taille à noter : la présence de Miriam Margolyes, inoubliable professeur Chourave dans Harry Potter, dans le rôle de la rigide (mais parfois hilarante) tante Prudence.

 

En bref : Une première saison convaincante par ce qu'elle vient ajouter de plus-value aux romans originaux de Kerry Greenwood : l'humour, la relation Phryne/Jack, et les intrigues inédites. Les décors et les costumes sont époustouflants et on applaudit le jeu des acteurs, la subtile Essie Davis en tête. Des débuts très alléchants, à découvrir pour ceux qui n'ont pas encore eu l'occasion!

 ("British mysteries" parce qu'il y a un peu d'Angleterre en Australie, quand même!)
 

Et pour aller plus loin...


lundi 1 juillet 2019

Et que les barrières sautent! ! - Michael Caine

Blowing the Bloody Doors off, and others lessons of life, Hodder & Stoughton, 2018 - Editions Baker Street (trad. de J.F.Gauvry), 2019.


  A 85 ans, la légende d'Hollywood et l'idole des anglais, ses compatriotes, sir Michael Caine partage sagesse et anecdotes sur sa carrière et son parcours dans ces mémoires captivants et dynamiques. D'Alfie à Alfred dans les Batman de Christopher Nolan, Michael Caine a joué plus d'une centaine de rôles dans sa carrière, interprétant tous les types de personnages avec une facilité apparente et un talent extraordinaire. Michael Caine sait ce que coûte le succès. D'origine modeste, il est cependant arrivé au sommet. Comme il le dit si bien : « De petites choses peuvent mener à des grandes. Et si vous continuez à les faire comme il faut, les étoiles s'aligneront quand vous vous y attendez le moins». Travaillant toujours, et plus populaire que jamais, Michael Caine partage aujourd'hui tout ce qu'il a appris dans ces mémoires qui à la fois nous inspirent et nous font rêver.

***


  Même ceux qui ne le connaissent pas vraiment connaissent son visage. Même les non-cinéphiles l'ont déjà croisé. Premiers rôles ou rôles secondaires, grands films, comédies, ou même quelques navets, rien n'a jamais altéré son charisme, rien ne semble jamais avoir terni son aura so british. Qui ça? Mais, Michael Caine, of course. Alors que sortait il y a quelques mois sur les écrans son dernier film Gentlemen cambrioleurs, paraissait simultanément aux toujours surprenantes éditions Baker Street cette autobiographie du comédien anglais.

"Je dis la même chose à mes petits-enfant. Il y aura toujours quelqu'un de plus intelligent, de plus beau, de plus riche et plus chanceux que vous. Alors, oubliez l'idée d'être en concurrence avec les autres: ça vous rendra amer, malheureux; ça vous conduira aussi à vous apitoyer sur vous même. Suivez votre chemin et faites du mieux possible."

(Rahhh mais cette claaaasse!)

  "Parle bas, parle lentement, et n'en dis pas trop". C'est le conseil donné par John Wayne, son idole, lorsque Michael Caine le rencontre alors qu'il est un jeune apprenti comédien qui tente de percer. Car oui, avant d'être l'artiste reconnu qu'il est aujourd'hui, il a connu ses propres années de vache maigre (ou enragée, c'est selon). Né Maurice Joseph Micklewhite Jr en 1933, il grandit dans le milieu modeste d'une Angleterre frappée de plein fouet par la Seconde Guerre mondiale. Son premier rôle? Il le raconte non sans humour dans les premières pages de ce livre : mentir aux créanciers qui venaient toquer à sa porte en leur faisant croire que ses parents étaient absents.

 "Faites sauter ces putains de barrières!",
une expression issue de l'un de ses films : L'or se barre, en 1969.

  A l'image de cette anecdote aigre-douce relatée sur un ton flegmatique qui devient vite la marque de fabrique de cet ouvrage, Michael Caine alterne la narration de sa vie puis de sa carrière avec des conseils. Des conseils qui se veulent tirés de son expérience à destination des futurs acteurs, mais que, de façon générale, il parvient toujours à élargir à la vie de tout à chacun. Ainsi, il rappelle à quel point chaque instant de notre existence est la métaphore d'une audition pour obtenir un rôle : il s'agit toujours de travailler dur, convaincre pour obtenir, prouver pour réussir.


"Après avoir visionné les rushes de Incpress, danger immédiat, les producteurs exécutifs ont partagé le même point de vue et ils ont envoyé un message au réalisateur Sidney Furie : "Michael Caine porte des lunettes, il fréquente les supermarchés et fait la cuisine. Il donne l'impression d'être homosexuel." (...) Les années 1960 n'étaient pas une période propice pour être homo ou le paraître."

  Mais tout cela, il le raconte avec une humilité évidente. Car pour Michael Caine, la réussite (au cinéma comme dans la vie) est avant tout un mélange de hasard et de travail. Mais surtout de hasard. Véritable self-made man de la scène et de l'écran devenu icône du cinéma britannique des années 60 (en dépit d'un accent cockney prononcé et d'une allure qu'on qualifia d'abord... "d'homosexuel", ce qui n'était pas vendeur à l'époque...), Michael Caine pose un regard égal sur sa filmographie, tirant toujours le meilleur même des films descendus par la critique. Il exprime en effet sa chance d'y avoir rencontré des réalisateurs, réalisatrices, acteurs et actrices à qui il rend un hommage particulièrement chaleureux. L'un des intérêts de ce livre est de voir Michael Caine glorifier avec tant d'émotion cette "famille du cinéma" et la rapprocher de sa propre famille de sang (épouse, enfants, et petits-enfants), qui a une place prépondérante dans l'ouvrage. 



 "Maintenant que j'ai atteint un grand âge, il se trouve que je n'ai absolument aucun regret. Chaque film dans lequel j'ai joué m'a apporté quelque chose et a contribué à la richesse de mon existence. Je me suis amusé, et je continue !"

En bref : Entre souvenirs et retour d'expérience, Et que les barrières sautent ! est une autobiographie à la fois inattendue et bienvenue en ce qu'elle donne la parole à une icône reconnue et discrète du cinéma de ces cinquante dernières années, tout en élargissant les conseils qu'on peut en tirer même à une vie de non-comédien. Plein de chaleur et de bienveillance dans sa façon de s'adresser au lecteur, Michael Caine nous enchante de sa plume flegmatique et piquante. 

 
Merci aux éditions Baker Street pour cette lecture.

mardi 25 juin 2019

Adèle et les noces de la reine Margot - Silène Edgar

Castelmore, 2015, 2018.


  Entre 2015 et 1572, Adèle doit choisir !
   Adèle en a marre de ses parents, qui ne comprennent jamais rien. Au collège, elle préfère passer du temps avec ses copines qu’étudier. Aussi, quand elle apprend qu’elle doit lire un livre en entier pendant les vacances, c’est une véritable punition…

   Mais dans ses rêves, la nuit, l’impossible se produit ! Adèle est à la Cour, au XVIe siècle, au milieu des personnages de La Reine Margot ! Elle rencontre même un beau jeune homme… Ce qu’Adèle vit en 1572 vaut-il la peine de sacrifier ses amis et sa famille de 2015 ?

***

  Silène Edgar est, depuis le roman 14-14 écrit à quatre mains avec Paul Beorn, l'une des auteures françaises les plus renommées des éditions Castelmore. Professeure de français pendant plus de quinze ans, elle a ensuite conçu des dossiers pédagogiques pour des éditeurs avant de se lancer dans l'écriture de romans, pour la plupart réédités et adaptés pour lecteurs dyslexiques. C'est probablement sa passion pour l'enseignement et la transmission qui influence les thèmes de ses fictions : la première guerre mondiale avec 14-14, les correspondances de la marquise de Sévigné avec Les lettres volées, ou, ici, le célèbre roman d'Alexandre Dumas La Reine Margot. Penchez-vous sur les résumés et vous découvrirez qu'elle y établit toujours une étroite relation entre passé et présent, subterfuge de choix pour créer du lien entre la culture historique et le héros, et donc le lecteur, d'aujourd'hui. Après la correspondance fantastique entre un enfant de 2014 et un autre de 1914, Silène Edgar propulse ici une jeune ado rebelle à la Cour des Valois, dans les événements qui ont précédé la nuit de la Saint Barthélémy...

Massacre de la Saint Barthélémy

  Adèle traverse une période compliquée : depuis le décès de sa grand-mère, elle a l'impression que sa famille a préféré l'oublier, et que toute chaleur a disparu de leurs relations. Ses parents lui paraissent froids et distants, et la jeune fille se sent incomprise. Son sérieux en classe s'en ressent et les devoirs en français la barbent plus que tout : lire La Reine Margot, d'Alexandre Dumas. Après avoir réussi à terminer le premier chapitre un soir de désœuvrement, elle rêve qu'elle se retrouve au palais du Louvre, aux veilles du mariage de la réelle Marguerite de Navarre, c'est à dire ni plus ni moins que LA reine Margot. Le lendemain, Adèle ne prend pas les choses très au sérieux, mais quand elle réalise que son rêve a anticipé sur les événements racontés dans les chapitres suivants du roman de Dumas, elle s'interroge. Plus étrange encore : les nuits suivantes, le rêve se poursuit, et Adèle se trouve mêlée au conflit entre catholiques et protestants. Chaque jour, aussi folle que semble son aventure, l'adolescente cherche des informations qui pourront l'aider, chaque nuit, à changer le cour de l'Histoire et sauver d'une mort certaine un jeune Huguenot qui ne la laisse pas insensible...

Portrait de la jeune et future reine Margot...

  Couronné de plusieurs nominations et prix littéraires jeunesse, ce roman semble avoir trouvé son public et convaincu les critiques. Je ne serai peut-être pas aussi dithyrambique : l'idée est certes originale et l'alternance des époques, très riche. La description du Paris de la renaissance, la présence de personnages historiques charismatiques (la reine Margot mais aussi le médecin Ambroise Paré, entre autres), la démocratisation de la culture pour permettre aux jeunes lecteurs d'appréhender une période complexe, et l'histoire d'amour entre l'héroïne et le jeune Huguenot sont agréables à suivre. Même le rythme, pourtant l'écueil majeur des fictions construites sur deux époques, est bien tenu et le suspense qui s'accroit en fin de livre, justement dosé pour nous tenir en haleine.

La Reine Margot à l'écran avec Isabelle Adjani dans le rôle titre.

  Mais voilà, je n'ai pu m'empêcher de tiquer à plusieurs reprises : la narration trop omnisciente, tout d'abord, gâche souvent le réalisme car le lecteur sait tout des pensées secrètes de chaque personnage alors qu'il aurait été bon de maintenir une certaine réserve. D'autant que malgré cette omniscience, tout et tout le monde nous est présenté à travers le regard de l'héroïne adolescente, ce qui donne une vision toujours très caricaturale et simpliste des personnages (surtout des parents) ou des situations malgré le souhait (vain, du coup) de nuancer en abordant des sujets forts. On aurait espéré, à la façon du conflit familial raconté à travers les yeux du jeune protagoniste du roman Les domestiques, que l'aventure fantastique vécue par Adèle l'amène à grandir et à changer son regard sur les choses et sur les gens et, par la même, que la conclusion du roman surprenne le lecteur. Ici, ce n'est fait qu'en partie et sans vraiment de subtilité.

Le Louvre au temps de la Reine Margot

  On devine Silène Edgar engagée dans la mise à disposition de la culture pour la jeunesse d'aujourd'hui, quelque soit le niveau de lecture ou les difficultés (on rappelle son cursus dans le scolaire et les version DYS de ses romans), aussi on peut supposer que cette rondeur dans l'écriture et la psychologie des personnages ne sont ni plus ni moins qu'une forme de démagogie pour s'assurer l'adhésion du lecteur. D'accord. Mais quand même, au-delà de ce principe que je rejoins totalement, des excellentes idées de ce roman et même des gravures bienvenues parsemées ça et là dans le livre, ça ne décolle pas et il en reste un petit goût d'amertume...

Roman feuilleton La Reine Margot, par Dumas.

En bref : Une intrigue excellente et une volonté pédagogique honorable confèrent à cet alléchant roman un très bon potentiel... qui reste inexploité. L'écriture trop simpliste et les personnages trop caricaturaux le sont jusqu'au bout, là où on aurait aimé s'affranchir un peu des apparences. Résultat : l'impression que tout est très monocorde et enfantin alors qu'une vraie profondeur sur le fond et la forme aurait été bienvenue. Je persiste cependant à recommander ce roman aux jeunes lecteurs car on ne peut nier sa mission réussie de véhiculer des connaissances historiques et littéraires et de vouloir faire naitre une curiosité.

lundi 17 juin 2019

Les fleurs sauvages - Holly Ringland.

The lost flowers of Alice Hart, Harper Collins Publishers Australia - Éditions Mazarine (trad. de A.Damour), 2019.

  « À cœur vaillant, rien d’impossible »
   Lorsqu’une tragédie change à jamais sa vie, la jeune Alice Hart, âgée de neuf ans, part vivre chez sa grand-mère qu’elle ne connaît pas. Quittant le bord de l’océan où elle a grandi, elle trouve refuge dans la ferme horticole de June, où celle-ci cultive des fleurs sauvages d’Australie. Au fil du temps, Alice oublie les démons du passé et apprend à perpétuer la tradition familiale en utilisant le langage des fleurs pour remplacer les mots lorsqu’ils se font trop douloureux. Mais l’histoire des Hart est hantée par de nombreux secrets que June cache à sa petite-fille. Une sorte de fatalité semble accabler les femmes de leur famille, aussi June préfère-t-elle tenir Alice à l’abri de la vérité, quitte à la tenir à distance de l’amour. Une fois adulte, révoltée par ce silence et trahie par celles qui lui sont le plus chères, Alice se rend compte qu’il y a des histoires que les fleurs seules ne peuvent raconter. Si elle veut être libre, elle doit partir et inventer l’histoire la plus importante de toutes : la sienne…

***

   Inutile de mentir : c'est tout d'abord la très attrayante couverture qui retient notre regard lorsqu'on croise cet ouvrage sur un présentoir de librairie, avant que le résumé achève de nous convaincre. Il faut dire que la symbolique florale est une thématique assez peu couramment utilisée en fiction pour qu'on se rappelle de suite un autre roman qui s'est précédemment illustré dans la même veine : Le langage secret des fleurs (ou Victoria et le secret des fleurs) de Vanessa Diffenbaugh. Ce premier livre était d'une telle originalité et d'une telle réussite qu'on pouvait craindre ici une pâle copie... tout en se laissant tenter par la lecture rien que pour l'exercice de la comparaison...


  La petite Alice Hart vit recluse au bord de la mer australienne avec sa mère Agnès, passionnée d'horticulture, et son père Clem, un homme violent qui les maintient toutes les deux sous sa coupe. Alice trouve cependant réconfort auprès de son chien Tobby, des fleurs du jardin maternel, et dans les contes de fées qu'elle emprunte à la bibliothèque les rares fois où elle échappe à la surveillance de Clem pour courir en douce jusqu'à la ville. Un jour, plus ou moins par accident, Alice met le feu à la maison ; ses parents ne survivent pas à l'incendie mais la fillette, indemne, est confiée à June, une grand-mère qu'elle n'a jamais vue. June Hart la conduit à Thornfield, demeure luxuriante construite en plein bush et transmise de génération en génération par les femmes de la famille, bâtie sur des légendes aussi féériques que mystérieuses. Là, June et ses ancêtres avant elle y ont fondé une ferme horticole réputée, où s'épanouissent les fleurs sauvages australiennes et où peuvent venir vivre les femmes solitaires qui ont tout perdu et cherchent à se reconstruire. Surnommées les "Fleurs", elles participent chacune au bien commun et à l'entretien de la ferme. Alice trouve auprès de sa grand-mère et des autres "Fleurs" un foyer accueillant et June forme sa petite-fille au langage des plantes, afin qu'elle puisse reprendre la gestion de la propriété une fois adulte. Mais pour cela, June est prête à passer sous silence de nombreux secrets...


  Oubliez vos craintes : malgré nos doutes premiers, Holly Ringland ne nous sert pas un vague plagiat du Langage secret des fleurs. Si un même thème relie bien les deux ouvrages, Les fleurs sauvages sait, après ses cent premières pages quelque peu fastidieuses (le temps de planter le décor), trouver sa propre marque de fabrique, son essence. Le paysage australien, tout d'abord, apporte une touche exotique et l'auteure exploite au maximum les particularités de son pays pour donner à son roman une saveur unique. La flore locale est ainsi particulièrement mise en avant (dont les pois du désert, à la signification capitale dans l'intrigue), mais aussi les mythes aborigènes liés à la Terre Rouge, cette région désertique de l'Australie où l'histoire finit par nous conduire pour notre plus grande surprise. Holly Ringland enrichit sa trame principale d'éléments et de thématiques annexes qui apportent une vraie densité à son univers et qui témoignent de ses nombreuses inspirations : les joies de la cuisine et des papilles (gâteaux, biscuits, et ginger ale parsèment le roman), ou encore les contes de fées et l'amour des livres (la première visite d'Alice à la bibliothèque municipale n'est d'ailleurs pas sans rappeler celle de Matilda, de Roald Dahl).

Holly Ringland

  Moins ancré dans la réalité que le roman de Vanessa Diffenbaugh, Les fleurs sauvages flirte avec ce genre très américain qu'est le magic realism. A ce titre, on remarque que l'ombre d'Alice Hoffman (Les ensorceleuses, Rules of Magic...) plane plus d'une fois sur cette intrigue : demeure familiale transmise par des femmes de génération en génération, figures matriarcales, suggestions de dons et de pouvoirs... Aussi n'est-on pas étonnés de la voir citée dans le livre et dans les remerciements, ou encore que deux des personnages se nomment Sally et Gillian (noms des héroïnes des Ensorceleuses).

Pois du désert : A cœur vaillant, rien d'impossible!

  Outre cette inspiration majeure, la communauté des "Fleurs", ces femmes isolées qui se sont réunies sous le même toit à la suite de drames pour s'entraider, nous renvoie très fortement aux amies des Divins secrets des petites Yayas, un autre roman qui fait la part belle à la solidarité féminine. Tantôt pétulantes et tantôt mélancoliques, les "Fleurs" et leur personnalité haute en couleurs apportent toute la nuance émotionnelle du roman.

Désert australien...

  Si Les fleurs sauvage s'affirme comme une histoire inspirée et délicate, elle n'échappe cependant pas toujours aux écueils propre à un premier roman. Le rythme peut être par exemple assez inégal et la psychologie de l'héroïne, pourtant bien dessinée dans la première moitié du livre, se perd ensuite dans des choix chaotiques qui agacent rapidement le lecteur. On a en effet du mal, après l'avoir vue s'affranchir de Thornfield et de son passé avec force et courage, à l'imaginer tomber si facilement dans les griffes d'un amant aussi violent qu'il était évidemment peu recommandable de prime abord. De façon générale, on réalise bien vite que les histoires d'amour sont le point faible de l'auteure, qui ne peut s'empêcher de tomber dans des clichés assez extrêmes, à grand renfort de métaphores ampoulées qui, au bout du compte, gâchent un peu l'émotion.


En bref : Malgré quelques défauts propres à un premier roman, Les fleurs sauvages est un très agréable roman dans la veine du magic realism. Délicat, rafraîchissant et à la mélancolie doucereuse, il puisse sa source dans la richesse de l'Australie, décor qui confère toute son originalité à l'histoire. 


Merci à NetGalley et aux éditions Mazarine pour cette lecture!


Et pour aller plus loin...