jeudi 23 août 2018

Calendrier petit et grand écran : Histoire et adaptations en vue!



  Si les plus puristes des lecteurs rechignent parfois à regarder les adaptations cinématographiques de leurs romans favoris, je suis à l'inverse de ceux qui trouvent le concept de l'adaptation des plus enthousiasmants. Quel plaisir de redécouvrir l'intrigue qui a occupé nos meilleurs instants de lecture repassée au filtre d'un réalisateur! Et en la matière, il faut dire qu'on constate chaque jour la mise en chantier de toujours davantage de projets. Si l'on a longtemps été habitué aux transpositions sur grand écran (justement souvent décriées par les fans de la première heure des ouvrages transposés face à l'incapacité de raconter 600 pages en 1h30 de pellicule), l'excellent développement du petit écran permet aux productions télévisuelles de retrouver toutes leurs lettres de noblesse en adaptant en séries nos romans favoris, leur offrant ainsi la garantie d'une plus grande fidélité grâce à la possibilité de décliner les nombreux chapitres en autant d'épisodes successifs.
  La mode, lancée depuis quelques temps, a donné le jour à de superbes réalisations qui n'ont rien à envier au grand écran, et ressemblent désormais à ce que l'on pourrait qualifier de "films en plusieurs parties". Outlander, The Handmaid Tales, Captive, Games of thrones, ou même Call the midwife, autant d'adaptations fleuve qui confirme la marche du petit écran vers la suprématie.
  Reste que le grand écran réserve encore quelques belles surprises dans l'année qui vient, aussi je vous propose aujourd'hui un petit calendrier thématique des adaptations cinématographiques et télévisuelles annoncées. J'y glisse également deux ou trois biopics d'auteurs célèbres qui auront, vous en conviendrez, bonne place dans la sélection, ainsi peut-être qu'une exception purement historique (parce qu'au Terrier, vous le savez, on aime beaucoup l'Histoire). Et puisque je vrais probablement créer l'impatience parmi les foules, je vous suggère à chaque fois quelques titres de bricoles à (re)lire ou à (re)voir pour patienter comme il se doit. Ready?

Adaptations à venir:

1) Sorcières, vous avez dit sorcières?


Les Animaux fantastiques 2 - Les crimes de Grindelwald
d'après J.K.Rowling
Novembre 2018


  Ce n'est un secret pour personne : le second opus de la saga Fantastic Beasts (prévue en 5 films à raison d'un tous les deux ans) est annoncé pour Novembre. Dans ce deuxième chapitre, Norbert Dragonneau (Eddy Redmayne) sera missionné par le jeune professeur Dumbledor (incarné par le toujours fringant Jude Law qui reprend le rôle pour notre plus grande joie!) pour arrêter le mage noir Grindelwald. Ecrit une fois encore par J.K.Rowling d'après son propre univers dont elle ne cesse de créer avec talent des extensions, le scénario nous conduira dans le Paris des années 20, où l'on croisera entre autre l'alchimiste immortel Nicolas Flamel, déjà évoqué dans Harry Potter et qui, comme vous le savez si vous avez suivi vos cours d'Histoire (de la magie) est un personnage véridique qui vivait réellement dans le Paris médiéval, au pied de la célèbre Tour Saint Jacques. 
  La bande-annonce, très appétissante, nous laisse entrevoir une aïeule de Beatrix Lestrange et retrouver les principaux personnages du premier opus. Autant dire que comme tout le monde, on a hâte de voir ça! 


Que lire ou voir en attendant?

  Malheureusement, le catalogue est mince. Ou pas. Car vous pouvez, à la façon de dizaine de milliers de fans, vous refaire la saga entière des 8 films et du premier opus de Fantastic Beasts, ou relire le petit livre qui a inspiré cette saga, histoire de chercher d'éventuelles pistes qui pourraient être exploitées dans cette suite. Et si le film n'est pas projeté chez vous dès la date officielle de sortie (ce qui serait surprenant, tout de même), vous pourrez alors vous rabattre sur le scénario, qui sera comme celui du précédent publié chez Gallimard et disponible dès le lendemain de la sortie en salle dans toutes les bonnes librairies!



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A discovery of Witches
série télévisée d'après Le livre perdu des sortilèges de Deborah Harkness.
Dès le 14 Septembre 2018


  Enfin! Enfin, l'adaptation de cette très riche trilogie qui a bousculé les codes du fantastique voit le jour! On vous resitue les choses? Publiée entre 2011 et 2015, cette saga est écrite par Deborah Harkness, avant tout professeure d'Histoire et historienne spécialisée dans la transition des superstitions et de l'alchimie vers les connaissance scientifiques et la médecine. Ce sujet, vaste mais néanmoins précis, a donné la matière nécessaire et les thèmes transversaux à sa trilogie mêlant fantastique et Histoires avec une rare épaisseur. Le tout étant bien évidemment pimenté d'une intrigue romantique et de personnages des plus attachants, qui seront d'ailleurs campés à l'écran par un casting de choix.



  En tête, notons la présence du talentueux et british en diable Matthew Goode (Downton Abbey, Le cercle littéraire de Guernesey, A single Man, Stoker...) dans le rôle de Matthew Clairmont, et de la moins connue mais prometteuse Teresa Palmer dans celui de Diana Bishop. Le reste de la distribution réserve de très bonnes surprises, à l'image de Lindsay Duncan (qui a joué le rôle de la mère d'Alice dans le burtonien Alice au pays des merveilles, mais aussi différents rôles remarqués dans les récentes adaptations d'Agatha Christie) qui interprètera Isabeau de Clairmont, et de Alex Kingston (connue pour son rôle de River Song dans DrWho) qui campera la tante de Diana.


  Produite par la société Bad Wolf (à l'origine du revival de Dr Who), la série voit sa saison 1 co-écrite par Deborah Harkness elle-même! Elle comptera 10 épisodes adaptant l'intégralité du premier tome, auquel l'équipe de scénariste a ajouter une intrigue secondaire se déroulant à Venise. Un décor de choix qui vient s'ajouter aux nombreux cadres historiques où se déroule l'histoire.
  Malheureusement, aucune date de diffusion en France n'est à ce jour prévue, tandis que la diffusion originale se fera dès le 14 septembre prochain, et que de nombreux pays d'Europe l'ont déjà ajouté à leur calendrier télé. Il ne fait cependant aucun doute qu'elle ne tardera pas à débarquer chez nous...

Que lire en attendant?


  Outre vous relire l'intégralité de la trilogie, vous pourrez bientôt vous offrir un spin off inédit de la trilogie, fraichement écrit par Deborah Harkness et dont les droit ont d'ores et déjà été acheté par les éditions Calmann Levy pour une publication en France à l'Automne prochain. Intitulé en VO Time's convert, ce livre est en fait un opus dérivé d'abord présenté comme un recueil de nouvelles, mais qui s'attarderait aussi sur le passé de Matthew et sa transformation en vampire. Vraie rumeur ou fausse info, en tout cas, on attend que la date officielle de sortie pour le pré-commander! 

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Chilling adventures of Sabrina ( Les nouvelles aventures de Sabrina)
d'après la BD de Archi comics,
dès le 26 Octobre 2018 sur Netflix.


  Parmi un trop vaste catalogue qui propose autant de futilités que de programmes intéressant, avouons que Netflix réserve parfois de très belles surprises! Chilling adventures of Sabrina en fait partie : il s'agit de l'adaptation de la bande-dessinée du même nom, présentée sur le blog en octobre dernier à l'occasion du challenge Halloween, reboot de... Sabrina l'apprentie sorcière! Eh oui, rappelez-vous : à l'origine, Sabrina est un personnage issu des Archie comics, cette saga de comics américains des années 50 qui a aussi inspiré la série Riverdale! Face au succès de cette dernière (quoi que franchement décevante avec sa saison 2), c'est donc tout naturellement que les producteurs ont mis en chantier la transposition à l'écran de cette version de Sabrina, qui revisite les aventures de la jeune sorcière à la sauce vintage horrifique, dans la lignée des films de genre des années 50 et 70.




  On ne sait si l'action de cette première saison en 10 épisodes se déroulera comme la BD dans les années soixante, mais les premiers visuels baignent dans une atmosphère volontairement rétro, très à propos, et les quelques photos laissent deviner de pertinents clins d’œil au cinéma d'horreur qui a servi d'inspiration graphique et scénaristique aux comics. L'actrice principale, Kiernan Shipka (connue pour avoir joué dans Mad Men), prête merveilleusement visage à l'héroïne blonde et a déjà convaincu les fans comme digne héritière de Melissa Joan Hart. Aucune vidéo ou bande annonce officielle n'a encore filtré, si ce n'est un teaser sans image qui évoque furieusement l'intro de Stranger things, et un petit coucou du casting depuis les coulisses et le téléphone de l'actrice principale :


(aah, cette bonne bouille!)

Que lire ou voir en attendant?

  Certes, vous pouvez vous refaire l'intégrale de la sitcom avec Melissa Joan Hart, mais franchement, face à l'explosion que risque d'être cette série, c'est plutôt le moment ou jamais de vous remettre à l'anglais et de commander le premier tome du comics en VO, isn't?


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2) Esprit, es-tu là?


The little stranger
d'après le roman L'indésirable de Sarah Waters
26 Septembre 2018




  Une autre adaptation attendue depuis quelques années déjà : celles du roman l'Indésirable, de la grande Sarah Waters, chroniqué sur le blog il y a quelques années. Annoncée pour la télévision il y a deux ou trois ans, c'est finalement au cinéma que se sera concrétisé le projet, avec parmi les principaux interprètes les excellentes Ruth Wilson (tête d'affiche de la série The affair, mais aussi rôle titre du dernier Jane Eyre de la BBC ) et Charlotte Rampling (qu'on ne présente plus).
   L'intrigue est celle d'une ghost story à l'anglaise dans la pure tradition du genre et prend pour cadre l'Angleterre d'après-guerre et un manoir dont l'illustre famille est désormais en pleine décadence. Lorsque le Dr Faraday doit y intervenir un jour pour des soins d'urgence, il est irrésistiblement attiré par Carolin Ayres, l'une des filles aînées de la maison. Au cours de ses visites dans la vaste demeure qui l'a toujours fasciné depuis l'enfance, le bon docteur fait cependant face à d'étranges événements.


  Loin d'être une "simple" histoire d'horreur, L'indésirable s'était démarqué lors de sa publication par le caractère profondément réaliste et psychologique de son intrigue. Les premières images visibles dans la bande-annonce sont très prometteuses... 

Que lire ou voir en attendant?

  Allez, Halloween approche, c'est le moment de se refaire toutes les histoires de fantôme de la bibliothèque et de la dvdthèque! Retrouvez ICI toutes les chroniques hantées du blog! 

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Down a dark hall
D'après Blackwook le pensionnat de nulle-part de L.Duncan
Sortie prévue courant 2018.



  Paru en France seulement il y a quelques années, Blackwood le pensionnat de nulle-part ( chroniqué ici) est un classique de la littérature ado américaine des années 70, par une auteure phare du genre outre-Atlantique, Lois Duncan. Bien que moins connue en France, l'écrivaine a en fait eu le temps de voir avant son décès récent en 2016 la quasi totalité de sa bibliographie adaptée pour le petit ou le grand écran! En effet, c'est elle qui est à l'origine du roman qui a inspiré le célèbre film Souviens-toi... l'été dernier (le titre du livre étant Comme un mauvais rêve, un livre bien différent de son adaptation -par ailleurs critiquée par la romancière - et essentiellement nourri par le traumatisme du réel meurtre de sa fille de 18 ans dans les années soixante) et du roman jeunesse Palace pour chiens.


  Roman favori de l'auteure Stephenie Meyer, c'est elle qui a acquis les droits du roman en 2013 et qui est co-productrice de cette transposition. L'histoire est celle de Kit, une adolescente rebelle envoyée dans un pensionnat perdu au milieu de nulle-part dans un vieux manoir gothique. L'établissement prétend dispenser une enseignement unique et ne compte que quelques élèves et à peine autant de professeurs. Très vite après son arrivée, Kit et ses camarades constatent d'étranges événements et découvrent qu'elles sont directement liées à un sombre quoi qu'incroyable machination. 
  Si le roman est une sympathique histoire horrifique un peu grunge dans la lignée des Chair de Poule, le film, lui, semble un peu trop versé dans le gros spectacle et laisse craindre un manque évident de subtilité, et ce malgré des décors intéressant et au casting la présence d'Uma Thurman

Que lire ou voir en attendant?

  Si vous pouvez lire ou relire le roman d'origine, on vous propose de découvrir pour patienter l'adaptation d'un autre roman de Lois Duncan non traduit en Français, Gallows Hill, transposé à la télévision en 1998 sous le titre Je t'ai trop attendue. C'est délicieusement cheap mais c'est, au Terrier, un de nos plus effrayants souvenirs de télévisions (oui, quoi, j'avais sept ans, à l'époque!... et c'est sur youtube en vf ICI, alors c'est parti pour une heure trente de Doc Martens et de franges au style discutable! Enjoy!


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 3) Murder, they said...


Miss Fisher and the crypt of tears
d'après les romans Les folles enquêtes de Phryne Fisher de K.Greenwood
et la série télévisée Miss Fisher enquête!
Sortie prévue courant 2019




  Enfin, on en sait plus concernant le projet de film faisant suite à la série télévisée Miss Fisher enquête, elle-même adaptée des romans policier de Kerry Greenwood et de son intrépide et glamour détective privée dans le Melbourne de 1920. Comme on vous en avais parlé l'an dernier dans cet article, la maison de production de la série télévisée, Every Cloud, a lancé à l'Automne 2017 un premier financement participatif qui a permis de réunir les 700000 dollars nécessaires, avant d'en organiser un second au printemps dernier afin d'offrir aux fans qui avaient loupé le coche la possibilité de produire le film, récoltant ainsi au passage quelques dollars supplémentaires. 


  La tirelire pleine grâce aux nombreux adeptes de Miss Fisher qui ont voulu aider le projet (et dont votre humble serviteur fait partie, oui oui, je suis officiellement co-producteur du film, à hauteur de mon petit porte-monnaie), les équipes du film ont pu lancer la pré-production du tournage, qui commencera officiellement en Octobre 2018!



  Outre le visuel typographique officiel, l'équipe de com' du film a récemment dévoilé sur les réseaux sociaux les photos des lieux de tournages déjà prévus au Maroc, qui sera l'un des décors du long-métrage à venir. En effet, on sait déjà que l'intrigue, qui se déroulera en 1929 juste là où se terminait la saison 3, nous emmènera de l'Australie à l'Angleterre puis... à l'Egypte! On ne manquera pas vous tenir informés des news!

Que lire ou voir en attendant?

  C'est le moment ou jamais de bingewatcher l'intégrale des trois saisons de la série (disponibles sur Netflix) ou de redécouvrir les romans originaux écrits par Kerry Greenwood, encore trop méconnus même des fans de la série télévisée (4 tomes parus chez 10/18, 2 tomes parus chez City). Et pour poursuivre des lectures policières dans la même lignée, nous vous suggérons la série des enquêtes de la Table Ronde de l'Algonquin, avec le tome Le cercle des plumes assassines et ses suites, qui  met en scène la véridique auteure des années 1920 Dorothy Parker en la réinventant apprentie détectives au cours d'enquêtes jazzies à souhait.



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Crooked House
d'après le roman d'Agatha Christie La maison biscornue
sortie prévue courant 2018/2019



  Rien à faire, Agatha Christie est toujours aussi moderne! Voilà qu'a peine quelques temps après la dernière adaptation du Crime de l'Orient Express (triste adaptation, d'ailleurs - du grand spectacle et de très beaux visuels, certes, mais l'ombre de David Suchet est encore trop récente pour apprécier cette nouvelle interprétation tirée par les poils de la moustache), le cinéma anglais nous propose une nouvelle transposition inspirée de l’œuvre de la Grande Dame du Crime. 


  Cette fois, il s'agit du roman La maison biscornue, à la tête duquel ne figure pas l'un des héros récurents de l'auteure (ce qui évitera donc les comparaisons). Dans l'adaptation de ce one shot particulièrement bien ficelé que l'écrivaine elle-même considérait comme son livre favori, on retrouvera ni plus ni moins que Glenn Close, Julian Sand et Gillian Anderson! Le scénario est par ailleurs signé par le grand Julian Fellowes, romancier et scénariste que l'on connait bien évidemment pour Downton Abbey et dont l'oeuvre littéraire comme cinématographique restitue à merveille le système de classes britannique de la première moitié du XXème siècle.
  Sorti en Mai dernier en Angleterre, ce film se fait décidément attendre dans l'hexagone et on espère une diffusion française d'ici la fin d'année...

Que lire ou voir en attendant?

  Lire ou relire le roman La maison biscornue, ou participer à l'explosion annuelle de l'audience télévisuelle devant la toute prochaine diffusion des épisodes inédits des Petits meurtres d'Agatha Christie, qui débutera sur France télévision fin Août!


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The ABC Murders
Mini-série adaptée de ABC contre Poirot d'A.Christie,
diffusion prévue pour Décembre 2018.

 
  Agatha Christie, again! Cinq ans après l'arrêt de la fantastique et indétrônable série d'ITV avec David Suchet et la même année que le nouveau Crime de l'Orient Express et l'adaptation de Crooked House, la BBC veut aussi sa part du gâteau. La première chaîne anglaise a lancé au printemps dernier son adaptation en mini-série de trois épisodes de The ABC Murders (ABC contre Poirot). On comprendra à la lecture du précédent article notre crainte de voir le personnage de Poirot endossé par un autre que THE definitive Suchet mais il faut avouer qu'après Kenneth Branagh et ses moustaches d'Asterix, on ne peut espérer que mieux (oui, on lui en veut beaucoup, à ses moustaches là, au Terrier...). Or donc, il faut admettre que l'acteur principal choisi par la BBC a de quoi convaincre... car c'est le talentueux John Malkovich qui s'y colle. On a hâte de voir le résultat...

 Et les moustaches sont résolument plus sobres! Youhou!


Que lire en attendant?

  En attendant de voir ce nouveau Poirot télévisé (euh... vous aussi vous trouvez que cette phrase est étrange? bref...), découvrez le nouveau Poirot littéraire : depuis 2014, l'auteure britannique Sophie Hannah a obtenu l'accord des ayant droits d'Agatha Christie pour reprendre officiellement le personnage du détective belge. Deux tomes de ces Nouvelles enquêtes d'Hercule Poirot sont déjà parues et le troisième, Crime en toutes lettres, est prévu pour fin Septembre aux éditions du Masque !


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Nancy Drew and the Hidden Staircase
d'après Alice au manoir hanté (Nancy Drew and the Hidden Staircase), de Caroline Quine
Sortie prévue courant 2019/2020.



  Sheeeeeeeeeeeeee's baaaaaaaaaaaaaaaaack! L'héroïne littéraire de jeunesse qui, la première, m'a donné le goût des intrigues policières va connaître une nouvelle adaptation au cinéma! Il ne s'agit ni plus ni moins qu'une transposition d'un tome de la célèbre série Alice détective, parue en France dans la bibliothèque verte. Souvenez-vous, Alice, dans notre esprit de lecteurs de l'hexagone, c'est : un brushing à la Grace Kelly, un serre-tête, un cabriolet bleu, ses amies Bess et Marion, son chevalier servant Ned... Tout un univers aux noms francisés lors de la traduction. En effet, aux States, Alice est connue sous le nom d'origine de Nancy Drew, et reste un phénomène culturel indémodable depuis sa création en 1929. Toujours réactualisée grâce au syndicat d'auteurs qui se renouvelle continuellement depuis près de 90 ans, la série continue de voir de nouveaux tomes paraître, toujours plus fidèles aux générations qui se succèdent.
  Après quatre films adaptés en 1934, une série dans les années 70 puis 90, un téléfilm en 2001, et un dernier film en 2006, le tournage d'une adaptation du second tome de la série, Alice au manoir hanté (The hidden staircase en VO) a débuté en Georgie en Avril dernier. L'actrice qui interprète le rôle titre est Sophia Lillis, remarquée pour son rôle dans Ça et dernièrement dans la série Sharp objects, que les premières images laissent découvrir très loin de l'adulescente classieuse de nos livres de jeunesse. En effet, la charte esthétique choisie par la réalisation est clairement inspirée des années 80 -soit dit en passant la période où Nancy Drew a connu son plus grand succès- et notre jeune détective semble tout droit sortie d'un épisode de Stranger Things... dont on devine l'aura évidente.



  Actuellement en tournage, le film est prévu pour 2019 outre-Atlantique.

Que lire ou voir en attendant?

  (Re)déouvrez les romans originaux : c'est le moment ou jamais de monter chercher le carton de vieux exemplaires de la bib' verte au grenier! Et n'hésitez pas à passer un bon moment en compagnie d'Emma Roberts, qui a incarné le rôle dans le film tourné il y a un peu plus de dix ans!


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4) Liaisons dangereuses...


Mademoiselle de Joncquières
librement inspiré d'un épisode de Jacques le fataliste, de Diderot,
Sortie prévue le 12 Septembre 2018.


  Chic, un film en costumes! La bande-annonce est prometteuse : sur fond de musique à la Vilvadi, Cécile de France en robe à la française veut se venger d'un Edouard Baer libertin en l’appâtant avec une jeune oie blanche. Il y a comme un parfum de Laclos et de ses liaisons dangereuses dans ce synopsis... et pourtant, c'est ici la libre adaptation de l'un des épisodes de Jacques le Fataliste de Diderot, celui dit de "Madame de la Pommeraie".


  Malgré un Edouard Baer qu'on a décidément du mal à voir en cousin éloigné de Valmont (et que la bande-annonce montre peu crédible dans l'habit du libertin manipulateur), le projet a de quoi séduire. Pour sûr, nous serons donc dans la salle...

Que lire ou voir en attendant?

  Et ça pose la question? On se refait nos classiques, les gens! Diderot côté bibliothèque, et Stephen Frears côté téléviseur!



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5) Du côté de chez Mickey...


Casse-Noisette et les quatre royaumes
d'après le conte Casse-Noisette et le roi des souris d'E.T.A.Hoffman,
sortie prévue le 2 Novembre



  Les adaptations de contes étant résolument à la mode, Disney ne s'en tient pas qu'à la réadaptation live de ses classiques animés. Aux veilles de Noël (ou devrait-on dire aux "avant-veilles", et à voir le thème du conte, on se demande bien pourquoi il sort si en avance dans l'année...) sortira cette nouvelle adaptation de cette célèbre fable de noël, indissociable à nos oreilles de la musique de Tchaïkovski, qui en a fait un très célèbre ballet.



  L'adaptation par Disney, d'ailleurs, s'inspire davantage du livret du ballet que du conte lui-même : à l'histoire du roman qui suit l'héroïne, Mary, au cours des différentes nuits qui suivent celles de Noël et sa lutte contre le roi des rats aux côtés de son fidèle Casse-Noisette, la version filmée a préféré la réinterprétation scénique où l'héroïne est rebaptisée Clara, qui part sauver son Casse-Noisette dans un monde parallèle de jouets et de sucreries. On y retrouvera Keira Knightley en Fée dragée et l'excellente Helen Mirren (Non mais, HELEN MIRREN quoi ! *_* Elle vaut à elle seule le déplacement!) en Mère Gingembre, la sorcière à la tête de l'armée des souris. Les premières images s'inscrivent dans la lignée de ce que Disney a fait avec Narnia, Alice et Oz, et la bande-annonce laisse entrevoir quelques instants captivants (le papier peint aux motifs de chouettes qui deviennent progressivement des silhouettes de rats, l'orchestre en ombres chinoises qui évoque furieusement celui de Fantasia... Le tout sur la musique de Tchaïkovski, évidemment! ). Bref, après des années d'enfance à écouter la cassette audio du ballet pendant les voyages en voiture, ce film sera pour moi un rendez-vous obligatoire!

Que voir en attendant?

  Passé presque inaperçu à sa sortie, Casse-Noisette, film de 2012 qui réécrivait déjà l'histoire au croisement du conte et du ballet, très joliment filmé et avec de belles surprises, dont une petite Elle Fanning, parfaite dans le rôle de Mary! A découvrir absolument avant la version Disney!



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Le retour de Mary Poppins
d'après P.L.Travers
Sortie prévue le 19 décembre 2018.


  Ce n'est plus un secret pour personne : cette suite fait partie des sorties les plus importantes de la fin d'année ! Attendue au tournant par les fans de la première heure, elle se déroulera vingt ans après le premier long-métrage et verra Mary Poppins, jouée par Emily Blunt (très bon choix!), revenir chez une nouvelle génération de Banks.


  Si ce second film est effectivement une suite du classique musical avec Julie Andrews, c'est aussi une adaptation du second livre de la série Mary Poppins imaginée par l'Australienne Pamela L. Travers, qui écrivit plusieurs romans mettant en scène la célèbre nounou entre les années 1930 et 1980. On a tous hâte de voir le résultat...

Que lire ou voir en attendant?

  Pour en apprendre plus sur l'auteure qui créa Mary Poppins, le film Dans l'ombre de Mary, avec l'excellente Emma Thomson, vous est chaudement recommandé. Côté lecture, quoi de mieux que se plonger dans le roman Le retour de Mary Poppins, réédité il y a quelques années, pour patienter jusque décembre?



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Biopics d'auteurs à venir:


 Colette,
d'après la vie de Gabrielle Sidonie Colette,
sortie prévue courant 2018/2019



  Une fois n'est pas coutume, voilà encore les Américains qui s'emparent de notre patrimoine français pour l'adapter au cinéma. Dans le genre, on a eu d'excellentes comme de moins bonnes surprises (Marie-Antoinette pour les premières, une certaine version des Trois mousquetaires pour les secondes...) mais je leur ai toujours reconnu une chose : une audace, un élan, une âme parfois même qui fait parfois cruellement défaut à l'académiste cinéma français. Les voilà donc qui s'attaque au mythe de Colette, qu'il est bien sûr inutile de vous présenter. Le rôle titre est tenu par la fée Dragée... euh, par Keira Knightley (tout juste sortie de Casse-Noisettes, donc).



  La encore, il faut le reconnaître, le projet semble des plus prometteurs... La sortie aux Etats-Unis est prévu pour l'Automne, et en Angleterre en Janvier prochain. A quand la France, histoire de rendre à César ce qui est à César?

Que voir en attendant?

  Trois films sur la vie de Colette préexistent à cette nouvelle version. Nous vous proposons de redécouvrir Colette, une femme libre, adaptation de sa vie pour le petit écran en 2004 et aussi le dernier rôle de Marie Trintignant.



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The Happy Prince,
d'après la vie d'Oscar Wilde,
sortie prévue Octobre 2018.


  Un projet attendu depuis plus dix ans, ce film biographique réalisé et joué par Ruper Everett (qui avait déjà joué le rôle au théâtre) sur Oscar Wilde voit enfin le jour. Le film, s'il se concentre sur la fin de vie de l'auteur, comporte de nombreux flash-back évoquant les tragédies et l'homophobie auxquelles il dut faire face. Au casting, on retrouvera avec joie à ses côté l'indémodable Colin Firth et l'excellente Emily Watson!


Que voir en attendant?

  Voir Oscar Wilde (Wilde), absolument! Ce premier biopic datant de 1998 est un incontournable, avec pour le rôle titre le choix très pertinent de Stephen Fry! A ses côtés, une pléiade d'acteurs talentueux : Jude Law, Vanessa Redgrave, Judy Parfitt, Jennifer Ehle, Gemma Jones, ou encore Zoe Wannamaker!




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Petite et grande Histoire sur grand écran:


 Mary, Queen of Scots,
d'après la vie de Mary Stuart et Elisabeth I,
Sortie française prévue en janvier 2019.


  Quelques dix ans après Elisabeth: L'âge d'or, voilà que le cinéma se penche de nouveau sur l'Angleterre élisabéthaine... et sur l’Écosse de Mary Stuart! Le conflit des deux souveraines, mis en scène du point de vue de la reine d’Écosse, verra le rôle de Mary incarné par Saoirse Ronan, et celui d'Elisabeth interprété par Margot Robbie.



  Adapté d'un ouvrage biographique anglais, on imagine ce long-métrage beaucoup plus fidèle et fiable que la catastrophique série pour ados Reign, Dieu merci!

Que lire ou voir en attendant?

  Oubliez tout de suite Reign, donc, mais regardez plutôt à la place le dernier film en date inspiré de la vie de Mary Stuart et adapté de sa biographie par Stephan Zweig, Mary reine d'Ecosse. On vous conseille, voire on vous ordonne, de dénicher également au plus vite la meilleure adaptation qui soit de la vie du règne d'Elisabeth 1ère : Elizabeth I, mini-série en deux épisodes avec l'inégalable Helen Mirren (Vous savez ce que j'en pense : NON MAIS HELEN MIRREN QUOI! *_* ), shakespearienne à souhait. Côté lecture, faites découvrir Mary Stuart à vos petites têtes blondes avec le roman jeunesse Mary Stuart, une reine entre deux royaumes.


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Lizzie,
film inspiré de l'affaire Lizzie Borden
sortie prévue courant 2018



 L'affaire Lizzie Borden semble rencontrer un véritable regain d'intérêt ces dernières années : un téléfilm en 2014, une série en 2015, un excellent roman (Les sœurs de Fall River, chroniqué ICI il y a quelques mois) traduit cette année en France... et ce film. Pour revenir un peu sur ce sombre fait-divers, voici les événements : Fin du XIXème siècle dans une petite bourgade américaine, un drame survient dans la maison de Mr Borden. Le vieillard a été retrouvé sauvagement assassiné à coups de haches, de même que sa seconde épouse, tuée selon le même modèle. Une seule personne dans la maison à ce moment là : Lizzie Borden, la petite trentaine, fille cadette de la famille. Accusée du double homicide, elle sera finalement acquittée au terme d'un an de procès, alors que toutes les preuves étaient contre elle. De cette sombre histoire était même née une comptine sanglante ("Lizzie Borden took an axe") que les passants s'amusait à fredonner quand Lizzie était en dans les parages. La maison des Borden où a eu lieu les crimes est devenu un Bed & Breakfast qui fait la part belle au fait divers (on peut s'asseoir sur la banquette où Mr Borden a été tué, ou dormir dans le lit à côté duquel on a retrouvé le corps de son épouse...), et l'affaire fait partie intégrante de la culture populaire américaine. Si le crime n'a jamais été officiellement résolu, les pièces du dossier sont encore actuellement enfermées à double tours dans le coffre de l'agence d'avocats qui a défendu Lizzie à l'époque et il n'est pas prévu qu'elles soient un jour dévoilées. Seule la bonne de la maison, Bridget, semblait connaître le fin mot de toute l'histoire, mais a refusé de céder à la pression des journalistes jusqu'à sa mort.



  Or, dans ce film, c'est justement la relation Lizzie/Bridget qui est mise en relief. Si la vie tumultueuse de Lizzie révéla plus tard son homosexualité, le long-métrage suppose l'existence d'une liaison entre la jeune femme et sa bonne, ce qui expliquerait que cette dernière l'ait couverte lors de l'enquête... Une théorie intéressante encore jamais exploitée! On a hâte de voir ce que cela donnera, et retrouver Kristen Stewart dans le rôle de Bridget, et Chloe Sevigny dans celui de Lizzie...

Que voir ou lire en attendant?

  Voir absolument le téléfilm Lizzie Borden took an axe( diffusé en France sous l'horrible titre Lizzie Borden a-t-elle tué ses parents?) produit et diffusé par la chaine américaine Lifetime, mettant en scène dans le rôle titre l'incandescente Christina Ricci (connue pour son rôle, toute petite, de Mercredi Addams... autant dire qu'après ses prestations dans Monster ou Sleepy Hollow, l'incarnation de Lizzie Borden lui tendait carrément les bras!), à l'interprétation des plus intéressantes. Côté bouquin, on vous recommande évidemment Les sœurs de Fall River, excellente vision des événements qui s'attache à suivre l'étrange famille Borden au fil d'une narration polyphonique.


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  Voilà pour le tour des prochains films/séries à noter absolument dans vos agendas! Il y a probablement des projets qui ont été oubliés, mais il y a déjà de quoi s'occuper avec cette liste! Vos avis et questionnements sont les bienvenus!

vendredi 17 août 2018

Panique à Rouen (Une enquête de Voltaire) - Frédéric Lenormand

Createspace Publishing, 2017.

  1731. Contrarié par la censure parisienne, Voltaire s’en vient faire profiter de ses lumières la bonne ville de Rouen. Rouen ! Cité enchanteresse ! Ses vieilles églises ! Ses bords de Seine ! Son sympathique tribunal qui ne poursuit pas les philosophes ! Sa tarte au camembert ! Sans oublier ses imprimeries, où l’on peut fabriquer de beaux livres pour éclairer l’humanité ! Hélas, rien ne se passe comme prévu. Un assassin mystérieux se plaît à semer de cadavres la route de notre philosophe, que les magistrats de Rouen contraignent à enquêter en échange d’une permission d’imprimer.

  Voilà de retour notre San Antonio des Lumières, notre Hercule Poirot en pourpoint brodé, notre Attila de l’investigation après qui ni le crime ni l’intolérance ne repoussent. 
  Frédéric Lenormand nous offre une nouvelle enquête de Voltaire pleine de bonne humeur, de mots d’esprit et de crêpes flambées au calvados. 

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  A peine avalé le tome 3 des Voltaire mène l'enquête il y a quelques semaines que je rempile avec un nouveau Lenormand! Avec Panique à Rouen, j'inaugure sa série "parallèle" des enquêtes du célèbre philosophe : ainsi que j'ai pu l'expliquer dans cet article, la saga Une enquête de Voltaire est éditée de manière indépendante et disponible seulement sur commande. Cette série de novellas (une novella est une intrigue au format court entre nouvelle et roman) est à envisager comme un spin off / prequel dans lequel on retrouve un Voltaire plus jeune qui n'a pas encore rencontré Emilie du Châtelet, mais qui résout déjà (malgré lui) des énigmes criminelles d'une ville à l'autre. 

 Précédentes couvertures de Panique à Rouen.

  Et cette fois direction Rouen! Voltaire a fui en catastrophe la capitale pour éviter la censure (et les forces de l'ordre), espérant trouver dans la belle ville normande l'accueil qu'il mérite et un imprimeur qui voudra bien se charger de son prochain chef-d’œuvre. Attendu à sa descente de bateau par son ami et correspondant Cideville, on met tout en œuvre pour satisfaire le caractériel et exigeant homme de lettres. Le grand poète trouve cependant à redire à beaucoup de choses, notamment à l'auberge de second choix, véritable hôtel de passe, dans lequel on l'a logé, lui, le grand philosophe. Mais par mesure de précaution, le célèbre auteur doit se contenter de l'anonymat, et, pour s'assurer ne pas être rattrapé par la police parisienne, endosse le rôle de Lord Wedgwood, le célèbre fondateur de la maison de porcelaine anglaise. Le faux amateur de vaisselle londonienne trouve rapidement un libraire peu scrupuleux (en tout cas assez peu pour ne pas se soucier des conséquences éventuelles à publier Voltaire) en la personne de Claude-François Jore, prêt à imprimer sa prose. Ne lui reste donc plus qu'à s'attirer les faveurs des hommes de pouvoir rouennais pour procéder à son commerce littéraire dans la légalité. Ou du moins la tranquillité. Pour cela, on le fait nounou de la progéniture du premier président du Parlement de Rouen : Mademoiselle Fraichoun de Pontcarré, ignoble jeune fille pourrie gâtée qui ne tarde pas à disparaître, kidnappée sous le nez et la perruque de Voltaire. Ni une ni deux, entre deux vers improvisés, notre amoureux des rimes doit jouer les enquêteurs.

Rouen au temps des Lumières...

"- J'ai du quitter Paris, expliqua Voltaire, car une personne qui me ressemblait était accusée de tenir des propos subversifs dans les salons. La police à pensé que c'était moi.
- Ciel! Qui était-ce?
- C'était moi."

  Une fois n'est pas coutume : même en spin off, on retrouve tout ce qui fait le charme d'un roman de Lenormand, l'audacieuse plasticité du verbe et des réparties en premier lieu. Pour cette série de novellas, l'auteur semble même se lâcher encore davantage et enchaîne piques et répliques avec toujours plus de panache et... d'anachronisme! Le ton de cette série étant résolument encore plus léger que l'originale, on s'y fait très vite et on s'en délecte jusqu'au bout. Aussi, lorsque Voltaire demande à son imprimeur Claude-François Jore si sa boutique est ouverte le lundi, on ne s'étonne même plus de le voir répondre "Non, je préfère passer le lundi au soleil", et on se contente d'exploser de rire.

" Macé de Pontcarré s'enquit de cette nouvelle œuvre que l'écrivain voulait offrir au grand public. L'auteur expliqua que la souplesse de son génie lui avait fait découvrir un genre nouveau.
- Le troisième sexe?
- Non. J'ai écrit une "biographie dramatique".
- Allons, je suis sûr que ce n'est pas si grave que ça." 


 Voltaire... euh, sorry, Lord Wedgwood.

  L'intrigue policière passe clairement au second plan - si ce n'est au troisième? - d'autant qu'elle nécessite un décor qui met déjà un certain temps à se dresser (la ville, les personnages, les situations... tout cela prend plusieurs chapitres avant l'enlèvement de l'agaçante demoiselle Fraichounette). Mais c'est l'occasion de parler Histoire : rencontrer des figures historiques véridiques ( Cideville, Pontcarré...) et, surtout, de découvrir la ville de Rouen en 1731, que F.Lenormand nous décrit et nous raconte avec de nombreuses précisions. Et comme toujours lorsqu'on constate à quel point l'auteur maîtrise son sujet, on est prêt à lui passer toutes les fantaisies.


"Le parlement venait d'interdire les feux de joie afin de limiter les risques d'incendie. A l'inverse, la Couronne ordonnait au peuple d'en allumer pour les réjouissances publiques, à la naissance des princes, ou pour les conquêtes militaires, c'est à dire tout le temps.
-Ah, encore un feu interdit obligatoire! dit Voltaire à la vue d'un feu de joie.
- C'est un peu comme vos livres, fit observer Formont.
- Ils finissent d'ailleurs souvent de la même façon." 
 

 Robert le Cornier de Cideville, magistrat et ami de Voltaire (à gauche)
 Pierre Camus de Pontcarré, premier président du parlement (à droite)

  Sans être cousue de fil blanc pour autant, la manœuvre criminelle, conformément au format de la novella, se résout assez rapidement. L'histoire n'en est pas moins agrémentée d'astuces et de ressorts polarisants des plus inventifs, à l'image de l'usage peu orthodoxe qu'il est fait d'automates musicaux dont on raffolait au temps des Lumières, et qui viennent pimenter comme il faut l'action.


"Il fallait procéder par ordre. Cet ordre débutait par une autopsie. Le policier haussa le sourcil.
- Une quoi?
Quand on lui parlait grec, c'était du chinois.
- Une autopsie. Cela sert à savoir de quoi les gens sont morts.
- Nous n'avons pas ici de ces curiosités parisiennes. On le voit bien de quoi il est mort : il a été tué!"


En bref : Plus concis que les tomes de la saga Voltaire mène l'enquête, cet opus de sa série dérivée n'en demeure pas moins un juteux moment de lecture. Si l'intrigue purement policière se résout assez rapidement, elle est agrémentée d'un écrin historique et humoristique qui justifie qu'on savoure ses 125 pages délicieusement impertinentes.


Et pour aller plus loin...

mardi 14 août 2018

Ailleurs si j'y suis - Antoine Laurain

Éditions Le Passage, 2007 - Éditions J'ai Lu, 2018.




  Pierre-François Chaumont, brillant avocat parisien, est collectionneur depuis l’enfance. Un matin qu’il déambule dans les salles d’exposition de l’hôtel Drouot, il se retrouve nez à nez avec un portrait du XVIIIe siècle. Stupéfaction : le visage de l’homme en perruque poudrée, c’est le sien! Pulvérisant les enchères, Pierre-François rapporte l’étrange tableau chez lui. Mais le mystère tourne rapidement à la paranoïa car ni sa femme ni ses proches ne remarquent la ressemblance. Pierre-François serait-il devenu fou?



***

  Livre saisi au hasard des couvertures accrocheuses, voilà que le résumé de Ailleurs si j'y suis éveille ma curiosité : un portrait, un mystère...? Chic alors, une énigme artistique comme je les aime! Y voyant peut-être même un successeur à La femme dans le miroir, dont le synopsis n'est pas sans évoquer celui-ci, j'embarque ledit livre, réalisant bien plus tard le nom de son auteur. Car Antoine Laurain, dont Ailleurs si j'y suis est le (discret mais néanmoins primé) premier roman sorti en 2007, a fait bien du chemin depuis et s'est fait connaître par une bibliographie habitée par la nostalgie et un esprit profondément vintage, des éléments communs à ces autres livres que sont Le chapeau de Mitterrand, Rhapsodie française, ou encore Millésime 54. L'occasion était donc venue d'enfin découvrir cet écrivain par son premier ouvrage...

 Première édition grand format.

  Mon verdict sera cependant mitigé, mais peut-être aussi parce qu'il m'arrive d'être trop difficile. D'autant qu'on a là du très très bon sur de nombreux points : l'écriture, tout d'abord, est d'un style impeccable propre à l'évocation. Elle sied à merveille au narrateur, collectionneur invétéré fasciné par les antiquités dont l'acquisition, plus qu'un hobby, est devenue une sorte de transcendante addiction. Ce personnage et sa passion amènent à explorer des questionnements des plus intéressants, qui se distillent au fur et à mesure que l'intrigue progresse et que le narrateur relate ses souvenirs d'enfance : Quelle vie se cherche-t-il à travers ses objets qui ont appartenu à autrui? A près quoi court-il? La réponse se présente peut-être le jour où il tombe, aux enchères, sur ce portrait d'un gentilhomme du XVIIIème siècle qui lui ressemble farouchement... Car dès lors, le personnage principal se lance à corps perdu dans l'énigme du tableau : qui est cet homme, et quel est le lien qu'il entretient avec ce modèle? Le plus amusant est, qu'entre vrais et faux fantômes venant le hanter, il finira bien par vivre la vie de quelqu'un d'autre.


  Des nombreuses énigmes romanesques mettant en scène un tableau et son pouvoir sur le protagoniste, on retiendra bien évidemment le célèbre Portrait de Dorian Gray d'Oscar wilde, dont ce roman s'inscrit à l'évidence dans la lignée. Il y a, dans la narration et la construction du récit, une contiguïté évidente, palpable, avec les récits fantastiques propres au XIXème siècle tels que certaines nouvelles de Balzac ou de Mérimée. Mais voilà, à tous ces points positifs vient se heurter un élément non négligeable pour moi : le trop petit gabarit de l'histoire. En effet, situé entre le roman et la nouvelle, ce livre d'à peine 160 pages (en poche), aborde des thématiques passionnantes qu'il n'exploite à mon goût pas assez, là où il y aurait justement matière à les creuser davantage, distiller encore un peu plus le mystère et ce même sans trop en dire, sans briser l'aura mystique supposée ni la chute tranchante comme un couperet ( on notera par ailleurs encore un des signes propre à la nouvelle dans le final, comme quoi l'auteur se situait volontairement dans cet héritage).

 Antoine Laurain

  Ce court roman a en fait tout du premier écrit publié d'un futur grand, le grand potentiel de l'intrigue reflétant celui de l'auteur, ce qu'Antoine Laurain a confirmé au cours de ses dix dernières années. En effet, ce roman et tous les autres de sa bibliographie ont conquis les pays étrangers, où il serait aujourd'hui peut-être plus connu qu'en France! Il ne fait aucun doute, donc, qu'après cette première incursion dans l'univers de l'auteur, je poursuive la découverte de ses autres écrits, et ce malgré mon premier avis...

 Editions allemande et américaine.

En bref : Premier roman d'un auteur aujourd'hui connu et reconnu, Ailleurs si j'y suis a tout du premier écrit d'un futur écrivain talentueux, même si on peut lui reprocher d'être plus proche d'une nouvelle et de ne pas, en cela, exploiter tout le potentiel de son intrigue. Pour autant, il faut reconnaître d'excellentes idées et l'inspiration évidente des nouvelles fantastiques du XIXème, auxquelles A. Laurain rend ici un sympathique hommage. A découvrir pour la curiosité.

lundi 13 août 2018

Please like me - Une série de Josh Thomas


Please like me
Intégrale de la série (4 saisons - 2013-2017)

Une série de Josh Thomas
écrite par Josh Thomas et Thomas Ward,

Avec Josh Thomas, Thomas Ward, Catlein Stasey, Debra Lawrance, David Roberts, Renee Lim, Hannah Gadsby, Keegan Joyce...

  La série raconte l'histoire de Josh, un jeune Australien de 21 ans qui se découvre gay lorsqu'il rencontre Geoffrey, le nouveau collègue de son meilleur ami et colocataire Tom. La vie de Josh est également bouleversée par la tentative de suicide de sa mère. Cette dernière ne pouvant être laissée seule, cet incident va bouleverser le mode de vie de Josh. Il devra aussi maîtriser son père, en pleine crise de la cinquantaine, qui, après avoir divorcé de sa mère, a trouvé l'amour auprès d'une Thaïlandaise, Mae, plus jeune que lui.

***


  Rares sont ici les articles traitants de séries télévisées si elles ne sont pas des adaptations de romans : normal direz-vous, nous sommes sur un blog littéraire. Oui, mais pas que, et cette série mérite largement qu'on en parle, d'autant que notre découverte relève du hasard le plus total. Bloqué à demeure sans possibilité de déplacement suite à un sinistre automobile, on s'est laissé happer par le trop vaste catalogue Netflix, bien décidé à trouver la perle rare. Après l'avoir exploré en long, en large et en travers, on a fini par tester Please like me parce que, "Oh, c'est australien !" (les Australiens nous surprennent de plus en plus, autant en télévision qu'en littérature), et en essayant d'oublier le synopsis peu engageant comme seul Netflix sait (malheureusement) en faire. Spoiler alert : nous avons bien fait.


  Création australienne, donc, Please like me est la série autobiographique d'un jeune prodige de l'humour venu tout droit du pays des kangourous, Josh Thomas, acteur principal, mais aussi réalisateur et co-scénariste avec son meilleur ami Thomas Ward (lequel incarne lui aussi son propre alter-ego à l'écran, dans la reconstitution télévisée de ce qu'a été leur véritable colocation). L'histoire est celle du quotidien de Josh, adulescent atypique de presque 21 ans qui se découvre (s'admet?) homosexuel lorsque sa bienveillante petite-amie Claire décide de rompre pour cette raison. Le jeune homme choisit d'accueillir cette révélation avec la distance et l'ironie qui le caractérisent, mais sans compter, hélas, les bouleversements qui vont bientôt survenir, dont la crise de la cinquantaine de son père et, surtout, la tentative de suicide de sa mère dont la bipolarité est mise à jour...

 Thomas Ward, Josh Thomas, et son chien John...
 qui joue lui aussi son propre rôle dans la série.

  Il vous faudra passer outre la bizarrerie des deux premiers épisodes et leur humour anglais (pardon, australien... mais il faut leur reconnaître un esprit vraiment très similaire) envahissant pour commencer lentement mais surement à cerner et apprécier cette pépite. Car oui, c'en est une, une vraie de vraie, comme on en voit trop peu dans le paysage télévisuel actuel. Là où Please like me aurait pu être un show s'égarant dans l'humour trop facile et les clichés, c'est au contraire une fiction qui s'avère pétillante, émouvante et réaliste. On a là une pure friandise douce-amère, qui plus est des plus addictives.


  Josh est un personnage (mais est-ce vraiment un personnage? A quel point le véritable Josh Thomas s'est-il parodié pour se jouer à l'écran? Il ressemble en effet beaucoup à son homologue télévisuel...) de prime abord antipathique et exaspérant que l'on se surprend à aimer : distant et extravagant à la fois, atteint de logorrhée verbale, toujours trop sûr de lui, moqueur et sardonique, il donne l'impression de n'être jamais vraiment touché par ce qui lui arrive. Pour peu que l'on gratte le vernis, on découvre derrière la carapace de cet adulte encore trop enfant qui porte cardigans oranges et nœuds papillons (et là, vous commencez à comprendre pourquoi on l'aime beaucoup) de vraies fêlures. Gêné par son physique (un grand machin dégingandé au "visage de bébé de 50 ans" et au "corps comme de la pâte à beignet", tel qu'il le dit lui-même), maladroit, en mal d'amour, Josh essaie tant bien que mal de gérer son père, sa mère, et ses amis avec pour parti pris l'optimisme apparent. Autour de lui interagissent des personnages secondaires qui n'en sont pas moins développés, interprétés avec talent. Tous, chacun leur tour, viennent abattre les clichés qu'ils semblaient incarner, avec en tête Rose, la mère dépressive de Josh, magnifiquement campée par Debra Lawrence, et ce, dans tout le panel d'émotions excessives propres à sa bipolarité. Son internement dans un établissement spécialisé amènera, dès l'excellente saison 2, nos personnages à rencontrer Hannah (jouée par l'improbable Hannah Gadsby, autre humoriste issue du stand up australien) dépressive mutique et masculine aux punchlines toujours cinglantes, et à vivre les moments les plus forts de la série (les plus décalés aussi : la partie cache-cache à l'asile est un grand moment).

 Debra Lawrance (Rose) et Hannah Gadsby (Hannah), deux prestations excellentes!

  Entre drame et humour, la série, au fur et à mesure de sa progression, nous fait littéralement tomber amoureux de ses personnages et nous donne l'impression de vivre un peu de leur vie : on devient un membre de la famille, de la bande de Josh. On partage leurs fous rires au cours de scènes et d'instants totalement improbables, à l'image d'Adèle, leur poule transgenre qui termine en coq-au-vin, de la dévote et insupportable vieille Tante Peg qui finit par quitter l'office du dimanche après une tirade bien envoyée à un prêtre homophobe, ou encore de Josh qui, trop pudique le soir de son rencard, tente de se changer tant bien que mal derrière sa porte de chambre. On partage aussi de grands moments d'émotion, le plus souvent lorsque la série aborde des sujets coup de poing qui nous font réaliser que derrière son apparence de simple divertissement, elle s'avère beaucoup plus engagée qu'il n'y parait. Et enfin, on pleure, parfois. Voire souvent.

La tirade de Auntie Peg et le bénédicité pour Adèle la poule le coq... :


  On craignait une bouse télévisuelle, on a en fait une dramédie on ne peut plus réussie, qui parvient à explorer autant le pire que le meilleur de la vie de la génération Y. Josh Thomas, à travers cette projection fictionnelle de sa propre vie et de son entourage, s'attache finalement à raconter et décortiquer ce qui fait la tranche actuelle des 20-30 ans et de ce que représente aujourd'hui le virage difficile du passage à l'âge adulte, sans jamais tomber dans les stéréotypes ou le mélo facile. Le public directement visé par la série se reconnaîtra dans les nombreux questionnements et préoccupations qui viennent, sous couvert de l'humour, interroger les protagonistes, ainsi que dans les drôlatiques clins d’œil à la pop culture des années 90-2000 (extrait : "Tu entends comme tu parles? On dirait la secrétaire de Snape dans Love Actually!").

 Josh et Arnold, surdoué sujet aux crises d'angoisses et certainement l'un des personnages les plus attachants.

  L'aspect "friandise" de cette vraie-fausse fiction est renforcé par l'univers gourmand et culinaire dans lequel elle baigne continuellement : Josh, passionné de cuisine, passe son temps à préparer des petits plats pour ses amis et sa famille (et là, on voit le premier signe que derrière la masque du jeune garçon asocial se cache en fait quelqu'un qui aime créer de véritables instants de convivialité). Ainsi, chaque épisode a pour titre le nom d'un plat qui est le plus souvent préparé au cours du générique entraînant et enthousiaste à souhait, porté par la chanson "I'll be fine" de Clairy Browne. Le reste des épisodes est mis en musique par Brynony Marks, dont la bande-originale unique et pétillante finit d'apporter tout son charme à ce bonbon anglais australien.

Les séquences d'ouverture outrageusement food-porn de la saison 1!

  Lorsque la quatrième et ultime saison touche à sa fin (au cours d'un final déchirant, mais une fois encore des plus réalistes), on dit adieu à regret à un groupe de personnages auxquels on s'est totalement identifié et qui avait fini par faire partie de notre vie. On réalise alors à quel point, dans ses moments de rire comme dans ses moments de gêne, Please like me s'est révélée la série la plus juste et la plus réaliste quant aux sujets qu'elle traite, et que son écriture et sa mise en scène sont d'une sincère et brillante subtilité. On ne s'étonne donc pas d'apprendre qu'elle a reçu de nombreux prix venant justement couronner les scénarii et la réalisation en plus des interprétations.



En bref : Une série unique, subtile, drôle et brillante qui capte avec réalisme ce que constitue la vingtaine d'aujourd'hui et son rapport aux autres générations. Derrière son humour tranchant et ses personnages exubérants se cache en fait la représentation la plus rafraîchissante et sincère de ce qu'est la vie, la vraie. Merci à Josh Thomas pour cette merveille, pretty fuck**g weird series !

dimanche 5 août 2018

Great news #3


 Hello amis lecteurs,

  Après ces deux grandes nouvelles qu'ont été, au cours de l'année écoulée, la publication d'une de mes chroniques dans le webzine littéraire Ernest et ma première illustration de couverture d'un ouvrage pour la jeunesse, je reviens aujourd'hui pour partager avec vous une autre grande nouvelle...



  Vous souvenez-vous de cette image, détournement de tableaux XVIIIème siècle conçu par votre humble serviteur pour illustrer son article saisonnier de printemps 2017?  Eh bien elle a été choisie par Monsieur Frédéric Lenormand himself pour la couverture de l'un de ses derniers romans, Panique à Rouen, de la série Une enquête de Voltaire!



  Oui, CE Frédéric Lenormand, auteur des Voltaire mène l'enquête édités chez Lattès mais aussi des Nouvelles enquêtes du Juge Ti chez Fayard, plusieurs fois primé pour la qualité de ses ouvrages (notamment des prix Arsène Lupin et Historia).

  Pour la petite histoire, la série Une enquête de Voltaire a ceci de particulier qu'elle ne se trouve pas en librairie mais se commande sur les sites d'Amazon et de la fnac. Tout comme la série des Voltaire mène l'enquête déjà chroniquée sur books-tea-pie, elle raconte toujours les enquêtes pastichées du célèbre philosophe au temps des Lumières, mais constitue une sorte de préquelle en ce que ces vraies/fausses aventures se déroulent avant, et pendant ses voyages (ainsi, pour l'instant, chaque tome se déroule dans une ville différente). Une enquête de Voltaire est également une série de novellas, c'est à dire d'histoires assez courtes dont la taille se situe entre celle du roman et de la nouvelle.

  Une novella que l'auteur lui-même a décrite comme aussi décalée que l'image... et inversement!

  Alors commandez sans plus attendre ce délicieux ouvrage ICI ( en format papier ou numérique kindle) ou ICI  (en numérique pour la kobo) en attendant sa chronique à venir...

samedi 4 août 2018

Le Diable s'habille en Voltaire (Voltaire mène l'enquête #3) - Frédéric Lenormand

Editions J.C.Lattès, 2013 - Le livre de poche (2014) - Editions du masque (2014).

  Voltaire a enfin trouvé un adversaire à sa mesure : le diable en personne ! Belzébuth sème des cadavres à travers Paris, au point que l’Église, soucieuse d’éviter tout scandale, fait appel au célèbre philosophe pour mener une enquête discrète en cachette de la police. Dans un Paris des Lumières encore très empreint de croyances irrationnelles, où vampires, démons et morts-vivants semblent se promener à leur gré, qui d’autre envoyer sur leurs traces qu’un philosophe connu pour ne croire à rien ? En échange, le cardinal de Fleury, qui gouverne la France, autorisera la publication des Lettres philosophiques, ce brûlot sulfureux. Il ne reste plus à Voltaire qu’à montrer ce que peut la philosophie contre la superstition. Et aussi à découvrir qui sème des morceaux de corps humains jusque dans le bain de l’écrivain, à percer le secret d’un mystérieux jupon convoité par un assassin, sans oublier de faire jouer sa nouvelle tragédie à la Comédie-Française, afin de révolutionner un art théâtral poussiéreux !
  À la fois roman policier historique et conte voltairien,
Le diable s’habille en Voltaire est écrit dans un style jubilatoire aussi ciselé que l’était le langage des Lumières.

***

  Après deux premiers tomes savoureux, voilà le troisième opus de la série des Voltaire mène l'enquête, dans laquelle Frédéric Lenormand, auteur plusieurs fois primé, réinvente l'Histoire du philosophe en faisant de lui un enquêteur amateur dans le Paris du Siècle des Lumières.

  Nous sommes en plein hiver 1734 lorsque Voltaire, frigorifié dans ses appartements de la rue de Longpont, se fait porter un bain (oui, à l'époque, il faut héler un "porteur de bain" dans la rue, lequel vous loue le temps qu'il faut baignoire, eau chaude, et savonnette). Mais quelle n'est pas son horreur de découvrir, pendant ses ablutions, un doigt de pied remonter à la surface! A l'évidence, le bain aura servi une première fois et peut-être même fut-il fatale à sa cliente. Vite, sortons de là, d'autant que l'emploi du temps du philosophe est chargé : le Père Pollet, confesseur du Cardinal, a besoin de ses lumières pour enquêter sur un meurtre qu'il pense commis par Satan en personne. En effet, on a retrouvé sur les lieux du crime des traces de sabots monstrueuses qui ne peuvent être que celles du Malins! Face aux peu d'indices fiables, Voltaire embarque sa divine amie de Marquise Emilie à la recherche des événements occultes de Paris et ne tardent pas à faire mouche. En effet, la capitale est secouée par d'étranges apparitions depuis quelques temps : outre le Diable en personne, en parle d'une jupière revenue d'entre les morts et qu'on aurait aperçue près de Notre Dame... la piste est probablement la bonne car dès qu'Emilie et Voltaire la suive, ils se trouvent très vite poursuivis par Satan, de chair et de cornes... et dans tout ça, il se pourrait même qu'ils retrouvent à qui appartenait l'orteil retrouvé dans le bain du poète!

 Voltaire et Emilie du Châtelet, deux hauts esprits du Siècle des Lumières.


"La mort, c'est le fait de n'être plus vivant. Il n'y a pas de moyen terme qui permettait d'aller se promener sur le paris de Notre-Dame des dimanches après-midi."

  Pour la troisième fois consécutives, F.Lenormand nous régale littéralement en revisitant avec humour le Siècle des Lumières et le personnage de Voltaire, excellentes excuses pour se prêter à toutes les fantaisies de style et de verbe dignes de cette grande époque. Les dialogues s'enchainent à la vitesse d'un jeu de paume qu'on aurait généreusement dynamité, et les situations pleines de drôlerie et d'absurdité restituent toute l'insolence du célèbre et pour le moins caractériel philosophe.

"- D'habitude, fit observer Emilie, mes soupirants me conduisent au bal, non dans des trous malpropres.
- N'accablez pas la personne qui fait le soleil de votre vie, dit Voltaire.
- Oui, mais... il y a des éclipses."


"- Regardez ce que j'ai ramené! déclara-t-il en poussant devant lui le rescapé. Emilie accorda un bref regard au jeune visiteur et se pencha à nouveau sur ses travaux.
- Un enfant! précisa Voltaire.
- Oui, je connais, j'en ai trois à la maison, vous savez."



  Bien que l'Histoire (avec un grand H) soit ici subtilement contrefaite pour les besoins de l'histoire (avec un petit h), les décors et personnages croisés dans l'intrigue, en grande majorité véridiques, témoignent des grandes connaissances de l'auteur sur le Paris des Lumières. On croisera ainsi la vraie comtesse de Coigny qui, passionnée de chirurgie, s'amusait à disséquer des cadavres dans son salon, et on se rendra à la première de la pièce Adélaïde du Guesclin que Voltaire monta bel et bien à la Comédie Française en janvier 1734 pour un succès... tout relatif. On ira jouer au tric-trac avec une Emilie addict aux jeux d'argent (véridique également) dans le tripot clandestin de l'hôtel de Transylvanie, et on apprendra les dessous du commerce du vêtement d'occasion au XVIIIème siècle. De plus, l'enquête évoluant dans les milieux occultes, on redécouvrira à quel point les superstitions et l'obscurantisme occupaient encore une grande place en ce début de siècle pourtant dit "éclairé".

Ancienne Comédie Française, à l'époque place des Fossés Saint Germain.

"Cette histoire de diablerie le contrariait infiniment.
- Voyez-vous, l'Eglise n'aime pas trop qu'on parle de Lucifer.
- Comme je vous comprends, répondit Voltaire.
Sans doute craignait-elle qu'on s'aperçût qu'il n'existait pas."

 Hôtel de Transylvanie, à Paris.

En bref: Entre faits historiques et délires philosophiques, ce troisième opus de Voltaire mène l'enquête est comme toujours un tourbillon de mystères et de fous rires dans le monde des perruques et des robes à paniers, apparitions diaboliques et légendes fantomatiques en prime!


Et pour aller plus loin... 

vendredi 3 août 2018

Pique-nique à Hanging Rock - Joan Lindsay

Picnic at Hanging Rock, 1967, F.W.Cheshire - Flammarion LGF (trad. de M.Véron), 1977 - Le livre de poche, 2016.


 14 février 1900, Australie. L’été touche à sa fin. Les jeunes pensionnaires de Mrs Appleyard attendent depuis des mois ce pique-nique annuel, non loin de Hanging Rock. Revêtues de leurs mousselines légères, elles partent dans une voiture tirée par cinq chevaux bais magnifiques. Après le déjeuner, les demoiselles s’assoupissent à l’ombre des arbres. Mais quatre d’entre elles, plus âgées, obtiennent la permission de faire une promenade. Enivrées par cet avant-goût de liberté, elles franchissent un premier ruisseau... puis disparaissent dans les hauteurs. Quand, tard dans la nuit, la voiture regagne le pensionnat, trois jeunes filles manquent à l’appel.


***

  Attention, classique! Pique-nique à Hanging Rock, c'est l'un des plus grands romans de la littérature australienne, écrit en 1967 par Joan Lindsay, aussi artiste, critique littéraire et dramaturge. Qu'est-ce qu' Hanging Rock? Un titanesque promontoire rocheux, vestige de soulèvements volcaniques hauts de 105 mètres, dans le bush australien à une heure de Melbourne. Ce lieu sauvage et hors du temps, qui a toujours fasciné Joan Lindsay depuis sa plus tendre enfance, lui a inspiré son best-seller : un roman dont l'aura n'a cessé de croitre. En effet, après une première adaptation cinématographique par Peter Weir en 1975 (encensée par la critique), c'est cette année une version télévisée en six épisodes qui voit le jour. Plus que jamais, donc, l'occasion d'une promenade à Hanging Rock, version roman...

 Joan Lindsay

  Australie, 1900. Dans la chaleur étouffante de ce 14 février, les élèves d'Appleyard College, pensionnat de jeunes filles dirigé par la rigide et austère Mrs Appleyard, bénéficient d'une journée de sortie pour le traditionnel pique-nique de la Saint Valentin. Encadrées de deux de leurs enseignantes, voilà nos adolescentes frétillantes qui s'envolent dans une procession de jupons de mousseline blanche poser leurs paniers à Hanging Rock, montagne rocheuse autrefois lieu de culte aborigène. Sur place, les jeunes filles goûtent à un repos bien mérité, et le temps s'arrête. Au sens figuré comme au sens propre, car lorsqu'on s'inquiète de savoir l'heure, il s'avère que les montres de tout le monde se sont arrêtées. Vite, on se presse de plier bagages pour rentrer à temps à l'internat... mais quatre élèves manquent à l'appel : la spirituelle Miranda, la précieuse Irma, et l'intelligente Marion, trois amies parties se balader près du ruisseau, suivies par l'insupportable petite Edith. Puis un hurlement : Edith accourt des hauteurs d'Hanging Rock, complètement hystérique. Bien que son discours soit celui d'une folle, on est certains d'une chose : Miranda, Irma, et Marion ont disparu. Le temps d'accuser le coup de cette terrible nouvelle, et l'on réalise qu'une des deux enseignantes venues chaperonner le groupe s'est envolée également... C'est dans un état de panique que toutes regagnent le collège à la tombée de la nuit, où les attend une Mrs Appleyard fortement préoccupée. La nouvelle plonge toute la région sous la chape de plomb du mystère, qui gangrène tous ses habitants, d'autant que les battues pour retrouver les jeunes filles et les recherches de la police ne mènent nulle part. Mais une chose est sûre : plus rien ne sera plus jamais comme avant à Appleyard college, et le pire est à venir...

 Hanging Rock...

 " Trois matins de suite, le public australien avait dévoré en même temps que des œufs au bacon les détails savoureux du Mystère des Collégiennes, comme on l’appelait dans la presse. Bien qu’aucune information supplémentaire n’eût été découverte, ni rien qui ressemblât à un indice (...), il fallait donner sa pâture au public."

  Quel ouragan que ce livre : après des débuts tout ce qu'il y a de plus délicieux et romantique dans l'atmosphère de dentelles de ce pique-nique victorien, voilà que l'autrice nous pousse littéralement des hauteurs de Hanging Rock pour sombrer en plein mystère. D'un style magnifique qui évoque véritablement la littérature du XIXème, Joan Lindsay parvient à instaurer une atmosphère unique, éthérée et magnétique. A cette écriture purement onirique, elle ajoute des descriptions plus tranchantes, presque sarcastiques, lorsqu'il lui arrive de glisser dans la critique sociale ou psychologique de ses propres personnages. Elle s'amuse alors à semer les fausses pistes en prenant à parti le lecteur, créant le doute quant au registre véritable dans lequel se situe son roman... 


" Bien que nous soyons nécessairement concernés, dans un récit d'événements, par l'action physique qui se déroule au grand jour, l'histoire donne à penser que l'esprit humain s'aventure bien plus loin dans les heures silencieuses qui s'écoulent entre minuit et l'aube, ces fructueuses heures sombres rarement relatées, dont les secrètes floraisons engendrent la paix et la guerre, l'amour et la haine, le couronnement et la chute des rois. (...) De même, dans le silence et l'immobilité, les obscurs individus qui figurent en ces pages conspirent, souffrent, et rêvent."

  Partant du pique-nique à l'issue fatale qu'elle présente elle-même comme un "tableau" dont les retentissements s'étendent au fur et à mesure que l'intrigue progresse, elle met en relief l'impact du fait-divers sur le microcosme que constituent l'école et la ville voisine : affluence des journalistes, forces de l'ordre suspicieuses, colère des parents qui retirent peu à peu leurs enfants, curiosité des impertinents, rumeurs et légendes urbaines... le lot de dommages collatéraux qui ferait sombrer dans la folie n'importe qui d'un tant soit peu concerné par les événements. Parmi ces protagonistes, Mrs Appleyard en tête, dont l'implacabilité voit le vernis craqueler insidieusement jusqu'à l'irréparable, mais aussi des personnages secondaires d'importance : Michael, jeune lord anglais fraichement débarqué en Australie, hanté par le souvenir de Miranda qu'il n'a pourtant qu'entraperçue avant sa disparition, tandis que Sara, jeune orpheline scolarisée à Appleyard, se laisse mystérieusement dépérir depuis le dramatique incident...



" Comme toujours dans les affaires d'un intérêt humain exceptionnel, ceux qui ne savaient rien, ni directement ni indirectement, s'avéraient les plus emphatiques dans l'expression de leur opinions - qui comme chacun sait ont le pouvoir de se transformer en faits établis au cours d'une seule nuit."

  Le lecteur se laisse lui aussi gagner par cette folie de questions incessantes : qu'est-il arrivé à ces jeunes filles? Sont-elles mortes? Se sont-elles suicidées? Se sont-elles enfuies? La réponse semble résider dans ces deux univers que Joan Lindsay met sans relâche en confrontation, pour peu qu'on ouvre l’œil : le monde faussement propret et apprêté des humains de la respectable société victorienne, et leur part d'animalité, dissimulée dans le monde sauvage et fourmillant de la nature australienne. Car dès que les jolies jeunes filles s'assoupissent, ce n'est qu'invasions d'araignées, de lézards et autres reptiles qui serpentent entre les rochers... 

La Clyde School for girls, où fut scolarisée J.Lindsay...

  Le lecteur sera sans doute surpris par l'aspect volontairement "fait-divers" de certains chapitres (extraits d'articles de presse, notamment) qui donnent à croire que l'histoire serait vraie, ou du moins inspirée de faits réels. C'est là un point sur lequel Joan Lindsay a toujours refusé de se prononcer, créant encore un peu plus le mystère autour de son histoire, et d'une quadruple disparition apriori fictive sur laquelle persistent à enquêter des centaines de lecteurs aujourd'hui encore. Ceci dit, petite fille, Joan Lindsay avait elle-même été scolarisée dans un pensionnat situé non loin d'Hanging Rock, la Clyde School for Girls, qui a probablement été la source d'inspiration du collège Appleyard (ainsi que le prouveraient de nombreuses similitudes architecturales entre le pensionnat existant et les descriptions faites dans le roman). Quant à la résolution du mystère, elle restera suggérée : l'ultime dix-huitième chapitre, racontant sous forme de flash-back les dessous de la disparition des jeunes filles, fut supprimé de la versions définitive par choix éditorial. Un choix qu'on ne peut que qualifier d'excellent, tant il a fait couler d'encre depuis... (pour les curieux, ledit chapitre est désormais disponible en VO sous le titre The secret of Hanging Rock, publié à la fin des années 80...).

Filles de la Clyde School en promenade à Hanging Rock...

 " Les personnes de caractère qui détiennent une autorité sont en général capable d'affronter les problèmes pratiques posés par des faits (...). Les problèmes d'humeur et d'atmosphère, que la presse appelle "situations", sont infiniment plus sinistres. On ne peut pas classer une "situation" pour s'y référer plus tard, ni tirer d'un fichier la réponse appropriée. Une atmosphère peut surgir en une nuit à propos de tout et de rien, partout où des êtres humains sont rassemblés dans des conditions artificielles : à la cour de Versailles, à la prison de Pentridge, ou dans un élégant collège de jeunes filles où les miasmes de craintes cachées allaient en augmentant, empoisonnant l'atmosphère d'heure en heure."

En bref : Un conte victorien qui surprend par sa plume réaliste, avant de nous emmener dans sa chute vers une progression plus que mystérieuse de son intrigue. Magnétique et arachnéen, Pique-nique à Hanging Rock nous hante encore de nombreux jours après avoir refermé le livre. Un coup de cœur!
 


 
 
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